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Président du Réseau Français sur le Processus de Production du Handicap (RFPPH) Formateur accrédité sur le modèle de développement humain-processus de production du handicap (MDH-PPH), et dans les domaine des droits et des politiques inclusives / administrateur organismes de formation et secteur médico-social / ancien cadre dans le secteur médico-social et formateur

mardi 14 novembre 2023

Lecture : Pour en finir avec l'habitat inclusif, de J-L Charlot

Pour en finir avec l'habitat inclusif - Sociologie d'une forclusion

de Jean-Luc CHARLOT, L'Harmattan, 2022

Avec un tel titre d’ouvrage, on peut attendre de l'auteur une analyse critique de la manière dont est conçu, pensé, organisé et mis en œuvre l'habitat inclusif dans les politiques publiques. La question de l'habitat (dans lequel il y a lieu de distinguer deux réalités : habiter et se loger) est une problématique relativement récente : les personnes en situation de handicap étaient auparavant logées dans des lieux spécialisés, où elles se retrouvaient entre elles dans des conditions où leurs droits, y compris celui d’habiter, n'étaient pas toujours respectés. Avec le développement de la notion d'inclusion et de l'accès aux droits, il a été question pour elles d’habiter, comme chacun peut habiter quelque part, origine du développement de la question de l’habitat inclusif.

Initialement, diverses modalités ont été expérimentées. Ces modalités se sont progressivement résorbées dans un cadre de politiques publiques qui a recentré les mises en œuvre de la question autour d’une seule modalité, celle d’habitat partagé, un « habitat à plusieurs ». En oubliant des exigences essentielles comme la réalisation des besoins et des aspirations des personnes en situation de handicap. « Transformant la question du choix de mode d’habiter qui convient le mieux à une personne selon ses besoins et ses aspirations à un moment donné de sa vie à l’imposition d’une vie sociale partagée avec le plus souvent des personnes vivant des situations supposées communes (âge ou handicap), que seules des circonstances étrangères ou involontaire ont créées. » (p.9) L’auteur relate très précisément, chronologiquement, (Chapitre I) les modalités et procédures selon lesquelles la diversité des initiatives, propositions, expérimentations ont été cannibalisées par le rouleau compresseur de la mise en place des politiques publiques à destination des personnes handicapées et personnes âgées : diverses instances de régulation se sont succédées depuis le Comité interministériel du handicap de 2016, pour aboutir à une doctrine de l’habitat inclusif, sous la modalité d’habitat partagé. Condamnant ainsi les formes qu’a prises l’habitat inclusif à « devenir le Canada Dry de l’établissement spécialisé » (p.10)

Dans le chapitre II, J-L Charlot cherche les raisons de cette évolution, qui semble consensuelle, et fait l’hypothèse de ce qu’il nomme des impensés, à même d’expliquer et de justifier les modalités ainsi retenues. Le premier impensé concerne la représentation et l’imaginaire sur les personnes handicapées, dont il est supposé qu’il faille craindre l’isolement, que les personnes ont besoin d’être avec des semblables, etc. Mais « il ne suffit pas d’être en situation de handicap pour se trouver des affinités électives avec de supposés semblables. » (p.51) Cet impensé, ainsi que celui de l’inclusif, est bien ancré dans la mise en place de la politique publique de l’habitat inclusif. « L’impensé de la pertinence du regroupement de personnes supposées semblables du fait de leur situation de handicap et de leur supposée propension à se reconnaitre comme « pair ». On ne peut s’empêcher de considérer qu’existe là comme une paresse de pensée et comme le prolongement de l’organisation de la prise en charge des personnes handicapées dans la société française, selon le modèle individuel ou médical qui s’est traduit par une offre de services et d’établissements orientés sur un type de déficience. » (p.59)

Enfin, dans le dernier chapitre, J-L Charlot dresse quelques perspectives pour « s’évader de la forclusion » du mécanisme qui fait de l’habitat partagé LA solution de l’habitat inclusif des personnes en situation de handicap, « s’évader d’un imaginaire et d’un dispositif législatif et réglementaire qui conditionnent le « comment » des vies de ceux qui intègrent des habitats inclusifs » (p.64). Il propose ainsi quatre pistes. S’évader de cette forclusion nécessite tout d’abord de re-penser ce qu’habiter
veut dire et les conditions qui vont le permettre afin d’avoir un véritable chez soi, comme tout un chacun. Trop souvent, l’habitat inclusif n’est envisagé que comme nouveau mode d’hébergement, de se loger, des personnes en situation de handicap. Sans réfléchir à tout ce que veut dire « avoir un chez soi », en termes d’intimité, de choix d’aménagements, de soustraction aux regards… Cela nécessite aussi de « bricoler localement des solutions en lieu et place de la duplication de modèles imposés par les prescriptions de la catégorie d’action publique « habitat inclusif » (p.79). Bien évidemment, cela nécessite aussi « de faire avec les personnes concernées par les projets d’habitat inclusif plutôt que pour elles » (p.85). Et enfin cela nécessite de mettre en œuvre une autre politique publique.

Extrait de la présentation

Depuis 2016, l’Etat et ses administrations ont façonné une nouvelle catégorie d'action publique, dénommée « habitat inclusif ». Porté par le mot d'ordre de la « société inclusive » l'habitat inclusif impose progressivement aux personnes en situation de handicap un mode de vie parmi une pluralité d'autres possibles.

c'est à la compréhension de ce mécanisme de forclusion qu'est consacré ce court essai. Ainsi qu’au dévoilement des principaux impensés de cette politique dans sa conception imparfaite de ce que pourrait être l'inclusion.

Il propose enfin d'autres perspectives afin d'envisager l’habiter des personnes en situation de handicap comme l'opportunité de ne plus penser et agir en termes spécifiques pour des groupes de personnes tenus pour singuliers. Et de faire de l'habitat une manière de s'appliquer à humaniser la vie pour tous, à partir du principe universel d'accessibilité et du concept de qualité de vie.

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