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Président du Réseau Français sur le Processus de Production du Handicap (RFPPH) Formateur accrédité sur le modèle de développement humain-processus de production du handicap (MDH-PPH), et dans les domaine des droits et des politiques inclusives / administrateur organismes de formation et secteur médico-social / ancien cadre dans le secteur médico-social et formateur

jeudi 26 mars 2026

les experts ... et les autres

Les experts ... et les autres

Si l’on porte un certain regard, critique, sur le fonctionnement sociétal, en particulier sur le plan politico-économique, et spécifiquement dans les politiques publiques, il y a un fait marquant. Le monde apparait divisé entre ceux qui savent, décident, pensent, enjoignent, orientent, dirigent, possèdent la vérité, en quelque sorte des « experts », et … les autres. Les experts sont de toutes natures : hommes et femmes politiques au pouvoir, économistes patentés, journalisteS et chroniqueurs, élites intellectuelles, etc. Ils se sont répandus dans toutes les strates des organisations : les directions bien entendu, mais aussi les responsables qualité, développement, ressources humaines, les managers de toutes sortes (il y a même des happiness managers !), des coachs, des think tank et des cabinets de conseil … C’est le domaine du statut de l’expertise, qui nimbe de la possession d’un pouvoir les personnes qui en sont dotées.

Eu égard au fonctionnement de la société d’aujourd’hui, la place d’expert va rarement dans le sens de davantage de justice, de lutte contre les inégalités, de réduction de la pauvreté, du logement pour tous,  de salaires décents, de lutte contre le racisme et les discriminations de toutes sortes, de soins et d’éducation de qualité, d’accompagnements satisfaisants des personnes vulnérables ou handicapées, de nourriture saine ou de lutte contre le dérèglement climatique, de cohésion sociale, de « vivre ensemble »… Globalement, les experts sont là justement pour justifier l’inverse de cette longue et incomplète liste, même si certains y dérogent. Les experts sont tous ceux qui permettent à la société et à ses organisations de pérenniser leur fonctionnement, avec des changements de surface, au mieux, sans remettre en question les fondements qui font que la société fonctionne mal et au détriment de la majorité.

Le statut d’expert est souvent corrélé avec un sentiment de supériorité par rapport aux « autres ». Cette supériorité est profondément ancrée dans leur conscience, considérée comme « naturelle ». On peut identifier l’origine de cette césure entre les experts et les autres dans l’origine du néolibéralisme, très bien décrite par Barbara Stiegler dans l’ouvrage : « Il faut s’adapter » (Gallimard 2019) s’agissant de la théorie développée par Lippman : le monde est devenu si complexe qu’il est impossible au commun des mortels, à la « masse », de le comprendre. Il faut donc des « experts », forcément issus des classes dominantes, qui seuls savent comment penser et faire, et à qui il appartient de diriger les autres, par tous les moyens. (C’est très rapidement résumé !) L’expertise, et ses conséquences sur l’organisation sociale, apparait ainsi comme un besoin naturel, évident, puisque c’est la nature du monde qui la commande. On voit comment cette expertise peut avoir des conséquences sur les organisations quand ce sont les critères économiques qui commandent, et sur les sociétés en général, d’où la démocratie et la participation citoyenne sont évacuées au profit de l’expertise.

Dans le secteur médicosocial, ce sont également de plus en plus des « experts » qui deviennent les dirigeants des organisations. Non pas des experts des questions de handicap et de l’accompagnement des personnes dites handicapées, mais des experts (puisque c’est l’économie qui dorénavant gouverne le monde) de la gestion (économique, politique, financière, humaine…) des organisations, et dont l’expertise consiste principalement à bien gérer ce que d’autres experts ont défini comme politiques publiques (du handicap, de la gestion publique, etc.). Dans cette configuration, un organisme n’est pas là pour organiser l’accompagnement de personnes, il est là pour bien avoir une bonne gestion de son fonctionnement, et même peut-être bientôt pour bien produire de la plus-value pour des actionnaires. C’est aussi cette soumission en chaîne à l’expertise qui peut expliquer en partie les difficultés que peuvent avoir les pouvoirs publics, et les différents décideurs, par imprégnation idéologique de cette hiérarchisation, malgré des discours pourtant favorables, à donner une place reconnue et un certain pouvoir aux personnes concernées.

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