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Président du Réseau Français sur le Processus de Production du Handicap (RFPPH) Formateur accrédité sur le modèle de développement humain-processus de production du handicap (MDH-PPH), et dans les domaine des droits et des politiques inclusives / administrateur organismes de formation et secteur médico-social / ancien cadre dans le secteur médico-social et formateur

lundi 25 avril 2022

ni patient, ni consommateur (ou client)

 Ni patient, ni consommateur (ou client)

Les personnes en situation de handicap ont pendant longtemps été considérées comme des patients, objets de diagnostics, de traitements, de soins et de rééducations. Certains établissements spécialisés à forte présence médicale sont encore identifiés à leurs « blouses blanches ». Dans les établissements et services accueillant des enfants ou des adultes handicapés, si c’est le terme « usager » qui définit administrativement les personnes accompagnées, les professionnels médicaux et paramédicaux qui y travaillent ont encore des patients. Héritant des anciennes représentations du handicap, l’utilisation de ce terme renvoie à une conception individuelle et biomédicale, où le handicap est l’équivalent de la déficience et des incapacités conséquentes. Avoir un patient, c’est par conséquent chercher à le « guérir », à améliorer son fonctionnement corporel (physique ou psychique), à le remettre en bonne santé et/ou dans le droit chemin, dans les normes de fonctionnement communes à tous.

lundi 18 avril 2022

lecture : Déségrégation et accompagnement total

Déségrégation et accompagnement total

de Hugo DUPONT (PUG, 2021)

Des injonctions fortes traversent le secteur médico-social aux fins de transformer les offres de service et prendre le « virage inclusif ». Au regard des fonctionnements, en France, de la « prise en charge » des personnes en situation de handicap, il y a certes fort à faire. Les personnes en situation de handicap subissent exclusions, discriminations, ségrégation et domination, non seulement en raison du regard anthropologique porté historiquement sur le handicap (qu’une campagne de communication « changeons de regard » ne suffira pas à modifier) mais aussi en raison de la nature des politiques publiques et des fonctionnements institutionnels existants.

C’est ce à quoi s’attache cet ouvrage de Hugo Dupont. Des observations de terrain et des entretiens, essentiellement dans le secteur des jeunes, donc dans le cadre de la scolarisation, lui permettent de décrire avec précision, et d’interroger, les modalités par lesquelles se met en place ce virage inclusif et ce que l’on nomme désinstitutionnalisation. Ceci chez les donneurs d’ordre, les maitres d’œuvre, les professionnels de terrain et les parents des usagers mineurs. A ce niveau tout le monde n’est pas à la même enseigne.

lundi 4 avril 2022

l'humain (handicapé) n'est-il que besoins ?

L'humain (handicapé) n'est-il que besoins ?

Ne sommes-nous définis, nous humains, que par nos besoins ? L’émergence philosophique de la notion d’individu et son paroxysme individualiste d’aujourd’hui, une société consumériste qui développe un marché de réponses à des besoins parfois créés pour l’occasion, tout ceci pourrait nous laisser penser que nous ne sommes que besoins. Mais, même s’ils peuvent être identifiés, catégorisés et hiérarchisés (comme dans la pyramide de Maslow par exemple), cela suffit-il à caractériser l’humain ? Bien évidemment, les besoins ne peuvent être ignorés. Mais il n’empêche que, pression consumériste faisant loi, nombre de besoins ne deviennent « vitaux » que parce que la société telle qu’elle fonctionne les rend prioritaires : se faire livrer des courses en dix minutes dans certaines grandes villes, grâce à de nouvelles applications, est le type même de besoin créé par une société de l’immédiateté, de la sur-consommation et presque du caprice individuel. Il est susceptible de devenir une habitude de vie pour certaines catégories de consommateurs, se généraliser par mimétisme, devenir une manière de vivre, un « how to be », et s’instituer comme vital.

