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Président du Réseau Français sur le Processus de Production du Handicap (RFPPH) Formateur accrédité sur le modèle de développement humain-processus de production du handicap (MDH-PPH), et dans les domaine des droits et des politiques inclusives / administrateur organismes de formation et secteur médico-social / ancien cadre dans le secteur médico-social et formateur

mercredi 27 mai 2026

Une cité inclusive comme horizon, de Ch Gardou

Une cité inclusive comme horizon - Essai de critique sociale

de Charles GARDOU, (érès, 2025)

Il est des livres qui, inopinément, donnent un éclairage bienvenu à des problématiques conceptuelles ou éthiques dans lesquelles le quotidien nous enferre, à des questions et des perspectives en panne. L’ouvrage de Charles Gardou est, pour moi, de ceux-là. « L’inclusion » est un terme, à défaut d’être un concept précis, qui pose des questions entre des idéaux humanistes et des obstacles persistants. La lecture de l’ouvrage permet de poser des balises dans cette navigation parfois à vue, de ne pas baisser les bras devant ces dits obstacles qui s’accumulent, et de garder un cap vers un horizon vers lequel s’acheminer.

Ce texte est moins une recension d’un ouvrage qu’un hommage à l’auteur et à son ouvrage. Charles Gardou a publié de nombreux ouvrages où se manifestait son attention aux personnes différentes, et en particulier les personnes vulnérables, et aux évolutions sociales et sociétales dans lesquelles s’inscrivait une perspective inclusive. Dans cet ouvrage, qu’on pourrait mettre dans plusieurs catégories (anthropologique, politique, métaphysique, éthique), il tente, avec beaucoup de bonheur stylistique, de fonder ce qui constitue le cœur même d’une société inclusive. D’ailleurs, le titre même de l’ouvrage situe la problématique : il s’agit de la Cité, au sens politique du terme, de la vie en société, toujours en transformation, de manière parfois contradictoire, vers un horizon jamais atteint.

Cette société (Cité) inclusive qu’il voit à la fois comme horizon et travail de chaque instant a été souvent réduite à des réponses techniques d’inclusion. Dans cet ouvrage, tout au contraire, C. Gardou, en « ouvrant la question à 360° », dresse le tableau éminemment complexe des contextes et des conditions qui permettraient de penser, envers et contre tout, la société inclusive. « On avance déboussolé, d’une indétermination à l’autre : entre l’ambition d’une société inclusive et l’atrophie de la vie collective par individualisme et communautarisme ; entre le désir d’égalité et l’accoutumance à des discriminations culturelles, religieuses, sexuelles, générationnelles ; entre l’appel à la considération de la dignité de chacun et la montée des intolérances liées à des clivages idéologiques ; entre l’aspiration à la liberté et de nouvelles formes de servitude ; … entre la reconnaissance d’une fragilité commune et la négligence de plus vulnérables… » (p.26)

La problématique des personnes dites handicapées est bien entendu toujours présente, et illustre de manière cruciale les questions qui se posent. La Cité inclusive est une question d’humanité, de manière de « faire avec » des personnes différentes, des personnes vulnérables.

Une société ne peut être qu’inclusive, sinon elle n’est pas société lorsqu’elle refuse la diversité. Pour les personnes concernées par la non-inclusion, c’est-à-dire l’exclusion, pour les personnes qui aident ou accompagnent, comprendre les enjeux et les conditions de mise en mouvement de la société inclusive devrait permettre de s’expliquer et de surmonter les barrières, les obstacles, les empêchements produits par une société qui fait des choix qui sont parfois à l’inverse du projet inclusif revendiqué. Les paradoxes et contradiction identifiés par l’auteur sont nombreux. Ils mettent les personnes concernées et les professionnels dans des situations inconfortables où le discours injonctif se heurte aux dispositions matérielles et organisationnelles prises. Avec cet ouvrage, on peut prendre de la hauteur et mettre en perspective cette valeur fondamentale, replacer l’inclusion dans un projet politique et collectif. La perspective inclusive n’est pas l’apanage d’une catégorie de personnes, les personnes dites handicapées, mais concerne toute la société : il s’agit que tous participent à la vie commune, quelles que soient leurs caractéristiques, y compris dans la vulnérabilité.

