Autodétermination et dé-cohésion sociale
La Direction
Générale de la Cohésion Sociale lance un projet pour soutenir
l’autodétermination des personnes handicapées. La perspective est de
transformer les pratiques professionnelles, améliorer la mobilité et optimiser
les ressources numériques (Post du 17 novembre 2025). Bravo !
L’autodétermination est en effet une posture, un comportement, une attitude,
une manière d’être et d’agir, dont ont été privés pendant longtemps les
personnes dites handicapées, et qui est aujourd’hui mise en avant, avec raison,
pour accéder à l’égalité des droits des personnes concernées. Le projet adhère
parfaitement au discours public qui est tenu sur les personnes handicapées.
Discours tenu également sur le même registre pour les personnes en situation de
vulnérabilité. L’autodétermination, l’empowerment, la participation,
l’égalité des droits et des chances, la citoyenneté, sont des thématiques
auxquelles les politiques publiques semblent attachées et promouvoir. C’est
finalement le titre de la direction générale qui s’engage dans le projet :
la cohésion sociale.
L’engagement dans
ce projet reste pourtant paradoxal. Il y a en effet un gouffre entre ce
discours, que je ne peux que partager, et la réalité de la cohésion sociale,
qui serait plutôt aujourd’hui de la dé-cohésion sociale. Qu’est-ce que la
cohésion sociale ? Voici la définition minimale (GOOGLE) : « La
cohésion sociale est la capacité de la société à assurer le bien être de tous
ses membres, incluant l’accès équitable aux ressources disponibles, le respect
de la dignité dans la diversité, l’autonomie personnelle et la participation
responsable. » Et c’est là que se situe le paradoxe, et même une
contradiction radicale.
Comment en effet
articuler un tel projet avec ce que mettent en place les politiques publiques
qu’est censée représenter cette direction générale, politiques publiques qui agissent
à rebours de la cohésion sociale. Comment ne pas voir en effet tout ce qui mine
la cohésion sociale, tout ce qui est instauré pour diviser et opposer les
populations. Et ce sont bien les politiques publiques qui agissent pour aboutir
à cette régression de la cohésion sociale. La pauvreté et l’extrême pauvreté
sont en forte croissance, tout autant que croît l’extrême richesse. Le manque
de logements (le nombre de gens dans la rue, dont des enfants) et le mal-logement
s’inscrivent dans des politiques de non financements de logements sociaux et la
protection des propriétaires. Les dernières évaluations de l’Education
nationale ne peuvent que constater des écarts grandissants entre la fraction en
réussite la fraction en difficultés, favorisés entre autres raisons par un
séparatisme de l’enseignement privé. Les personnes sans emploi ont de moins en
moins de ressources, et sont accusées de détériorer les budgets de l’Etat en se
faisant diffamer comme assistés et contrôler de manière systématique et
violente. La division entre population dite « de souche » et issue de
l’immigration, est exacerbée autant par des médias que par des décisions
politiques. Ce sont une société et des politiques qui assument, justifient et
promeuvent la déconstruction de la cohésion sociale.
Cette dissonance dans
les politiques entre le discours et l’agir est permise et relayée par une autre
division, elle aussi étant de l’ordre de la cohésion sociale : une société
qui pense, à l’instar des principes du néolibéralisme, que les gens, les
masses, ne sont pas en mesure de bien réfléchir et penser la complexité du
monde. Pour savoir ce qu’il faut penser et faire, il faudrait des experts, les
seuls à pouvoir y répondre. Ces experts, qu’on a vu se développer, dans le
cadre du New Public Management, pour dicter des orientations, élaborer
des principes d’action, piloter des évaluations et des contrôles, régir les
fonctionnements et les dispositifs, contraindre à des évolutions, préconiser de
bonnes pratiques, dire le bien et le mal agir et penser. Un modèle sociétal qui
met ainsi des séparations entre les populations, entre ceux qui savent (être
autodéterminé) et ceux qui ne savent pas, ceux qui décident et ceux qui
obéissent, est bien éloigné de toute prétention à l’autodétermination et à la
cohésion sociale.

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