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Président du Réseau Français sur le Processus de Production du Handicap (RFPPH) Formateur accrédité sur le modèle de développement humain-processus de production du handicap (MDH-PPH), et dans les domaine des droits et des politiques inclusives / administrateur organismes de formation et secteur médico-social / ancien cadre dans le secteur médico-social et formateur
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jeudi 26 mars 2026

les experts ... et les autres

Les experts ... et les autres

Si l’on porte un certain regard, critique, sur le fonctionnement sociétal, en particulier sur le plan politico-économique, et spécifiquement dans les politiques publiques, il y a un fait marquant. Le monde apparait divisé entre ceux qui savent, décident, pensent, enjoignent, orientent, dirigent, possèdent la vérité, en quelque sorte des « experts », et … les autres. Les experts sont de toutes natures : hommes et femmes politiques au pouvoir, économistes patentés, journalisteS et chroniqueurs, élites intellectuelles, etc. Ils se sont répandus dans toutes les strates des organisations : les directions bien entendu, mais aussi les responsables qualité, développement, ressources humaines, les managers de toutes sortes (il y a même des happiness managers !), des coachs, des think tank et des cabinets de conseil … C’est le domaine du statut de l’expertise, qui nimbe de la possession d’un pouvoir les personnes qui en sont dotées.

lundi 16 mars 2026

Les obstacles à la scolarisation inclusive

 Les obstacles à la scolarisation inclusive

Intervention en table ronde, le 3 décembre 2025, Paris, CNAM

Journée de Trisomie 21 France Scolarisation des enfants avec trouble du développement intellectuel : débattons et agissons ensemble

Le texte ci-dessous est le développement de cette intervention

Je me contenterai ici de pointer et d’identifier quelques obstacles à la mise en place ou au développement de la scolarisation inclusive, qui pourraient être autant de leviers sur lesquels et avec lesquels agir pour faire progresser la situation.

La première observation que l’on peut faire, c’est qu’il y a un écart frappant entre la réalité du phénomène inclusif à l’école et le discours qui est tenu sur l’école inclusive. La réalité c’est quoi : des enfants handicapés non admis à l’école, des moyens et des ressources qui ne suivent pas de la part de l’administration scolaire, un manque flagrant d’AESH dans les conditions d’accueil d’aujourd’hui, des dispositifs collectifs qui peinent à s’installer dans les établissements scolaires, des discours non inclusifs de la part de nombreux professionnels, etc… On pourrait en allonger la liste indéfiniment. Concernant cette réalité, concrètement vécue par nombre de familles et d’enfants, il y a un discours qu’on pourrait croire naïvement optimiste, mais plutôt réellement mensonger.

mardi 13 janvier 2026

autodétermination et dé-cohésion sociale

Autodétermination et dé-cohésion sociale

La Direction Générale de la Cohésion Sociale lance un projet pour soutenir l’autodétermination des personnes handicapées. La perspective est de transformer les pratiques professionnelles, améliorer la mobilité et optimiser les ressources numériques (Post du 17 novembre 2025). Bravo ! L’autodétermination est en effet une posture, un comportement, une attitude, une manière d’être et d’agir, dont ont été privés pendant longtemps les personnes dites handicapées, et qui est aujourd’hui mise en avant, avec raison, pour accéder à l’égalité des droits des personnes concernées. Le projet adhère parfaitement au discours public qui est tenu sur les personnes handicapées. Discours tenu également sur le même registre pour les personnes en situation de vulnérabilité. L’autodétermination, l’empowerment, la participation, l’égalité des droits et des chances, la citoyenneté, sont des thématiques auxquelles les politiques publiques semblent attachées et promouvoir. C’est finalement le titre de la direction générale qui s’engage dans le projet : la cohésion sociale.

mercredi 26 novembre 2025

inclusion et mixité sociale

 Inclusion et mixité sociale

Dans l’école française, la mixité sociale est en régression. Les notes de la DEEP (Education nationale) le mettent en évidence. Un rapport de la Cour des comptes (Mai 2025) le pointe également. La mixité sociale a pourtant toujours constitué, sous différentes formes, un enjeu de politique publique éducative (école pour tous, élitisme républicain, collège unique, zones prioritaires, …). Pour autant, le constat d’aujourd’hui est celui-ci : la mixité sociale a régressé. Peut-être faut-il y trouver une raison dans la coexistence, à côté des discours généraux de ces politiques éducatives, de décisions tout autant politiques qui n’ont pas donné, ou même ont enlevé les moyens de les mettre en œuvre : des moyens inégalement répartis avec des zones prioritaires laissées en déshérence, une réduction des moyens, le manque de formations des personnels enseignants et éducatifs, des encouragements à l’enseignement privé devenant de plus en plus ségrégatif, la « gentrification » et la ghettoïsation d’établissements, et plus globalement, le désengagement de l’Etat des missions de service public.…

lundi 12 février 2024

"Conduire le changement" disent-ils

"Conduire le changement" disent-ils.