Lorsque, personnes concernées, professionnels de terrain, cadres et dirigeants, le « nez dans le guidon » du quotidien et de nombreuses injonctions, sous la pression de multiples tâches à effectuer, la réflexion sur l’inclusion et la société inclusive se satisfait parfois de réponses concrètes et immédiates, préparées ou improvisées, favorisant certes la qualité de vie inclusive des personnes concernées. « L’inclusion » reste bien sûr une affaire de regard, d’attitudes, de comportements, de conceptualisation, de principes et de pratiques, et d’organisations. Mais elle se heurte à bien des obstacles dont on ne comprend pas toujours les tenants et aboutissants, l’histoire et les enjeux. En mettant la focale sur la « Cité » et l’ensembles des conditions dans lesquelles cette Cité se construit de manière inclusive, l’ouvrage permet de prendre de la hauteur, de réfléchir à tous les contextes de changements vers l’horizon inclusif.

C.Gardou met aussi en garde, dans notre propre pays et dans le monde, contre des évolutions sociétales et sociales qui font véritablement obstacle à l’évolution inclusive : le développement des inégalités, les restrictions de liberté, le délitement de la solidarité, le « péril d’une déhumanisation », les guerres, les incertitude de droit du vivant… « L’unité entre les principes affichés et l’action politique, condition d’une société cohérente et cohésive, ne peut être atteinte quand ce qui est réalisé infirme ce qui est affirmé, sans y voir de contradiction ; quand ce qui est fait est détruit, refait et détruit de nouveau par pur rivalité partisane. » (p.124). Mais il plaide aussi avec tout autant de force et avec une espérance optimiste pour que chacun prenne sa part dans la marche sociale pour produire collectivement la Cité inclusive.

Extraits de la présentation de l’ouvrage

« S’ils ne réalisent jamais ce qui est en leur possibilité, les humains ont l’obligation de remodeler sans cesse l’architecture et de parfaire l’aménagement de leur demeure commune pour y cohabiter plus harmonieusement, sans se défausser sur les autres. La résidence qu’ils partagent, par naissance, est ce qu’ils sont et en font : hospitalière ou hostile, inclusive ou exclusive. L’attente illusoire de quelque grand architecte, chef ou monarque est une forme de servitude »

Dans son tête-à-tête avec le monde tel qu’il est et tel qu’il va, Charles Gardou en appelle à une vision exclusive élargie. Entre sens, contresens et non-sens, comment édifier une Cité humaine autour d’idéaux qui lui donnent corps ? Qu’est-ce qui entrave sa marche vers un horizon plus ouvert ? A-t-on dérivé trop loin pour l’apercevoir ? Qu’en est-il de la responsabilité individuelle et collective ?

Troisième volume de la trilogie, qui réunit La société inclusive, parlons-en ! et La fragilité de source, ce livre en constitue la toile de fond anthropologique, éthique et politique.

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mercredi 20 mai 2026

quelle est la nature des besoins ?

 Quelle est la nature des besoins ?