mardi 29 mars 2022

liberté de choix, consentement et adhésion

 Liberté de choix, consentement et adhésion

Les personnes en situation de handicap, en tant qu’usagers (ou parents lorsqu’ielles sont mineur·es) du système médico-social ont en principe le libre choix des prestations qui leur sont attribuées, dès lors qu’elles ont été orientées, normalement en fonction de leur demande, souvent confondue avec leurs besoins. La notion de libre choix est conforme (et même plus : requise) aux droits reconnu aux personnes en situation de handicap dans la Convention des droits des personnes handicapées de l’ONU (2006). Elle est aussi conforme aux principes de la législation française (loi de 2005). Le libre choix peut et doit être « éclairé » : les informations transmises aux personnes concernées doivent être complètes et accessibles. Dans le cadre du libre choix, par exemple, des parents qui feraient le choix de voir leur enfant scolarisé dans l’école de leur quartier, avec éventuellement un accompagnement, devraient voir leur demande satisfaite lorsqu’il s’agit d’un choix éclairé, avec les moyens qui accompagnent ce choix. Ou encore, lorsqu’une personne handicapée manifeste le souhait d’habiter un appartement individuel en ville, elle devrait pouvoir le faire.

lundi 21 mars 2022

comment l'école sous-traite le handicap

Comment l'école sous-traite le handicap

Une école inclusive accueille tous les enfants, et s’adapte au mieux aux caractéristiques de chacun d’eux. Une école n’est pas inclusive lorsqu’elle renvoie à des filières spécifiques des populations qu’elle ne veut pas accueillir ou qu’elle estime ne pas convenir à son fonctionnement. Tant qu’il existera des orientations d’enfants d’âge scolaire en établissements spécialisés (IME, ITEP, etc.), on ne pourra pas dire de l’école française qu’elle est inclusive, pas plus d’ailleurs tant qu’il y aura des ségrégations scolaires, par exemple selon la religion, les revenus, etc.

lundi 14 mars 2022

Les résistances défectologiques et validistes

Les résistances défectologiques et validistes

Les représentations ont la peau dure. Parfois masquées par des discours « progressistes », voire émancipateurs, les représentations, bâties sur des héritages archaïques, guident et inspirent les pratiques, les comportements, les attitudes, les réactions. Cela se voit par exemple dans la résistance masculine à l’émancipation féminine, dans laquelle surgissent les vieilles représentations de la supériorité masculine. Cela s’observe aussi dans la résistance à l’égalité et l’émancipation des personnes en situation de handicap par la persistance de représentations défectologiques, ou validistes, mettant les personnes en situation de handicap dans une position infériorisante à partir des caractéristiques corporelles ou d’aptitudes.

lundi 7 mars 2022

soins à l'hôpital : à qui le tour d'en être exclu ?

Soins à l'hôpital : à qui le tour d'en être exclu ?

 Article publié sur AgoraVox, média en ligne, 

le 2 février 2022

Depuis une vingtaine d’années, la qualité des soins à l’hôpital se dégrade, et la France rétrograde au classement mondial des systèmes hospitaliers, nonobstant que les réformes qui se sont succédées avaient pour objectifs d’améliorer les soins et le système de santé. Depuis une vingtaine d’années, ce qui préside aux différentes réformes de l’hôpital, avec les effets cumulés qu’on observe aujourd’hui, ce sont la priorité accordée à la gestion de l’hôpital, le pilotage par l’économie (équilibre recettes et dépenses avec la T2A), et la volonté de baisser les dépenses liées à la santé. Depuis une vingtaine d’années, les acteurs du système, les soignants, alertent sur la conduite suicidaire de l’évolution du système au détriment des patients et des personnels.

lundi 28 février 2022

bonnes pratiques : bonnes à tous égards ?

Bonnes pratiques : bonnes à tous égards ?