Qui, dans sa situation professionnelle, n’a entendu, ou déclaré, vouloir « conduire le changement ». Formule si banalisée dans le monde du management (les managers et les managés) que l’on se désintéresse spontanément des impensés, de l’inconscient et des a priori de la formule. Elle signifie, tout simplement et tout violemment, qu’il y a ceux qui conduisent et ceux qui sont conduits, ceux qui savent vers quoi il est requis de changer et ceux qui doivent se contenter de suivre le mouvement, en y adhérant de préférence, se contenter de suivre les consignes pour opérer des déplacements, des sachants et des ignorants. Dans ces conditions, il peut y avoir certes des changements, des déplacements, mais vraisemblablement pas de transformation, qui nécessiterait que tous élaborent vers où se transformer, au nom de quoi, comment et pourquoi. L’application d’un travail prescrit correspondant à la conduite d’un changement voulu et pensé par d’autres est une impasse, non seulement pour le professionnel, mais aussi pour la transformation elle-même. L’adhésion et la mobilisation pour un changement hétéronome sont rendues invraisemblables, même en se raccrochant aux branches d’une culture d’entreprise (« c’est notre ADN »), qui de toute façon a été élaborée dans les sphères de ceux qui justement prétendent conduire le changement.

mercredi 6 décembre 2023

la pair-aidance un empowerment localisé et circonscrit

La pair-aidance, un empowerment localisé et circonscrit

Parmi les mots d’ordre, les slogans, les terminologies à la mode aujourd’hui, qui prétendent changer le monde ou les chose en les laissant structurellement identiques, la notion de pair-aidance mérite d’être interrogée, afin de la resituer hors du pouvoir magique qui lui est attribuée. Il n’est bien sûr pas question ici de remettre en cause ni le savoir expert qu’ont les personnes concernées, ni l’aide qu’elles peuvent apporter à ce titre à leurs pairs. La notion de pair-aidance a fait émerger plusieurs avancées sociales : la reconnaissance que les personnes handicapées disposaient d’un savoir, dont les contenus sont souvent assortis de limites de leur expérience, qu’elles avaient une place légitime dans l’accompagnement, encore dans les affres d’une reconnaissance d’un statut.

mardi 14 novembre 2023

Lecture : Pour en finir avec l'habitat inclusif, de J-L Charlot

Pour en finir avec l'habitat inclusif - Sociologie d'une forclusion

de Jean-Luc CHARLOT, L'Harmattan, 2022

Avec un tel titre d’ouvrage, on peut attendre de l'auteur une analyse critique de la manière dont est conçu, pensé, organisé et mis en œuvre l'habitat inclusif dans les politiques publiques. La question de l'habitat (dans lequel il y a lieu de distinguer deux réalités : habiter et se loger) est une problématique relativement récente : les personnes en situation de handicap étaient auparavant logées dans des lieux spécialisés, où elles se retrouvaient entre elles dans des conditions où leurs droits, y compris celui d’habiter, n'étaient pas toujours respectés. Avec le développement de la notion d'inclusion et de l'accès aux droits, il a été question pour elles d’habiter, comme chacun peut habiter quelque part, origine du développement de la question de l’habitat inclusif.

lundi 11 septembre 2023

tant que ...

Tant que ...

Tant que les injonctions à l’inclusion des enfants handicapés à l’école voisineront avec la ségrégation sociale qui est pratiquée et instituée dans le système éducatif (recrutement et composition sociale de l’enseignement privé, répartition des ressources entre les établissements, parcours de scolarisation privilégiés, ghettoïsation des établissements…), les élèves en situation de handicap n’y auront pas véritablement leur place. Ils seront certes tolérés, acceptés sous pression, présents physiquement, parfois à temps partiel, mais ils ne seront pas des élèves de droit, effectuant une parcours de scolarisation de qualité en bénéficiant des aides adaptées. L’école inclusive n’y est pas crédible.

lundi 12 juin 2023

l'autonomie dans la servitude ?

