Transformation de l'offre et autodétermination
Les priorités des
politiques publiques évoluent : on voit aujourd’hui une certaine
insistance à agir dans la transformation de l’offre des établissements et
services médico-sociaux. Les précédentes priorités ayant échoué, au moins
partiellement, à mettre en place des dispositifs dignes et pertinents pour les
personnes handicapées, en conformité avec les textes internationaux. La
transformation de l’offre de service apparait aujourd’hui, aux yeux des
orientations politiques, comme quasiment LE moyen d’y parvenir, et devient une
injonction pressante. Les professionnels se voient ainsi imposer, sans que
personne ne se préoccupe du sens qu’ils peuvent donner à ces changements de
priorités, des formations, des dispositifs et des organisations inédits.
Les injonctions se
suivent, les premières absorbées par les dernières, sans que l’on sache si et
comment elles s’y articulent. Les projets personnalisés, la qualité, le dossier
unique de l’usager, divers dispositifs organisationnels, l’autodétermination, sans
oublier SERAFIN-PH, etc.. ont ainsi émaillé l’histoire récente du secteur,
avant de se voir imposer aujourd’hui la transformation de l’offre de service.
Celle-ci est certes nécessaire, au regard des écarts par exemple entre les
droits affirmés dans les textes et la vie quotidienne et sociale des personnes
concernées. Le problème vient peut-être de ce que de telles priorités sont
instituées, venant d’un « ailleurs » institué, déclenchant au niveau
des dirigeants des mobilisations éphémères et successives, engageant des
priorisations d’action de formation dans le domaine de l’injonction donnée, que
les professionnels de terrain tenteront tant bien que mal d’assimiler et de
mettre en œuvre.
Jusque très
récemment, l’autodétermination a été une de ces priorités, dont l’engouement
s’est manifesté par nombre de formations, la création de nombre d’organismes de
formation. Les demandes de formation à l’autodétermination des usagers
dominaient le marché. Elles laissent progressivement la place à des demandes de
formations sur la transformation de l’offre, issues plus souvent des cadres que
des professionnels de terrain. Cette évolution n’est pas spontanée, elle
correspond aux préconisations / injonctions / priorisations des politiques
d’Etat, et dans lesquelles les personnes concernées, au premier chef les
personnes handicapées, mais aussi les professionnel.les, ont encore très peu de
place.
Le risque d’une
telle succession de priorisations, et de priorisations multiples, est d’oublier
les précédentes. Dans le cas présent, ce serait par exemple d’oublier la
préoccupation de l’autodétermination des personnes concernées. Bien sûr, cette
préoccupation entre en ligne de compte dans la nouvelle préoccupation de
transformation de l’offre, et celle-ci ne peut être conçue sans. Mais de même que les formations à l’autodétermination
se sont beaucoup dévoyées dans du conseil ou coaching de développement
personnel, il y aussi des risques que les formation à la transformation de
l’offre se dévoient dans un développement de la bureaucratie administrative de
l’organisation, avec encore davantage de suivis, de contrôles, de
justificatifs, dans la mise en place d’outils et d’instruments au service de la
finalité et des exigences économiques et gestionnaires des structures, dans la
recherche d’une perfection de fonctionnement au service du fonctionnement sans
se soucier des usagers et justement de leur autodétermination.
Autant l’on peut
être critique de l’instrumentalisation de la notion d’autodétermination se
dévoyant dans le développement personnel, autant le principe même
d’autodétermination comme droit et fondement de la condition de vie humaine est
intangible, comme le rappellent les textes internationaux. Il serait
dommageable, pour les personnes concernées, que les préoccupations, et les
formations conséquentes, sur l’autodétermination, disparaissent complètement
dans les nouveaux formats des formation à la transformation de l’offre, comme
si la notion d’autodétermination était déjà un acquis professionnel.



