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Président du Réseau Français sur le Processus de Production du Handicap (RFPPH) Formateur accrédité sur le modèle de développement humain-processus de production du handicap (MDH-PPH), et dans les domaine des droits et des politiques inclusives / administrateur organismes de formation et secteur médico-social / ancien cadre dans le secteur médico-social et formateur
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lundi 17 avril 2023

Ecole inclusive : un nouvel acte manqué ?

 Ecole inclusive : un nouvel acte manqué ?

Un « arrêté du 28 mars 2023 relatif au diplôme d’état du Certificat d’aptitude au professorat de l’enseignement des jeunes sourds » (CAPEJS) modifie les conditions et contenus de formation et la certification du diplôme, accompagné d’une très longue annexe sur le référentiel métier. Quoi de plus naturel que d’ainsi modifier un diplôme pour accompagner les changements de pratiques.

Mais à examiner les choses de près, on ne peut manquer de s’étonner de l’inscription de ces modifications dans le contexte actuel. En effet, à l’heure de l’école inclusive, inscrite comme règle et comme objectif politiques et sociétaux, confirmer l’existence d’un diplôme spécialisé d’enseignement, sous signature des services de la Cohésion sociale qui plus est, semble quelque peu anachronique et manquer de cohérence. Quand tous les discours politiques clament l’objectif et la volonté inclusives, en dépit certes de tous les actes manqués témoignant de nombreuses pratiques inverses, pourquoi un diplôme d’enseignement hors du champ du système éducatif pour tous, héritier d’une éducation spécialisée bicentenaire, qui placé les enfants sourds et aveugles hors du champ de l’éducation pour tous, et les en a soustrait ? Certes à certaines époques de l’histoire, cette éducation fut un bénéfice certain pour les élèves concernés, exclus de toute façon de l’éducation dite ordinaire. Mais la question se pose légitimement à l’heure de l’éducation inclusive.

lundi 23 janvier 2023

L'inclusion, vue du côté financier

 L'inclusion, vue du côté financier

article publié dans LIEN SOCIAL, n° 1331, 17 janvier 2023

Un rapport sur « la scolarisation des enfants en situation de handicap », remis en avril 2022, vient d’être publié en ce début décembre, sous l’égide de l’Inspection Générale de l’Education, du Sport et de la Recherche. Curieusement, à la lecture du nom et des qualifications des rédacteurs, on ne manque pas d’être étonné : quatre des six rédacteurs sont issus du monde des inspecteurs des finances. Le ton est donné. Il s’agit là sans doute d’une bonne indication et de la confirmation d’une évolution des idéologies politiques dominantes : désormais, tous les secteurs de la vie citoyenne sont mesurés à l’aune de leurs coûts, de la gestion et de la comptabilité, et des économies à réaliser.

Les valeurs, longtemps débattues il y a vingt ans, qui présidaient à la loi de 2005 et à la volonté inclusive concernant les enfants en situation de handicap à l’école, ces valeurs également promues dans différents textes internationaux (convention des droits des personnes handicapées, ONU, 2006), sont jugées, et « ignorées » à l’aune de leur coût financier. Le droit à l’école, avec ce qui est nécessaire pour y accéder, devient illégitime dès lors que cela devient « trop cher ».

mardi 17 janvier 2023

"c'est l'heure de l'inclusion !"

"C'est l'heure de l'inclusion !"

Pour un élève en situation de handicap, scolarisé dans une ULIS (Unité localisée pour l’inclusion scolaire) ou dans une UEE (Unité d’enseignement externalisée) au sein d’un établissement scolaire, pour certaines activité, pour certaines heures, « c’est l’heure de l’inclusion ». C’est le temps ou l’élève, en réalité scolarisé dans son dispositif spécialisé, en sort pour rejoindre une classe « non spécialisée », « ordinaire ». Cela peut se reproduire plusieurs fois dans la semaine. Symboliquement, il n’est pas dans la classe qu’il rejoint, il y va, il se déplace, il sort de ce à quoi il est identifié et il s’identifie. Pour l’élève concerné, « c’est l’heure de l’inclusion » comme « c’est l’heure de l’orthophoniste », ou « c’est l’heure du psychologue ». Mais s’il faut indiquer ainsi qu’il y a un temps pour l’inclusion, c’est indiquer aussi, et l’admettre, qu’il y a un temps, souvent majoritaire, pour la non-inclusion, autrement dit pour la présence et l’organisation dans un dispositif ségrégatif. Autrement dit, on se satisfait de cette situation étrange qui veut que l’obligation de scolarisation des élèves dans l’école ordinaire souffre de dérogations ségrégatives pour certaines catégories d’entre eux. On va même parfois célébrer cette organisation comme une modalité inclusive.

lundi 5 septembre 2022

L'inclusion : une fausse bonne question ?