L'autonomie dans la servitude ?

Une personne soumise (la servitude volontaire dirait E. de la Boétie) pourrait-elle penser et agir en faveur de la liberté (la sienne et celle des autres) ? Sauf mensonge ou hypocrisie, non ! De la même manière, une personne non autonome dans sa vie ou dans sa fonction professionnelle ne peut pas agir en faveur de l’autonomie (la sienne ou celle des autres). Une des conditions requises, en effet, de mise en œuvre de tels principes (liberté, autonomie, accès à des droits, empowerment, etc.) est bien une certaine conformité, une concordance, entre ce qui est visé, l’objectif professionnel programmé, et la manière d’être (le savoir-être, la posture, l’attitude, les conditions d’exercice) personnelle et professionnelle. On ne peut valoriser quelqu’un que si l’on est soi-même valorisé ; on ne peut aider à l’autonomie de quelqu’un que si l’on est soi-même autonome ; on ne peut ambitionner d’agir au développement du pouvoir d’agir de personnes ou de groupes que si l’on dispose ou développe pour soi-même son pouvoir d’agir et ses marges de manœuvre, et qu’on est en mesure de l’exercer. Ce sont là d’apparentes évidences.

mardi 28 février 2023

quand la priorité est l'évolution de l'offre de services

Quand la priorité est l'évolution de l'offre de services

Dans la période actuelle, il nous est donné d’observer deux évolutions dans les approches de l’accompagnement des personnes en situation de handicap. D’une part, une évolution des approches conceptuelles, passant d’une approche biomédicale qui attribuait le handicap aux caractéristiques de la personne ayant des déficiences et des incapacités, à une approche écosystémique et sociale, qui identifie le handicap comme étant le produit de l’interaction entre les caractéristiques de la personne (dont les déficiences et les incapacités) et les caractéristiques de l’environnement, qui peut être un obstacle à la réalisation d’activités et d’habitudes de vie. D’autre part, une évolution de l’offre de service, passant d’une organisation structurée autour d’établissements spécialisés, de murs, à une organisation de services répondant de manière flexible aux besoins des personnes et promouvant leur autodétermination, leurs droits et leur liberté de choix.

mercredi 15 février 2023

lecture : Les fossoyeurs, de V. Castenet

 Les fossoyeurs

de Victor CASTENET, (Fayard, 2022)

Le livre de Victor Castenet vient d’être réédité. C’est une bonne nouvelle, en espérant que celle-ci va encore davantage bousculer l’indigne tolérance quant à ce qui se passe dans les EHPAD. La présente note de lecture ne parle pas de la récente édition augmentée, mais de la première édition, il y a bientôt un an, dont les propos sont plus que jamais d’actualité, et indispensables.

Nombre d’acteurs du secteur médico-social sont séduits aujourd’hui par une approche libérale, voire néolibérale, de fonctionnement du secteur, qui pensent-ils, les libéreraient des pesanteurs des fonctionnements français des politiques publiques. La libre initiative entrepreneuriale (de type start-up), le passage d’un statut d’usager d’un système assurantiel solidaire à celui de client solvable, la motivation des acteurs par un retour financier de la reconnaissance, etc. toutes choses et évolutions qui permettraient, comme magiquement, un fonctionnement adéquat et favorable aux personnes concernées et un esprit uniquement orienté vers leur service. Certains d’entre eux ne sont pas insensibles non plus à une telle orientation permettant de « se faire de l’argent », à l’image de secteurs lucratifs plus rémunérateurs.

lundi 12 décembre 2022

lecture : De chair et de fer, Charlotte Puiseux

De chair et de fer, Vivre et lutter dans une société validiste

de Charlotte PUISEUX (La Découverte, 2022)

Le validisme est une notion encore trop méconnue. Des activistes en situation de handicap l’ont fait connaitre, les recherches en disability studies l’ont renseigné, quelque émissions radio ou TV ont élargi son audience. Contre d’ailleurs la dénégation de la secrétaire d’Etat aux personnes handicapées, qui a affirmé que le validisme n’existait pas. Cela reste une notion méconnue, en particulier chez les professionnels de l’intervention médico-sociale : à plusieurs reprises, en formation auprès de professionnels de terrain ou cadres intermédiaires, j’ai pu constater la méconnaissance de cette notion, ainsi que la méconnaissance des luttes menées par les personnes concernées.