Qui irait aujourd’hui contester qu’il faille se préoccuper des besoins des personnes ? C’est en effet l’argument central et dernier pour identifier des réponses visant leur satisfaction, au nom du respect dû aux personnes, à la valorisation de leur dignité et de leur liberté, à leur droit à une participation sociale satisfaisante. A ce titre, l’identification des besoins semble incontournable. Mais peut-être serait-il opportun d’interroger cette notion de besoin, si évidente qu’elle en est aveuglante, car elle pourrait constituer un voile opaque masquant d’autres enjeux et problématiques. Tout d’abord, cette notion de besoin n’est pas si « neutre » que cela, et a priori et par principe favorable aux personnes dont il a été décidé qu’ils avaient tel ou tel besoin. Ainsi par exemple, les « besoins » des pauvres des pays développés ou en développement sont-ils massivement déterminés et identifiés comme un espace de croissance des entreprises et des services, comme une expansion du marché : les besoins identifiés d’hygiène sont avant tout le lieu de la vente de dose de savons pour des groupes mondialisés (accessoirement ils peuvent améliorer l’hygiène).

mardi 12 mai 2026

Validisme : parlons-en

Validisme : parlons-en !

Le handicap a été longtemps conçu et expliqué comme étant issu des caractéristiques personnelles déficitaires de la personne, avec ses déficiences et ses incapacités, ayant des conséquences sur sa vie sociale, sur sa participation sociale, sur les possibilités de ses choix de vie. Avec l’approche sociale, on est passé à un autre paradigme : l’environnement, tel qu’il fonctionne, est la cause du handicap, parce qu’il n’est pas adapté à des personnes qui ont certaines caractéristiques. L’image d’une personne en fauteuil au pied d’un escalier est l’exemple même d’un manque d’accessibilité créant une situation de handicap dans la réalisation d’une habitude de vie comme faire des courses, ou aller à un bureau de poste, ou aller voter. Dans cette dernière approche, écosystémique, il est des aspects qui sont bien présents, mais dont on a moins parlé dans la présentation des différentes approches conceptuelles expliquant les situations de handicap.

mercredi 6 mai 2026

droit à mourir et autodétermination

Droit à mourir et autodétermination

Il est un événement qui a été largement évoqué par la presse, en lien avec l’examen de la loi dite fin de vie : c’est le suicide assisté de Noelia, jeune espagnole devenue paraplégique à la suite d’une tentative de suicide antérieure. Le suicide assisté a été permis par une loi espagnole, adoptée en 2021, légalisant ce choix, pour des personnes atteintes d’une « affection grave, chronique et invalidante qui affecte l’autonomie » et provoque « une souffrance jugée intolérable ». Cette loi se présente, tout comme d’ailleurs les dispositions françaises en cours, comme une avancée des libertés individuelles et dans l’accès aux droits individuels, et un droit de mourir dans la dignité. Cette possibilité de choix s’inscrit dans une éthique revendiquées comme celle de l’autodétermination.

mardi 28 avril 2026

individualisation et facteurs environnementaux

Individualisation et facteurs environnementaux

On ne peut que constater un paradoxal double mouvement de pensé (ou idéologique), qui consiste d’une part à postuler de l’importance, incontournable, des facteurs environnementaux dans toutes les réalisations humaines (dans sa vie personnelle comme dans la vie sociale), et d’autre part à surestimer les facteurs individuels susceptibles de jouer dans les réalisations de la vie humaine et sociale. Plus on parle des facteurs environnementaux, plus on se polarise sur les facteurs personnels. C’est un paradoxe qu’il est facile d’ignorer : dans un travail d’accompagnement, il est plus facile (et c’est aussi un héritage culturel) de vouloir « changer » la personne en se focalisant sur les injonctions de personnalisation ou d’individualisation que vouloir changer l’environnement de la personne, surtout au niveau macro ou méso, qui sont pourtant des obstacles sérieux à la participation sociale.