L'inclusion : une fausse bonne question ?  

Article publié dans Les Cahiers du travail social

IRTS Franche-Comté 2022. N° 101 p.9-17


Le terme inclusion s’impose dans le paysage sociétal, et en particulier dans le champ médico-social, comme un nouveau paradigme effaçant les phénomènes de ségrégation ou d’exclusion qui pouvaient exister auparavant. Mais l’emploi même de ce mot désigne ce qu’il est censé abolir. Lorsqu’on l’applique à une population, par exemple les personnes handicapées, on prend acte de leur place particulière dans la société : un élève non handicapé est scolarisé, un élève handicapé est inclus ; un salarié est embauché dans une entreprise, un travailleur handicapé est inclus. L’utilisation de ce terme prête par conséquent à ambiguïté, dans les écarts qu’il présente entre des discours volontaristes et d’une part les implicites de ces mêmes discours, d’autre part les pratiques qui sont censées s’en inspirer. La notion d’inclusion pourrait ne pas constituer en elle-même un nouveau paradigme ; elle pourrait gagner à être mise en perspective à travers des réalités de participation sociale, celle-ci pouvant, elle, constituer un nouveau paradigme de pensée et d’action, et dessiner une nouvelle place des personnes en situation de handicap dans la société.

Sous le signe de la participation sociale

lundi 27 juin 2022

le passé de l'avenir des SESSAD

Le passé de l'avenir des SESSAD

« Les SESSAD d’aujourd’hui seraient-ils le prototype du soin de demain ? » interroge un ouvrage récent sur les SESSAD (T. VILTARD, le SESSAD un service d’éducation et de soins tourné vers l’avenir, érès, 2021). Bonne question effectivement ! Peut-être pas aussi nouvelle qu’elle n’en a l’air ! Il y a trente-cinq ans, je prenais la responsabilité d’un service qui se créait, qui n’avait pas encore le nom de SESSAD, mais que en préfigurait le fonctionnement. Avec cette même interrogation, ou plutôt cette même conviction que la question se posait déjà en ces termes. Oui déjà, en 1985, le tout établissement spécialisé était interrogé, et certains professionnels, dont je faisais partie, s’interrogeaient sur les modalités d’accompagnement d’enfants en situation de handicap à l’école, qui, elle, était encore bien éloignée de telles interrogations.

lundi 18 avril 2022

lecture : Déségrégation et accompagnement total

Déségrégation et accompagnement total

de Hugo DUPONT (PUG, 2021)

Des injonctions fortes traversent le secteur médico-social aux fins de transformer les offres de service et prendre le « virage inclusif ». Au regard des fonctionnements, en France, de la « prise en charge » des personnes en situation de handicap, il y a certes fort à faire. Les personnes en situation de handicap subissent exclusions, discriminations, ségrégation et domination, non seulement en raison du regard anthropologique porté historiquement sur le handicap (qu’une campagne de communication « changeons de regard » ne suffira pas à modifier) mais aussi en raison de la nature des politiques publiques et des fonctionnements institutionnels existants.

C’est ce à quoi s’attache cet ouvrage de Hugo Dupont. Des observations de terrain et des entretiens, essentiellement dans le secteur des jeunes, donc dans le cadre de la scolarisation, lui permettent de décrire avec précision, et d’interroger, les modalités par lesquelles se met en place ce virage inclusif et ce que l’on nomme désinstitutionnalisation. Ceci chez les donneurs d’ordre, les maitres d’œuvre, les professionnels de terrain et les parents des usagers mineurs. A ce niveau tout le monde n’est pas à la même enseigne.

lundi 21 mars 2022

comment l'école sous-traite le handicap

Comment l'école sous-traite le handicap

Une école inclusive accueille tous les enfants, et s’adapte au mieux aux caractéristiques de chacun d’eux. Une école n’est pas inclusive lorsqu’elle renvoie à des filières spécifiques des populations qu’elle ne veut pas accueillir ou qu’elle estime ne pas convenir à son fonctionnement. Tant qu’il existera des orientations d’enfants d’âge scolaire en établissements spécialisés (IME, ITEP, etc.), on ne pourra pas dire de l’école française qu’elle est inclusive, pas plus d’ailleurs tant qu’il y aura des ségrégations scolaires, par exemple selon la religion, les revenus, etc.