Pour comprendre ce qu’est le validisme, dont le contenu conceptuel ne peut se résumer à une définition, rien de mieux que de le vivre par procuration, en lisant ce livre de Charlotte Puiseux, activiste de la lutte anti-validiste. Dans cet ouvrage, elle a écrit sa biographie. Mais une biographie politique, dénonçant ce qu’elle a pu subir comme les effets d’une idéologie validiste, décrivant ses conditions de vie, de relations, de place sociale comme des caractéristiques d’une société validiste.

lundi 5 décembre 2022

inclusion : les mots font-ils la réalité ?

Inclusion : les mots font-ils la réalité ?

Du point de vue de la puissance publique, l’inclusion « marche ». Cette assertion, qui prétend décrire une « vérité », s’appuie sur un certain nombre d’indicateurs objectifs : nombre croissant d’élèves dans des dispositifs étiquetés inclusifs conformément aux politiques publiques (UEE, ULIS, …), nombre de conventions avec les services médico-sociaux, publication d’un grand nombre de textes réglementaires, d’aménagements et de recommandations (septembre 2022 : 60 pages sur les aménagements d’examens), nombre de professionnels dédiés (dont les AESH), multiplication des dispositifs de réponse (dont les numéros verts) et des réunions de commissions diverses…Quant à ce qui se passe sur le terrain, la rentrée scolaire de 2022 a mis en évidence une réalité autrement perçue. Ces indicateurs ne donnent manifestement pas une image adéquate de la qualité de la scolarisation et de socialisation des élèves en situation de handicap ; il n’est pas dit grand-chose, en dehors de ce qui en est perçu intuitivement, de la reconnaissance de ces élèves par les autres et les professionnels, ou de la progression du vivre ensemble, pas plus que des nombreux « couacs » dans l’organisation de cette inclusion.

jeudi 17 février 2022

l'apothéose de l'approche client

L'apothéose de l'approche client

Depuis maintenant au moins une dizaine d’années, l’approche client est largement promue dans le secteur médico-social par des politiques, des dirigeants, des consultant, des « entrepreneurs ». Ces différents experts et décideurs présument en effet que la place des personnes en situation de handicap, leurs droits, leurs choix ne peuvent pas être pris en compte ni respectés dans la tradition éducative et de solidarité qui consiste à les considérer comme des bénéficiaires ou comme des usagers : les considérer ainsi donnerait aux institutions, quelles qu’elles soient, et aux professionnels, une place de toute puissance, laissant les personnes concernées dans la dépendance et l’absence d’autonomie. A l’inverse, l’approche client serait susceptible de rééquilibrer les relations en remettant la personne au centre de la relation, en tant que client, celui-ci étant par postulat le sujet de ses propres choix, libre de ses prestations, dans une économie générale de « main invisible du marché ». Ainsi, en généralisant l’approche client, les personnes en situation de handicap gagneraient-elles en liberté, en responsabilité, en droits, en autodétermination et en citoyenneté.

lundi 6 décembre 2021

de l'individuel et du collectif social

 De l'individuel et du collectif social

« Le temps est fini où l’on pouvait penser que le collectif a une meilleure connaissance que l’individu sur ce qui est bon pour lui » avais-je noté un jour lors de l’une de mes lectures (en omettant de me souvenir de l’auteur !). Les classes sociales, les institutions traditionnelles ne sont plus censées déterminer les modes de vie et de pensée, les parcours ou les postures des personnes, même si les phénomènes de reproduction de classes par exemple sont toujours très présents (davantage même ?). Dorénavant, les personnes sont censées être autonomes, être « les entrepreneurs d’elles-mêmes », à l’appui de tout un registre sémantique promouvant l’individu. Sur le même registre, les institutions spécialisées dans le domaine du handicap laissent place à l’individualisation des projets et des prestations, censés émaner des personnes en situation de handicap elles-mêmes.

vendredi 16 avril 2021

Lecture : Dialogue sur le génie du travail social

Dialogue sur le génie du travail social
de M. Chauvière, D. Depenne, M. Trapon (ESF, 2018)

Nombre d’évolutions sociétales se parent du qualificatif de progrès, et même de révolution, alors qu’elles ne sont que le projet ou l’effet de choix dans des systèmes idéologiques, c’est-à-dire des choix d’un certain découpage de la réalité. Et bien souvent un simple changement de découpage, qui est de fait une évolution ou un changement, apparait et est présenté comme progrès, quand bien même ce découpage renvoie à une situation bien antérieure. La plupart du temps, lorsque ce nouveau découpage survient, il est affirmé comme progrès incontournable, et non comme un choix parmi d’autres.

jeudi 4 mars 2021

lecture : pourquoi la rentabilité économique...

