Education des jeunes sourds : encore et toujours dans un modèle oraliste ?
non publié
Le Conseil
scientifique de l’Education nationale a publié, en juin 2021, un « Etat
des lieux et recommandations » sur « La scolarisation des
élèves sourds et malentendants » (en ligne). Si un certain nombre de constats
et recommandations pouvaient être attendus, tant la scolarisation des jeunes
sourds est aujourd’hui insatisfaisante (diagnostics, structures de
scolarisation, orientations publiques, formations, etc.), l’approche globale des
observations, de l’analyse et des recommandations ne manque pas de surprendre.
Un choix validiste de définition du bilinguisme
En premier
lieu, le bilinguisme qui est évoqué tout au long du rapport n’est pas n’importe
quel bilinguisme. C’est un bilinguisme associant la langue des signes française
(LSF)
à la langue orale parlée, celle-ci de préférence sous une double modalité,
vocale (audition) et visuelle (codée manuellement par l’intermédiaire de la
langue française parlée codée, la LfPC,). Le choix de la définition effectué
par les auteur·e·s, qui n’est pas neutre, est simplement, incidemment, indiqué
dans une note en bas de pages : « A noter que le « Parcours
bilingue » de l’éducation nationale consiste à utiliser la LSF comme moyen de
communication et le français ECRIT comme approche de la langue française. Cette
approche est différente de celle que nous préconisons sous le nom « bilinguisme
bimodal » qui correspond à l’acquisition précoce de deux langues premières
(Langue Française Parlée accompagnée de LfPC et Langue des Signes Française)
pour tous les enfants sourds. ».
La réglementation française en la matière est certes respectée à la lettre. En
effet, les choix possibles en France sont indiqués entre d’une part le
monolinguisme avec la langue française orale (ici préconisée avec la LfPC) et
d’autre part le bilinguisme (LSF et français, sans que ce dernier soit
précisé). C’est bien ce second terme du choix qui est « nuancé » et
remis en question.