vendredi 17 avril 2026

lecture : Plutôt vivre de C Kahn et C Puiseux

Plutôt vivre - Comprendre le validisme et valoriser la culture crip

Chiara KAHN & Charlotte PUISEUX - Le Cavalier Bleu, 2025

La notion de validisme (et la réalité qu’elle décrit) est encore peu connue et peu diffusée en France (et encore moins la culture crip). Et pourtant en regardant les situations vécues par les personnes handicapées avec cette approche, ce regard, cette analyse, on voit les choses autrement. C’est à quoi s’emploie l’ouvrage de Chiara KAHN et Charlotte PUISEUX, toutes deux militantes anti-validistes. Penser la société comme ayant un fonctionnement validiste, comme étant validiste, ce n’est pas simplement penser qu’il faut davantage d’accessibilité dans les différents espaces publics afin que les personnes handicapées puissent accéder à leurs droits. Ceci est bien sûr nécessaire, mais insuffisant pour comprendre les situations vécues par les personnes handicapées. Faire le choix d’analyser la société sous ce prisme, c’est penser et décrire la société comme fonctionnant sur des principes souvent impensés, qu’il s’agit impérativement d’interroger et de remettre en cause.

vendredi 10 avril 2026

de qui l'inclusion est-elle l'affaire ?

De qui l'inclusion est-elle l'affaire ?

Il n’y a aucun doute là-dessus : la perspective inclusive pour les personnes en situation de handicap apparait partagée par tous, ou presque. Certains discours politiques, plutôt du côté de l’extrême droite, ont tenté de délégitimer cette perspective. Dans la réalité sociale, on assiste à des discrimination encore bien fréquentes (voir les rapports successifs de la CNCDH : Commission nationale consultative des droits de l’homme) : refus d’école, rejet des travailleurs handicapés, défauts manifestes d’accessibilité, refus d’animaux aidants…Mais pour le reste, s’engage-t-on vraiment dans des perspectives inclusives ?

mardi 31 mars 2026

pourquoi les structures spécialisées perdurent-elles ?

Pourquoi les structures spécialisées perdurent-elles ?

Vingt ans après la loi française de 2005 et la convention des Nations Unies sur les droits des personnes handicapées, les établissements spécialisés sont quasiment aussi nombreux. Ils ont certes modifié leurs organisations, et actuellement un gros effort est fait pour modifier les offres de services dans la perspective d’une meilleure inclusion. Il n’empêche : la société inclusive, celle qui ne discrimine pas, celle qui ne ségrégue pas une population avec des caractéristiques spécifiques dans des dispositifs particuliers, cette société n’est pas encore là. Et les structures spécialisées, des instituts médico-éducatifs aux ESAT, sont, elles, bien présentes dans le paysage de l’accompagnement des personnes en situation de handicap.

jeudi 26 mars 2026

les experts ... et les autres

Les experts ... et les autres

Si l’on porte un certain regard, critique, sur le fonctionnement sociétal, en particulier sur le plan politico-économique, et spécifiquement dans les politiques publiques, il y a un fait marquant. Le monde apparait divisé entre ceux qui savent, décident, pensent, enjoignent, orientent, dirigent, possèdent la vérité, en quelque sorte des « experts », et … les autres. Les experts sont de toutes natures : hommes et femmes politiques au pouvoir, économistes patentés, journalisteS et chroniqueurs, élites intellectuelles, etc. Ils se sont répandus dans toutes les strates des organisations : les directions bien entendu, mais aussi les responsables qualité, développement, ressources humaines, les managers de toutes sortes (il y a même des happiness managers !), des coachs, des think tank et des cabinets de conseil … C’est le domaine du statut de l’expertise, qui nimbe de la possession d’un pouvoir les personnes qui en sont dotées.

lundi 16 mars 2026

Les obstacles à la scolarisation inclusive

 Les obstacles à la scolarisation inclusive

Intervention en table ronde, le 3 décembre 2025, Paris, CNAM

Journée de Trisomie 21 France Scolarisation des enfants avec trouble du développement intellectuel : débattons et agissons ensemble

Le texte ci-dessous est le développement de cette intervention

Je me contenterai ici de pointer et d’identifier quelques obstacles à la mise en place ou au développement de la scolarisation inclusive, qui pourraient être autant de leviers sur lesquels et avec lesquels agir pour faire progresser la situation.