Lecture : Pourquoi la rentabilité économique tue le travail

d'Olivier Cousin (Le bord de l'eau, 2018)

La pandémie a mis en évidence le grave problème de l’hôpital public dont les moyens se sont avérés insuffisants et le fonctionnement inadapté. C’est la conscience professionnelle (et plus) des soignants et autres personnels qui a permis à l’hôpital de ne pas sombrer quant à ses missions de soins. Mais ce n’est nullement la philosophie de fonctionnement et de gestion de l’hôpital, qui ont été questionnés, qui l’ont permis. Des rapports, des revendications, des luttes avaient depuis longtemps donné l’alerte et pointé un problème qui est devenu manifeste et visible de tous lors de la crise dite sanitaire. Sans d’ailleurs que les orientations de gestion de la santé et de l’hôpital aient le moins de monde été modifiées à partir de l’expérience de cette crise.

mardi 9 février 2021

Publication : le secteur médico-social dans les paradoxes du changement

Le secteur médico-social dans les paradoxes du changement

publié dans : Erès/VST - Vie sociale et traitements, revue des CEMEA, 2020/4 N°148, pages 91 à 97

Résumé

Des changements importants sont en cours dans le fonctionnement des services et l’accompagnement des personnes en situation de handicap, mettant en jeu les acteurs de ce fonctionnement que sont le discours sociétal et les politiques publiques, les organisations de services et les professionnels. Toutefois, ces changements se heurtent à des résistances, dont l’une des causes pourrait se trouver dans les paradoxes mêmes des modalités de mise en œuvre des changements. En effet, du côté des professionnels, les changements sont opérés de manière unilatérale par les politiques publiques et les organisations, dépouillant les professionnels de toute créativité et tout sens, en les contraignant à adhérer à des représentations, actions et organisations élaborées loin d’eux. Pour lever les obstacles de ces résistances, qui nuisent à la pleine participation des personnes en situation de handicap, il conviendrait de penser autrement l’engagement des professionnels dans la mise en sens de leur action.

Mots-clé

aliénation, changement, engagement, médico-social, pratiques professionnelles, résistances, sens du travail

Accessible sur CAIRN


lundi 4 janvier 2021

lecture : Parole d'exclus

Parole d'exclus - handicap, combien au bord du chemin ?

de Frédérique MEUNIER (L'Harmattan, 2019)

On ne le dira jamais assez : les proclamés experts, quels qu’ils soient, auraient intérêt à connaitre de près les situations vécues par les personnes en situation de handicap. Cela éviterait à certains d’entre eux de proclamer les miracles supposés de l’inclusion (je pense ici aux politiques ou aux technocrates qui les conseillent), ou de nier les actuelles carences des accueils et accompagnements (je pense ici aux professionnels dirigeants et de terrain des établissements et services). L’ouvrage de Frédérique Meunier est susceptible de remplir l’office d’information à ce niveau : il donne la parole à des exclus pour raison de situations de handicap, à ces personnes en situation de handicap elles-mêmes ou à celles qui sont tenues d’être présentes au quotidien auprès d’elles, faute d’un accueil ou d’accompagnement pertinents.

vendredi 4 décembre 2020

toutes les vies ont-elles la même valeur ?

 Toutes les vies ont-elles la même valeur ?

En période de crise, qu’il s’agisse de crise pandémique comme celle de la COVID-19, ou d’une crise économique et sociale qui met en avant l’évidence et l’obligation d’une diminution de ressources et de libertés (ou à tout le moins des orientations contraignantes de diminutions au nom d’une certaine idéologie), toutes les vies valent-elles ? Sont-elles toutes d’égale valeur ? La question s’est posée lorsqu’il s’est agi, lors de la pandémie, de faire des choix de soins au regard de la saturation des services hospitaliers face à l’afflux des malades dans un contexte marqué par les manques de moyens humains et matériels : qui allait-on sacrifier ? Des personnes âgées résidant en EHPAD ont ainsi été dépriorisées par rapport à des malades plus jeunes. Des personnes en situation de handicap complexes (polyhandicap) ont été déclarées de fait non prioritaires pour les soins. Sur différents plateaux médias, des commentateurs n’hésitent plus à discriminer ceux qui méritent d’être sauvés et ceux qui ne le méritent pas.