Qui pourrait s’opposer, ou même simplement être critique sur les bonnes pratiques, qui ont fait l’objet dans le secteur médico-social (handicap, personnes âgées, aide à l’enfance) de nombreuses recommandations et de milliers de pages rédigées par la HAS (Haute Autorité de Santé) ? Mettre les personnes handicapées au centre, développer la qualité des pratiques professionnelles, la bienveillance, le respect des droits fondamentaux, l’accompagnement à l’autonomie et à la participation sociale, la citoyenneté, etc. : contester ces orientations et leur mise en œuvre concrète n’a plus de sens aujourd’hui, parce que notre société a pris conscience collectivement de la place des personnes en situation de handicap en son sein et de l’exigence de prendre ces éléments en considération.

mardi 22 février 2022

lecture : Etre Sourd au Etats-Unis

Etre Sourd aux Etats-Unis - Les voix d'une culture

de C. Padden et T. Humphries, EHESS, 2020

Voilà un petit livre tout à fait intéressant. Publié en 1988 aux Etats-Unis, traduit et publié seulement en 2020 en France, il n’a pas perdu d’actualité pour connaitre et penser la « condition » sourde en France. Car il présent un autre point de vue sur les Sourds, leur manière de se voir et de voir le monde, en rupture avec des points de vue qui ne voient les Sourds que comme des personnes qui n’entendent pas, à qui il manque l’audition, auxquelles il faut permettre de rejoindre le vrai monde, « naturellement » sonore. Les auteurs, faut-il le rajouter sont eux-mêmes Sourds, enseignants à l’université.


Le rapport social avec les personnes sourdes est en effet articulé sur une « vérité » biologique, celle de ne pas entendre, étant entendu que la normalité « humaine » est d’entendre. Et de ce fait le rapport social réduit les personnes sourdes à cette déficience, en ignorant une autre « vérité », celle de personnes qui ont collectivement « inventé » et utilisent une langue, se sont construit une culture, des modalités de rapport sociaux, des manières d’être dans le monde et de la percevoir. Eléments basés non sur un manque d’audition ou sur une « différence comprise comme catégorie ontologique propres », mais sur « les modes de vie, les usages de l’espace, du corps, des normes, des langues » (introduction page 13)

jeudi 17 février 2022

l'apothéose de l'approche client

L'apothéose de l'approche client

Depuis maintenant au moins une dizaine d’années, l’approche client est largement promue dans le secteur médico-social par des politiques, des dirigeants, des consultant, des « entrepreneurs ». Ces différents experts et décideurs présument en effet que la place des personnes en situation de handicap, leurs droits, leurs choix ne peuvent pas être pris en compte ni respectés dans la tradition éducative et de solidarité qui consiste à les considérer comme des bénéficiaires ou comme des usagers : les considérer ainsi donnerait aux institutions, quelles qu’elles soient, et aux professionnels, une place de toute puissance, laissant les personnes concernées dans la dépendance et l’absence d’autonomie. A l’inverse, l’approche client serait susceptible de rééquilibrer les relations en remettant la personne au centre de la relation, en tant que client, celui-ci étant par postulat le sujet de ses propres choix, libre de ses prestations, dans une économie générale de « main invisible du marché ». Ainsi, en généralisant l’approche client, les personnes en situation de handicap gagneraient-elles en liberté, en responsabilité, en droits, en autodétermination et en citoyenneté.

lundi 31 janvier 2022

"des amis pareillement atteints"

"Des amis pareillement atteints"

Telle fut l’expression d’un responsable d’établissement scolaire (collège) en constatant que des élèves malentendants, scolarisés dans diverses classes de son établissement, avaient tendance, parfois pour certains, souvent pour d’autres, à se retrouver « entre eux » sur les temps de récréation ou sur le temps de restauration : « Mais pourquoi donc recherchent-ils des amis pareillement atteints ? » C’était dans le période de l’intégration scolaire, et derrière son questionnement, il y avait la question de savoir quand même si en définitive ils ne seraient pas mieux dans une scolarisation spécialisée, avec « leurs amis pareillement atteints ». Par ailleurs cela l’interrogeait sur la réussite de l’intégration, leur rapprochement lui apparaissant comme un échec de la norme intégrative. Lui serait-il venu à l’idée d’utiliser la même formulation lorsque des élèves entendants choisissaient leurs amis (entendants) sur la cour ou à la table de la cantine, lorsque des filles choisissaient des filles comme camarades de table à la restauration ? Non bien évidemment !