La première observation que l’on peut faire, c’est qu’il y a un écart frappant entre la réalité du phénomène inclusif à l’école et le discours qui est tenu sur l’école inclusive. La réalité c’est quoi : des enfants handicapés non admis à l’école, des moyens et des ressources qui ne suivent pas de la part de l’administration scolaire, un manque flagrant d’AESH dans les conditions d’accueil d’aujourd’hui, des dispositifs collectifs qui peinent à s’installer dans les établissements scolaires, des discours non inclusifs de la part de nombreux professionnels, etc… On pourrait en allonger la liste indéfiniment. Concernant cette réalité, concrètement vécue par nombre de familles et d’enfants, il y a un discours qu’on pourrait croire naïvement optimiste, mais plutôt réellement mensonger.

lundi 9 mars 2026

les exclus de l'intérieur

 Les "exclus de l'intérieur"

Je reprends ici le titre d’un article de Pierre Bourdieu et Patrick Champagne, publié dans l’ouvrage dirigé par le premier, La misère du monde (Editions du Seuil, 1993). L’article (p.913-923) ne porte pas sur les élèves en situation de handicap, mais sur l’organisation du système éducatif qui s’est massifié à partir des années 1950, et la répartition des élèves dans les différentes filières du système, et en particulier sur les affectations des élèves issus des milieux populaires. La « démocratisation » du système restait un leurre : elle a bien mis les ex-exclus du système à l’intérieur du système, mais en les marginalisant dans la distribution des filières. La diversification des filières dans une forme d’exclusion à l’intérieur du système s’est traduite de différentes façons : hiérarchisation des établissements scolaires, filières administratives, mais aussi institution des classes de transition ou des SEGPA. « L’école exclut comme toujours, écrivent les auteurs, mais elle exclut désormais de manière continue, à tous les niveaux de cursus, et elle garde en son sein ceux qu’elle exclut, se contentant de les reléguer dans des filières plus ou moins dévalorisées » (p.921). Sous couvert de démocratisation de l’école, il y a bien relégation de populations scolaires dans certaines filières, ce qui constitue ce qu’ils appellent une exclusion de l’intérieur.

lundi 2 mars 2026

Lecture : Neurosciences un discours néolibéral, de F Gonon

Neurosciences un discours néolibéral - Psychiatrie, éducation, inégalités

de François GONON, Champ social, 2024

 

Il est habituel et banal de considérer que dès lors qu’il s’agit de neurosciences et de ses différents domaines ou applications, il s’agit de vérité scientifique, puisqu’il s’agit de sciences, et que les sciences dites dures seraient fiables. C’est sans doute une des raisons pour lesquelles les neurosciences ont pris une très grande place depuis deux ou trois décennies, voire sont devenues hégémoniques dans certains domaines. Cela laisse penser aussi que les connaissances et la vérité progressent amplement. Gageons que cet ouvrage n’aura pas le succès éditorial que connaissent la plupart des livres traitant des promesses, souvent mirifiques, sur les avancées des neurosciences dans les diagnostics et les traitements dans divers domaines comme la psychiatrie, bien sûr, mais aussi l’éducation et l’école, et également les situations d’inégalités. Cet ouvrage s’inscrit en effet à contre-courant de la complaisance publique et de la fascination qui s’expriment pour les neurosciences. Il s’agit d’une critique non pas d’un point de vue « anti-scientiste » ou « anti-changement », ou encore « anti-progrès », mais d’une critique  d’un point de vue scientifique et épistémologique, s’appuyant sur une analyse de fond en comble d’articles, d’ouvrages et de publications relatant des expériences, des recherches, et des analyses relatives aux travaux effectués dans plusieurs des domaines des neurosciences.

