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Président du Réseau Français sur le Processus de Production du Handicap (RFPPH) Formateur accrédité sur le modèle de développement humain-processus de production du handicap (MDH-PPH), et dans les domaine des droits et des politiques inclusives / administrateur organismes de formation et secteur médico-social / ancien cadre dans le secteur médico-social et formateur

lundi 22 novembre 2021

surtout ne pas former au handicap

Surtout, ne pas former au handicap

Une des conditions unanimement consensuelle afin de favoriser l’inclusion des personnes en situation de handicap dans les différents segments de la société (école, travail, loisirs, espaces physiques…) est de former les différents professionnels de ces différents segments à accueillir les personnes concernées. Et de fait, la méconnaissance des situations vécues par les personnes handicapées et de leurs conditions de vie, associée à des représentations archaïques (handicap = infériorité), constitue d’indéniables obstacles à une véritable participation des personnes concernées aux activités de la société dans laquelle pourtant elles vivent.

Encore faut-il choisir le bon contenu de formation pour que les choses puissent changer et contribuer ainsi à un environnement inclusif. Se donner comme perspective de former au handicap s’appuie toujours, consciemment ou inconsciemment, sur une conception, un modèle conceptuel du handicap (handicap, handicapé, personne handicapée). A l’observation des propositions de formation, il s’avère que ce modèle reste en France le plus souvent un modèle bio-médical. Le handicap renvoie dans ce modèle à la maladie, à la déficience, aux troubles, sources et causes des difficultés de réalisation d’aptitudes, des incapacités par conséquent, celles-ci étant à leur tour cause des désavantages dans la vie sociale. Ainsi présentée, l’explication du handicap renvoie aux incomplétudes de la personne, à son écart avec la normalité, et donne la charge de l’inclusion aux modifications éventuelles de la personne pour rejoindre la normalité.

Ce modèle, issu de l’OMS dans les années 1980 et contesté dès sa publication, reste pourtant le modèle dominant dans notre pays, et constitue le substrat de maintes formations « au handicap ». De nombreuses formations suivent immuablement ce schéma : origine, caractéristiques et nature de la déficience, liste des incapacités habituelles de telle ou telle déficience, conséquences de la vie de la personne dans la vie sociale, traitements appropriés (médicaux et rééducatifs). Un tel schéma de formation conduit inexorablement à considérer que le handicap reste un problème de santé et non un problème de société (social), qu’il se caractérise comme un écart avec des normes biologiques ou psychiques et non comme la manifestation de la diversité humaine, qu’il appartient à la personne concernée de faire les efforts nécessaires (avec l’appui de dispositifs de soins ou sociaux) pour prétendre accéder aux activités sociales de tous et non à l’environnement de se rendre accessible à la diversité des individus.

Sur ce schéma de différentiation des catégories de personnes selon leur rapport à ce que la société institue comme norme, la formation au handicap paradoxalement légitime la ségrégation et la discrimination, objectivement instaurées par les différences de nature entre personnes handicapées et valides. L’appel à la solidarité et à la bienveillance, remplaçant la charité et la bienfaisance,  atténue certes la violence de cette catégorisation infériorisante. Mais dans le fond, une telle formation ne fait que conforter ces représentations archaïques de la place des personnes handicapées dans la société : « Ces gens-là ne sont pas comme nous »

Si former ainsi au handicap a des conséquences fâcheuses, faut-il renoncer à toute formation ? Bien au contraire. Mais il s’agit de former à la connaissance des conditions de vie des personnes en situation de handicap : leurs droits sont-ils respectés et effectifs ? Les enfants ont-ils accès à l’école et dans quelles conditions peuvent-ils faire leurs apprentissages ? Les travailleurs handicapés ont-ils accès à l’emploi comme n’importe quel travailleur et dans quelles conditions d’exercice de l’emploi ? Une personne en situation de handicap peut-elle profiter de la ville, des transports, comme n’importe qui ? Croire que la nature de la déficience explique les conditions de vie des personnes en situation de handicap, et en faire l’objet d’une formation, c’est pérenniser une approche défavorisante à l’égard des personnes concernées et reproduire les conditions d’exclusion, de discrimination et de domination qu’elles subissent.

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