mardi 22 février 2022

lecture : Etre Sourd au Etats-Unis

Etre Sourd aux Etats-Unis - Les voix d'une culture

de C. Padden et T. Humphries, EHESS, 2020

Voilà un petit livre tout à fait intéressant. Publié en 1988 aux Etats-Unis, traduit et publié seulement en 2020 en France, il n’a pas perdu d’actualité pour connaitre et penser la « condition » sourde en France. Car il présent un autre point de vue sur les Sourds, leur manière de se voir et de voir le monde, en rupture avec des points de vue qui ne voient les Sourds que comme des personnes qui n’entendent pas, à qui il manque l’audition, auxquelles il faut permettre de rejoindre le vrai monde, « naturellement » sonore. Les auteurs, faut-il le rajouter sont eux-mêmes Sourds, enseignants à l’université.


Le rapport social avec les personnes sourdes est en effet articulé sur une « vérité » biologique, celle de ne pas entendre, étant entendu que la normalité « humaine » est d’entendre. Et de ce fait le rapport social réduit les personnes sourdes à cette déficience, en ignorant une autre « vérité », celle de personnes qui ont collectivement « inventé » et utilisent une langue, se sont construit une culture, des modalités de rapport sociaux, des manières d’être dans le monde et de la percevoir. Eléments basés non sur un manque d’audition ou sur une « différence comprise comme catégorie ontologique propres », mais sur « les modes de vie, les usages de l’espace, du corps, des normes, des langues » (introduction page 13)

lundi 24 janvier 2022

UEE : accessibilité ou enclave du système éducatif

UEE : accessibilité ou enclave du système éducatif

Les Unités d’Enseignement Externalisées (UEE) formalisées réglementairement en 2016, sont les dispositif de scolarisation initialement situés à l’intérieur des IME et autres établissements spécialisés, et désormais situés, en fonction de certains objectifs et sous certaines conditions, au sein des établissements scolaires. Une forte pression s’exerce, dans le secteur médico-social et dans l’Education nationale (mais il faut rappeler toutefois que l’Education nationale n’était pas signataire du cahier des charges des UEE), pour faire croître le nombre d’UEE, comme attestation et témoignage de l’avancée de l’inclusion scolaire dans le système éducatif et de la désinstitutionnalisation voulue par les politiques publiques. Mais les UEE répondent-elles vraiment à ces caractéristiques d’accessibilité du système éducatif, ou sont-elles, comme en fait l’hypothèse Hugo DUPONT dans son ouvrage Déségrégation et accompagnement total (PUG, 2021), des enclaves spécialisées médicosociales au sein du système éducatif ?

lundi 6 décembre 2021

de l'individuel et du collectif social

 De l'individuel et du collectif social

« Le temps est fini où l’on pouvait penser que le collectif a une meilleure connaissance que l’individu sur ce qui est bon pour lui » avais-je noté un jour lors de l’une de mes lectures (en omettant de me souvenir de l’auteur !). Les classes sociales, les institutions traditionnelles ne sont plus censées déterminer les modes de vie et de pensée, les parcours ou les postures des personnes, même si les phénomènes de reproduction de classes par exemple sont toujours très présents (davantage même ?). Dorénavant, les personnes sont censées être autonomes, être « les entrepreneurs d’elles-mêmes », à l’appui de tout un registre sémantique promouvant l’individu. Sur le même registre, les institutions spécialisées dans le domaine du handicap laissent place à l’individualisation des projets et des prestations, censés émaner des personnes en situation de handicap elles-mêmes.

lundi 29 novembre 2021

le déterminisme institutionnel des besoins

Le déterminisme institutionnel des besoins

L’organisation des réponses aux difficultés et aux situations de handicap que rencontrent les personnes concernées détermine des modèles de pensée et d’action parfois très éloignées de leurs attentes et besoins. Le secteur médico-social, avec ses établissements, services et aujourd’hui offres de services, est le cadre juridico-administratif d’organisation des accompagnements des personnes en situation de handicap. Aujourd’hui, il met en œuvre des réponses organisationnelles en mettant en correspondance des besoins et des prestations. Ce faisant, il fournit une grille de réponses fondées sur un système de représentations (la réforme de l’offre de service n’interroge en définitive pas les conceptions sociales sur le handicap : solidarité, charité, validisme, etc.) propre à la culture et à l’habitus médico-sociaux, issus d’une histoire conceptuelle et de pratiques qui se sont élaborées dans des cadres politiques obsolètes, qui ne sont pas ceux d’aujourd’hui. Le seul cadre politique dont il est tenu compte en termes de changement est celui de la primauté de l’économique et de la gestion.

lundi 8 novembre 2021

Education inclusive, éducation spécialisée

Education inclusive, éducation spécialisée

Cet article était initialement prévue pour une conférence lors du colloque organisé à la suite de la publication de l'ouvrage : L'éducation spécialisée : enjeux cliniques, politiques, éthiques, sous la direction de S Fournier et J Rouzel (L'harmattan, 2020). Ce colloque a été annulé pour des raisons de pandémie.

« Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde » disait Albert Camus. Entre éducation inclusive et éducation spécialisée, il importe de dire de quoi ces termes peuvent être le nom, ou plutôt de dire ce que nomment un projet inclusif ou une société inclusive, et par ricochet, ce que nomme l’éducation spécialisée dans un tel contexte. Aujourd’hui, une vision quelque peu diabolisée de l’éducation oppose sans nuances l’éducation spécialisée aux dispositifs inclusifs. Dans la pensée mainstream, tout est inclusif, c’est le all inclusive, de l’école à l’écriture, de l’entreprise à l’immigration. Dans une telle confusion contextuelle et sémantique, il devient difficile de définir la notion, d’autant que son omni-présence et sa prétention à une qualification universelle laissent peu de champ à son analyse critique. Le signifiant est partout, mais qu’en est-il du signifié ?

Peut-on s’autoriser à considérer que, malgré leur opposition, construite dans le discours dominant, éducation inclusive et éducation spécialisée ont quelque chose à voir en commun, qu’il s’agit de deux registres de réponses aux problématiques d’enfants ou d’adultes pour lesquels la société n’est pas adaptée comme ils ne sont pas adaptés à la société existante ? Au-delà du projet inclusif en ce qui concerne les personnes en situations de handicap, c’est bien de la question de société inclusive tout entière dont il s’agit.

lundi 25 octobre 2021

un mur de verre de l'école inclusive

Un mur de verre de l'école inclusive

Les définitions d’une école inclusive mettent en avant l’unicité d’un système accueillant indistinctement tous les enfants en âge d’être scolarisés, associée à la diversité des réponses individuelles ou collectives apportées aux élèves au sein dans ce système unique. Toutes les organisations, tous les dispositifs, toutes les mesures, toutes les représentations qui vont à l’encontre de cette définition, fussent-ils qualifiés parfois d’inclusifs, ne le sont en définitive pas, et mettent des obstacles à l’évolution du système éducatif vers l’inclusivité.

vendredi 27 août 2021

les ségrégations de l'école inclusive

 Les ségrégations de l'école inclusive

Le discours officiel se fait fort aujourd’hui de communiquer l’idée que le gouvernement est celui qui a fait, fait et fera le plus en faveur des élèves en situation de handicap, instituant ce discours en vérité et réalité discursive. Loin de ce que vivent et ressentent les parents d’enfants handicapés, leurs associations, les professionnels de l’éducation (enseignants) ou les professionnels de leurs accompagnements (AESH, professionnels du secteur médico-social).

Mais, et c’est là un obstacle majeur à l’inclusivisation de l’école, cette inclusion n’est pensée que pour les élèves en situation de handicap. Quand il s’agit d’inclusion à l’école, les politiques ou la presse ne font référence qu’aux élèves en situation de handicap. Pas à tous ceux qui ne parviennent pas, pour une multitude de raisons, à suivre les mêmes rythmes et les mêmes modalités d’apprentissages que la majorité des élèves. Ceux qui pourtant sont identifiés, sans catégorisations a priori, comme des élèves à besoins particuliers, et qui sont nombreux à l’école : ce sont ceux qui dès le début de leur scolarisation parfois, ou au cours de celle-ci, vont rencontrer des difficultés d’apprentissage, être en échec, et achever leur scolarité dans des « voies de garage », et galérer ensuite dans leur insertion professionnelle.

mercredi 16 juin 2021

la solution c'est le client

"La solution, c'est le client !"

Le secteur médico-social se trouve à la croisée de plusieurs chemins. Son fonctionnement, issu d’une histoire longue, est aujourd’hui inadéquate avec la manière de prendre en considération les personnes en situation de handicap, leurs besoins, leurs aspirations, leurs situations de vie et leur place dans la société. Là où ces personnes demandent à accéder aux droits fondamentaux, à l’autonomie, à l’autodétermination, à la participation sociale, à la citoyenneté, bref à l’égalité avec les autres personnes, les institutions spécialisées n’ont jusqu’à maintenant donné que des possibilités restreintes et restrictives. Un certain nombre de solutions alternatives se sont toutefois mises en place, dans les marges, avec la volonté de se mettre en adéquation avec les réalités issues des évolutions sociétales.