lundi 24 janvier 2022

UEE : accessibilité ou enclave du système éducatif

UEE : accessibilité ou enclave du système éducatif

Les Unités d’Enseignement Externalisées (UEE) formalisées réglementairement en 2016, sont les dispositif de scolarisation initialement situés à l’intérieur des IME et autres établissements spécialisés, et désormais situés, en fonction de certains objectifs et sous certaines conditions, au sein des établissements scolaires. Une forte pression s’exerce, dans le secteur médico-social et dans l’Education nationale (mais il faut rappeler toutefois que l’Education nationale n’était pas signataire du cahier des charges des UEE), pour faire croître le nombre d’UEE, comme attestation et témoignage de l’avancée de l’inclusion scolaire dans le système éducatif et de la désinstitutionnalisation voulue par les politiques publiques. Mais les UEE répondent-elles vraiment à ces caractéristiques d’accessibilité du système éducatif, ou sont-elles, comme en fait l’hypothèse Hugo DUPONT dans son ouvrage Déségrégation et accompagnement total (PUG, 2021), des enclaves spécialisées médicosociales au sein du système éducatif ?

lundi 17 janvier 2022

éducation des jeunes sourds : encore et toujours dans un modèle oraliste ?

Education des jeunes sourds : encore et toujours dans un modèle oraliste ?

non publié

Le Conseil scientifique de l’Education nationale a publié, en juin 2021, un « Etat des lieux et recommandations » sur « La scolarisation des élèves sourds et malentendants » (en ligne[1]). Si un certain nombre de constats et recommandations pouvaient être attendus, tant la scolarisation des jeunes sourds est aujourd’hui insatisfaisante (diagnostics, structures de scolarisation, orientations publiques, formations, etc.), l’approche globale des observations, de l’analyse et des recommandations ne manque pas de surprendre.

Un choix validiste de définition du bilinguisme

En premier lieu, le bilinguisme qui est évoqué tout au long du rapport n’est pas n’importe quel bilinguisme. C’est un bilinguisme associant la langue des signes française (LSF)[2] à la langue orale parlée, celle-ci de préférence sous une double modalité, vocale (audition) et visuelle (codée manuellement par l’intermédiaire de la langue française parlée codée, la LfPC,). Le choix de la définition effectué par les auteur·e·s, qui n’est pas neutre, est simplement, incidemment, indiqué dans une note en bas de pages : «  A noter que le « Parcours bilingue » de l’éducation nationale consiste à utiliser la LSF comme moyen de communication et le français ECRIT comme approche de la langue française. Cette approche est différente de celle que nous préconisons sous le nom « bilinguisme bimodal » qui correspond à l’acquisition précoce de deux langues premières (Langue Française Parlée accompagnée de LfPC et Langue des Signes Française) pour tous les enfants sourds. »[3]. La réglementation française en la matière est certes respectée à la lettre. En effet, les choix possibles en France sont indiqués entre d’une part le monolinguisme avec la langue française orale (ici préconisée avec la LfPC) et d’autre part le bilinguisme (LSF et français, sans que ce dernier soit précisé). C’est bien ce second terme du choix qui est « nuancé » et remis en question.

lundi 10 janvier 2022

le handicap est-il encore une maladie ?

Le handicap est-il encore une maladie ?