jeudi 19 février 2026

l'autodétermination a ses limites

 L'autodétermination a ses limites

Les propos qui vont suivre vont certainement heurter certains lecteurs. Nous sommes tellement dans une évidence (mais l’évidence, faut-il le rappeler, aveugle) que les interrogations et les critiques sur une notion aussi partagée conduisent rapidement à disqualifier l’auteur et à le vouer aux sombres heures du passé ou aux gémonies du présent. L’autonomie et l’autodétermination ne sont pas des valeurs ou des concepts universels, dont l’expérience a toujours été et qu’il faudrait obtenir ou maitriser pour être pleinement humain. Ce sont deux notions qui sont devenues hégémoniques et incontournables dans le cadre d’une évolution et d’une construction sociales qui en ont fait des clés et des critères du développement humain et de la qualité de vie universelle. C’est l’individualisation de la problématique humaine, sur le plan philosophique, qui a porté à l’émergence et à la place importante de ces notions, en même temps par exemple que la notion de liberté individuelle.

mardi 20 janvier 2026

une participation amputée

Une participation amputée

La « participation » des personnes dites handicapées n’est pas toujours allée de soi. Elle a commencé à s’exercer au titre de la participation en tant qu’usagers des institutions sociales et médico-sociales. Elle est tout à fait symbolique d’une place nouvellement acquise, ou plutôt en cours d’acquisition dans les configurations sociales et dans les politiques publiques. La loi du 2 janvier 2002 en a été une pierre de touche. Entre organisation de et injonction à la participation, différents outils sont institués dans les établissements et services : conseil de la vie sociale, groupes d’expression, projet personnalisé d’accompagnement, enquête de satisfaction, évaluations… Bien évidemment, tout en ayant fait évoluer à l’interne bien des organisations et des postures, ces dispositifs ont vite trouvé leurs limites, dans la définition même de la participation : il s’agit en tout premier lieu de la mise en œuvre, à l’intérieur des institutions et des services, de droits minimaux, nécessaires et urgents au regard des fonctionnements en usage. Mais pas de participation à la « vraie vie ». C’est dire qu’on est là bien loin des préoccupations de participation sociale et de l’enjeu de citoyenneté.

mardi 13 janvier 2026

autodétermination et dé-cohésion sociale

Autodétermination et dé-cohésion sociale

La Direction Générale de la Cohésion Sociale lance un projet pour soutenir l’autodétermination des personnes handicapées. La perspective est de transformer les pratiques professionnelles, améliorer la mobilité et optimiser les ressources numériques (Post du 17 novembre 2025). Bravo ! L’autodétermination est en effet une posture, un comportement, une attitude, une manière d’être et d’agir, dont ont été privés pendant longtemps les personnes dites handicapées, et qui est aujourd’hui mise en avant, avec raison, pour accéder à l’égalité des droits des personnes concernées. Le projet adhère parfaitement au discours public qui est tenu sur les personnes handicapées. Discours tenu également sur le même registre pour les personnes en situation de vulnérabilité. L’autodétermination, l’empowerment, la participation, l’égalité des droits et des chances, la citoyenneté, sont des thématiques auxquelles les politiques publiques semblent attachées et promouvoir. C’est finalement le titre de la direction générale qui s’engage dans le projet : la cohésion sociale.

mercredi 7 janvier 2026

inclusion : redonner du sens au(x) mot(s)

Inclusion : redonner du sens au(x) mot(s)

L’inclusion (le fonctionnement inclusif de l’école et du système éducatif) est en panne, c’est un fait. A la rentrée 2025, 42 000 enfants en situation de handicap se retrouvent sans AESH, c’est-à-dire ne peuvent pas être élèves. Même si la présence d’une AESH ne peut être une solution universelle et pérenne à l’inclusion, il faut bien reconnaitre aujourd’hui que sans elles la scolarisation n’est bien souvent pas possible (c’est d’ailleurs aussi le signe de cette panne) ; faute d’inclusion, les listes d’attente vers des établissements spécialisés sont sans fin, non que l’établissement spécialisé soit une bonne solution, mais faute de mieux. D’autres nombreux faits attestent de cette panne.