vendredi 16 avril 2021

Lecture : Dialogue sur le génie du travail social

Dialogue sur le génie du travail social
de M. Chauvière, D. Depenne, M. Trapon (ESF, 2018)

Nombre d’évolutions sociétales se parent du qualificatif de progrès, et même de révolution, alors qu’elles ne sont que le projet ou l’effet de choix dans des systèmes idéologiques, c’est-à-dire des choix d’un certain découpage de la réalité. Et bien souvent un simple changement de découpage, qui est de fait une évolution ou un changement, apparait et est présenté comme progrès, quand bien même ce découpage renvoie à une situation bien antérieure. La plupart du temps, lorsque ce nouveau découpage survient, il est affirmé comme progrès incontournable, et non comme un choix parmi d’autres.

mardi 6 avril 2021

Jérôme ou l'autonomie condamnée

Jérôme ou l'autonomie condamnée

Les représentations des professionnels sur les caractéristiques des personnes qu’elles accompagnent sont bien souvent établies sur des a priori. Ces idées préconçues régissent les services et prestations fournis, en n’autorisant pas toujours la mise en œuvre des projets d’autonomie pourtant fortement affirmés. La situation de Jérôme l’illustre parfaitement.

Jérôme est un adolescent de 14 ans, dont le diagnostic de « dysphasie » a déjà été prononcé il y a quelques années. Faute de place dans des dispositifs de son lieu d’habitation (un milieu rural dispersé), il n’a pas eu d’accompagnement pendant un certain temps en dehors d’un suivi orthophonique, dont le bilan indiquait l’insuffisance. Un changement intervient dans la structure familiale, Jérôme et sa mère viennent habiter dans une grande ville, et il a été orienté vers un institut d’éducation sensorielle, qui disposait de places dans des dispositifs spécifiques pour jeunes dysphasiques, sous forme de classes externalisées (mais non incluses) dans un collège.

jeudi 11 mars 2021

inclusion à toutes les sauces

Inclusion à toutes les sauces

Il y a peu de temps, sur les réseaux sociaux, je suis tombé sur une information « likée » par une personne que je pensais militante de l’inclusion et qui partageait un article de presse dont titre était : « Ecole XXX, une école où tous les enfants sont dys ! ». L’article était tout à fait élogieux envers cet établissement scolaire qui accueillait une telle population, qui n’aurait pas trouvé de place satisfaisante dans les établissements scolaires existants. L’article pensait illustrer une modalité exemplaire d’une école désormais qualifiée d’inclusive, et qui en tant que système, était capable de mieux prendre en compte des scolarités problématiques comme celles des enfants « dys ».

mercredi 3 février 2021

intelligence professionnelle ou perte de sens

Intelligence professionnelle ou perte de sens

Dans la pensée courante aujourd’hui, nonobstant les discours bisounours sur le management « progressiste », on prétend vouloir changer les pratiques professionnelles à partir des changements des organisations. Ainsi, dans le secteur médico-social, les pratiques d’accompagnement qui se substituent aux pratiques de prise en charge ne se conçoivent-elles que comme le résultat des évolutions des organisations qui les mettent en œuvre. Ainsi les plateformes de services se substituant aux institutions traditionnelles doivent-elles être à la source et à l’origine de changement de pratiques mettant l’accent sur la personnalisation des parcours, la planification individualisée des services et l’accompagnement dans le milieu ordinaire.

jeudi 21 janvier 2021

Publication : De l'inclusion à l'idéal inclusif

De l'inclusion à l'idéal inclusif des personnes en situation de handicap, une aventure qui s'invente ensemble

Publié dans : L'éducation spécialisée Enjeux cliniques, politiques, éthiques, ouvrage dirigé par S Fournier et J Rouzel, L'Harmattan, 2020.


Le paradigme d'inclusion se définit en référence aux droits et aux aspirations des personnes en situation de handicap. Le modèle inclusif succède, sans les supplanter complètement, au modèle de ségrégation de l'éducation spécialisée et à celui de l'intégration et de l'insertion. Il se manifeste aujourd'hui bien souvent de manière tronquée, soit comme un développement de l'intégration, soit comme une dilution indifférenciée dans un monde non inclusif, au détriment des personnes concernées. C'est ce qui explique qu'aujourd'hui les organisations et les dispositifs qualifiés d'inclusifs ne répondent que tout à fait imparfaitement à l'idéal inclusif. Le domaine de l'éducation spécialisée est en devoir, dans ce contexte, de faire sa révolution afin de se mettre au service des personnes en situation de handicap.