Il fut une époque, au XIXe siècle, où le féminisme était considéré comme une maladie : le fait de revendiquer des droits, ou l’égalité avec les hommes, était considéré comme la manifestation d’un trouble psychique. La drapétomanie, autour des années 1850 aux Etats-Unis, était une prétendue « maladie mentale pour expliquer l’évasion des esclaves vers le Nord des Etats-Unis » (Wikipedia) et leur irrépressible désir de liberté. L’homosexualité fut considérée comme une maladie (une perversion) jusqu’à la fin du XXe siècle. L’esclavage a été aboli, les femmes ont gagné en émancipation. Pour autant, le racisme, le déni du féminisme, l’homophobie n’ont pas disparu. Si les états ou les conditions considérées ne sont plus des maladies, ils restent pour un certain nombre de personnes, et comme arrière-fond culturel, des substrats d’infériorité, des essences d’inégalités, et même encore parfois des « tares » morales.

lundi 3 janvier 2022

quand la santé régit l'inclusion scolaire

Quand la santé régit l'inclusion scolaire

La Haute Autorité de Santé (HAS) a publié en septembre 2021 une recommandation de bonnes pratiques : Accompagner la scolarité et contribuer à l’inclusion scolaire. On aurait pu s’attendre à ce que des bonnes pratiques concernant la scolarisation d’enfants, fussent-ils handicapés, était du ressort des institutions chargées de l’éducation dans le pays. On peut donc s’étonner que ce soit un organisme de santé qui soit à l’origine d’une telle recommandation. En Europe et dans la plupart des pays, ce sont des organismes d’éducation qui donnent de telles orientations quant aux politiques éducatives, qu’il s’agisse d’enfants « normaux » ou d’enfants « différents », dont ceux en situation de handicap. Même si par prudence, la HAS priorise ses destinataires dans le secteur médico-social, dans lequel le ministère de le Santé est souverain, il est évident à la lecture du document et de son argumentaire, qu’il s’agit bien d’orientations éducatives, et de choix de politiques éducatives. Ainsi, d’une certaine manière, par le biais de l’accompagnement à la scolarisation des élèves handicapés, les politiques éducatives sont-elles régies par une approche sanitaire ou de santé.

lundi 20 décembre 2021

lecture : Enfances de classes

Enfances de classe - De l'inégalité parmi les enfants

sous la direction de Bernard LAHIRE ( Seuil, 2019)

Depuis plus d’un demi siècle (depuis les ouvrages de Bourdieu et Passeron, Les héritiers et La reproduction), le rôle de l’école dans la reproduction des classes sociales a maintes fois été mis en évidence. Personne ne peut plus prétendre aujourd’hui que le mérite républicain est en mesure de modifier radicalement le fait que les enfants reproduisent au sein de l’école leur destin d’origine de classe, avec quelques nuances permettant d’invalider un déterminisme absolu. Les effets de cette fonction de l’école se vérifie aussi dans les études politiques et économiques sur le fonctionnement de la société dans les problématiques d’ascension sociale.

lundi 13 décembre 2021

persistance de l'approche bio-médicale du handicap

Persistance de l'approche bio-médicale du handicap

« Changeons de regard » martèle la campagne de communication du gouvernement (octobre 2021) afin de donner une meilleure place dans la société aux personnes en situation de handicap, afin de faire advenir une société inclusive. En effet, un changement de regard favoriserait certainement les représentations négatives sur les personnes handicapées (des personnes de moindre « valeur » que les personnes valides) pour instituer une approche centrée sur la diversité humaine d’égale valeur quelles que soient ses caractéristiques, et par conséquent des fonctionnements sociaux permettant de façon effective leur participation sociale et l’accès aux droits de tous. Mais un changement de regard ne se fait pas hors contexte, sur des principes éthérés de bienveillance, voire de charité. Le regard, les représentations sont ancrées dans un système social qui dépasse et détermine les individus.

lundi 6 décembre 2021

de l'individuel et du collectif social

 De l'individuel et du collectif social

« Le temps est fini où l’on pouvait penser que le collectif a une meilleure connaissance que l’individu sur ce qui est bon pour lui » avais-je noté un jour lors de l’une de mes lectures (en omettant de me souvenir de l’auteur !). Les classes sociales, les institutions traditionnelles ne sont plus censées déterminer les modes de vie et de pensée, les parcours ou les postures des personnes, même si les phénomènes de reproduction de classes par exemple sont toujours très présents (davantage même ?). Dorénavant, les personnes sont censées être autonomes, être « les entrepreneurs d’elles-mêmes », à l’appui de tout un registre sémantique promouvant l’individu. Sur le même registre, les institutions spécialisées dans le domaine du handicap laissent place à l’individualisation des projets et des prestations, censés émaner des personnes en situation de handicap elles-mêmes.

