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Président du Réseau Français sur le Processus de Production du Handicap (RFPPH) Formateur accrédité sur le modèle de développement humain-processus de production du handicap (MDH-PPH), et dans les domaine des droits et des politiques inclusives / administrateur organismes de formation et secteur médico-social / ancien cadre dans le secteur médico-social et formateur

mardi 28 avril 2026

individualisation et facteurs environnementaux

Individualisation et facteurs environnementaux

On ne peut que constater un paradoxal double mouvement de pensé (ou idéologique), qui consiste d’une part à postuler de l’importance, incontournable, des facteurs environnementaux dans toutes les réalisations humaines (dans sa vie personnelle comme dans la vie sociale), et d’autre part à surestimer les facteurs individuels susceptibles de jouer dans les réalisations de la vie humaine et sociale. Plus on parle des facteurs environnementaux, plus on se polarise sur les facteurs personnels. C’est un paradoxe qu’il est facile d’ignorer : dans un travail d’accompagnement, il est plus facile (et c’est aussi un héritage culturel) de vouloir « changer » la personne en se focalisant sur les injonctions de personnalisation ou d’individualisation que vouloir changer l’environnement de la personne, surtout au niveau macro ou méso, qui sont pourtant des obstacles sérieux à la participation sociale.

Ainsi, le mérite devient-il une « faculté » individuelle susceptible de contribuer à la réussite individuelle (ou à l’échec individuel par conséquent), en niant tous les déterminismes sociaux qui vont encadrer le parcours de vie de chacun. On ne peut pourtant, sauf à s’aveugler, nier ces déterminismes sociaux : dans une vaste enquête dirigée par Bernard Lahire sur les conditions des apprentissages, et en particulier celui de la lecture (Enfances de classes – de l’inégalité parmi les enfants, Seuil, 2019), on voit clairement que le mérite individuel ne joue que marginalement dans la réussite de certains élèves. Avoir comme logement un véhicule garé dans la rue à côté de l’école neutralise pour le moins tout mérité individuel pour un parcours scolaire de réussite.

Pour les personnes en situation de handicap, le projet personnalisé, qui est un projet d’accompagnement et non le projet de vie de la personne, contient le plus souvent des objectifs de développement de capacités ou de compétences, à réaliser individuellement, avec aide ou de préférence de manière en autonomie, et s’abstient d’intervenir sur les conditions sociales et environnementales de mise en œuvre de la participation en modifiant les conditions extérieures de la réalisation d’un projet de vie. La compensation individuelle est préférée à l’accessibilité de l’environnement. Il est demandé d’abord à chacune des personne concernées de se prendre en main, de définir son projet (de vie ?, d’accompagnement ?), de faire ses propres choix, de faire la preuve de son autodétermination, de devenir « entrepreneur de soi-même », de s’activer (dans l’emploi par exemple) pour prétendre à la participation sociale et être inclus, et par conséquent être dans une situation moindre de handicap.

Il y a donc bien une sur-responsabilisation des individus à travers ce que la société leur demande et leur intime d’être ; sur-responsabilisation dans leurs futures réussites ou leurs futurs échecs. Et dé-responsabilisation des conditions sociales et environnementales qui pourtant sont partie prenante, voire majeure, et déterminante, dans la réalisation des activités humaines. Se démener pour chercher un emploi, quand ceux-ci manquent cruellement, et ne pas en trouver, responsabiliser négativement une personne, alors que le contexte social ou économique joue le rôle principal. Ne pas réussir à l’école est attribué aux caractéristiques personnelles de l’élève, quand c’est le fonctionnement de l’école qui produit de l’échec, des difficultés, des souffrances.

L’utilisation idéologique du mérite individuel et de l’individualisation (individualisme) des situations de vie justifie que les uns soient avantagés, les autres handicapés par des conditions sociales qui sont ignorées dans les problématiques de réflexion et d’action. Cela renforce en outre une approche individuelle du handicap, qui malgré des discours à prétention écosystémique, revient toujours, confortée par l’hégémonie individualiste, à attribuer les écarts ou les « défauts » à la personne. Ce qui est à rebours d’une perspective inclusive, qui postule de la nécessité d’une adaptation (accessibilité) de l’environnement aux personnes.

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