lundi 29 novembre 2021

le déterminisme institutionnel des besoins

Le déterminisme institutionnel des besoins

L’organisation des réponses aux difficultés et aux situations de handicap que rencontrent les personnes concernées détermine des modèles de pensée et d’action parfois très éloignées de leurs attentes et besoins. Le secteur médico-social, avec ses établissements, services et aujourd’hui offres de services, est le cadre juridico-administratif d’organisation des accompagnements des personnes en situation de handicap. Aujourd’hui, il met en œuvre des réponses organisationnelles en mettant en correspondance des besoins et des prestations. Ce faisant, il fournit une grille de réponses fondées sur un système de représentations (la réforme de l’offre de service n’interroge en définitive pas les conceptions sociales sur le handicap : solidarité, charité, validisme, etc.) propre à la culture et à l’habitus médico-sociaux, issus d’une histoire conceptuelle et de pratiques qui se sont élaborées dans des cadres politiques obsolètes, qui ne sont pas ceux d’aujourd’hui. Le seul cadre politique dont il est tenu compte en termes de changement est celui de la primauté de l’économique et de la gestion.

lundi 22 novembre 2021

surtout ne pas former au handicap

Surtout, ne pas former au handicap

Une des conditions unanimement consensuelle afin de favoriser l’inclusion des personnes en situation de handicap dans les différents segments de la société (école, travail, loisirs, espaces physiques…) est de former les différents professionnels de ces différents segments à accueillir les personnes concernées. Et de fait, la méconnaissance des situations vécues par les personnes handicapées et de leurs conditions de vie, associée à des représentations archaïques (handicap = infériorité), constitue d’indéniables obstacles à une véritable participation des personnes concernées aux activités de la société dans laquelle pourtant elles vivent.

lundi 15 novembre 2021

Lecture : Handicap : l'amnésie collective

Handicap : l'amnésie collective. La France est-elle encore le pays des droits de l'homme ?

de B. KERROUMI et S. FORGERON (Dunod, 2021)

Le questionnement est explicite dans le sous-titre de l’ouvrage : La France est-elle encore le pays des droits de l’homme ? Pour les deux auteurs, la question se pose de fait en ce qui concerne la situation des personnes en situation de handicap en France. Les droits de l’homme, ou droits humains, sont aujourd’hui portés par l’ONU, et, en ce qui concerne les personnes handicapées, ils ont été formalisés par cette même organisation dans la Convention des droits des personnes handicapées en 2006, convention ratifiée par la France en 2010. Il y a déjà plus de 10 ans ! Ce sont pourtant ces droits que les auteurs dénoncent comme n’étant pas respectés en France, à l’appui de nombreux exemples et de façon très informée et argumentée. C’est aussi ce qu’ont affirmé deux rapports consécutifs de la commission des droits des personnes handicapées en ce qui concerne l’application en France des droits des personnes handicapées, l’un en janvier 2020, le second en septembre 2021. Malgré l’occultation française de ces deux rapports, cet ouvrage vient bien mettre le doigt sur cette carence française.

lundi 8 novembre 2021

Education inclusive, éducation spécialisée

Education inclusive, éducation spécialisée

Cet article était initialement prévue pour une conférence lors du colloque organisé à la suite de la publication de l'ouvrage : L'éducation spécialisée : enjeux cliniques, politiques, éthiques, sous la direction de S Fournier et J Rouzel (L'harmattan, 2020). Ce colloque a été annulé pour des raisons de pandémie.

« Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde » disait Albert Camus. Entre éducation inclusive et éducation spécialisée, il importe de dire de quoi ces termes peuvent être le nom, ou plutôt de dire ce que nomment un projet inclusif ou une société inclusive, et par ricochet, ce que nomme l’éducation spécialisée dans un tel contexte. Aujourd’hui, une vision quelque peu diabolisée de l’éducation oppose sans nuances l’éducation spécialisée aux dispositifs inclusifs. Dans la pensée mainstream, tout est inclusif, c’est le all inclusive, de l’école à l’écriture, de l’entreprise à l’immigration. Dans une telle confusion contextuelle et sémantique, il devient difficile de définir la notion, d’autant que son omni-présence et sa prétention à une qualification universelle laissent peu de champ à son analyse critique. Le signifiant est partout, mais qu’en est-il du signifié ?

Peut-on s’autoriser à considérer que, malgré leur opposition, construite dans le discours dominant, éducation inclusive et éducation spécialisée ont quelque chose à voir en commun, qu’il s’agit de deux registres de réponses aux problématiques d’enfants ou d’adultes pour lesquels la société n’est pas adaptée comme ils ne sont pas adaptés à la société existante ? Au-delà du projet inclusif en ce qui concerne les personnes en situations de handicap, c’est bien de la question de société inclusive tout entière dont il s’agit.

lundi 1 novembre 2021

inclusion et transformation sociale

Inclusion et transformation sociale

Le processus inclusif est souvent considéré (quoique récemment on ait vu le terme appliqué à tous types de situations, au point que le terme finit par ne plus avoir de sens) comme un droit à conquérir par ou pour une seule minorité. Ainsi en est-il de l’inclusion des personnes handicapées dans l’emploi, à l’école, dans l’espace social, etc. Dans cette hypothèse, on retrouve inévitablement de tels obstacles au projet inclusif que l’on se heurte rapidement à un mur de verre laissant la ségrégation se pérenniser et l’inclusion stagner voire régresser. C’est peut-être qu’à ne parler d’inclusion que pour une seule catégorie, la société dans son fonctionnement d’ensemble, non inclusif, reste en l’état. Lorsque la société est inégalitaire, l’accès aux droits d’une catégorie de population restera inégalitaire ; l’hypothétique ilot égalitaire ne résiste pas à la pression inégalitaire de l’ensemble. La velléité d’inclusion se diluera dans l’exclusion d’autres populations, dans la discrimination, au sein de la population, selon d’autres caractéristiques ou appartenances.

lundi 25 octobre 2021

un mur de verre de l'école inclusive

Un mur de verre de l'école inclusive

Les définitions d’une école inclusive mettent en avant l’unicité d’un système accueillant indistinctement tous les enfants en âge d’être scolarisés, associée à la diversité des réponses individuelles ou collectives apportées aux élèves au sein dans ce système unique. Toutes les organisations, tous les dispositifs, toutes les mesures, toutes les représentations qui vont à l’encontre de cette définition, fussent-ils qualifiés parfois d’inclusifs, ne le sont en définitive pas, et mettent des obstacles à l’évolution du système éducatif vers l’inclusivité.

lundi 18 octobre 2021

handicap, soins et domination

Handicap, soins et domination

Qu’est-ce qui réunit aujourd’hui un certain nombre de personnes sous la catégorie « handicapé » ? Ce n’est pas la ressemblance relativement à ce qui est à l’origine de leur catégorisation, à savoir les déficiences, maladies, troubles, incapacités qui les assignent à faire partie d’une catégorie administrative. En effet qu’ont en commun une déficience visuelle et un polyhandicap, une déficience motrice et un trouble psychique ? Si ce n’est que des limitations d’activité ou des restrictions de participation sociale sont « subies » pour ces raisons, comme le dit la définition de la loi de 2005. Si ce n’est aussi que ces caractéristiques ont en commun d’être des anomalies par rapport à des normes appartenant à des personnes qui n’ont pas de problèmes de santé, ainsi que l’OMS définit les situations de handicap.