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Président du Réseau Français sur le Processus de Production du Handicap (RFPPH) Formateur accrédité sur le modèle de développement humain-processus de production du handicap (MDH-PPH), et dans les domaine des droits et des politiques inclusives / administrateur organismes de formation et secteur médico-social / ancien cadre dans le secteur médico-social et formateur

mardi 13 janvier 2026

autodétermination et dé-cohésion sociale

Autodétermination et dé-cohésion sociale

La Direction Générale de la Cohésion Sociale lance un projet pour soutenir l’autodétermination des personnes handicapées. La perspective est de transformer les pratiques professionnelles, améliorer la mobilité et optimiser les ressources numériques (Post du 17 novembre 2025). Bravo ! L’autodétermination est en effet une posture, un comportement, une attitude, une manière d’être et d’agir, dont ont été privés pendant longtemps les personnes dites handicapées, et qui est aujourd’hui mise en avant, avec raison, pour accéder à l’égalité des droits des personnes concernées. Le projet adhère parfaitement au discours public qui est tenu sur les personnes handicapées. Discours tenu également sur le même registre pour les personnes en situation de vulnérabilité. L’autodétermination, l’empowerment, la participation, l’égalité des droits et des chances, la citoyenneté, sont des thématiques auxquelles les politiques publiques semblent attachées et promouvoir. C’est finalement le titre de la direction générale qui s’engage dans le projet : la cohésion sociale.

L’engagement dans ce projet reste pourtant paradoxal. Il y a en effet un gouffre entre ce discours, que je ne peux que partager, et la réalité de la cohésion sociale, qui serait plutôt aujourd’hui de la dé-cohésion sociale. Qu’est-ce que la cohésion sociale ? Voici la définition minimale (GOOGLE) : « La cohésion sociale est la capacité de la société à assurer le bien être de tous ses membres, incluant l’accès équitable aux ressources disponibles, le respect de la dignité dans la diversité, l’autonomie personnelle et la participation responsable. » Et c’est là que se situe le paradoxe, et même une contradiction radicale.

Comment en effet articuler un tel projet avec ce que mettent en place les politiques publiques qu’est censée représenter cette direction générale, politiques publiques qui agissent à rebours de la cohésion sociale. Comment ne pas voir en effet tout ce qui mine la cohésion sociale, tout ce qui est instauré pour diviser et opposer les populations. Et ce sont bien les politiques publiques qui agissent pour aboutir à cette régression de la cohésion sociale. La pauvreté et l’extrême pauvreté sont en forte croissance, tout autant que croît l’extrême richesse. Le manque de logements (le nombre de gens dans la rue, dont des enfants) et le mal-logement s’inscrivent dans des politiques de non financements de logements sociaux et la protection des propriétaires. Les dernières évaluations de l’Education nationale ne peuvent que constater des écarts grandissants entre la fraction en réussite la fraction en difficultés, favorisés entre autres raisons par un séparatisme de l’enseignement privé. Les personnes sans emploi ont de moins en moins de ressources, et sont accusées de détériorer les budgets de l’Etat en se faisant diffamer comme assistés et contrôler de manière systématique et violente. La division entre population dite « de souche » et issue de l’immigration, est exacerbée autant par des médias que par des décisions politiques. Ce sont une société et des politiques qui assument, justifient et promeuvent la déconstruction de la cohésion sociale.

Cette dissonance dans les politiques entre le discours et l’agir est permise et relayée par une autre division, elle aussi étant de l’ordre de la cohésion sociale : une société qui pense, à l’instar des principes du néolibéralisme, que les gens, les masses, ne sont pas en mesure de bien réfléchir et penser la complexité du monde. Pour savoir ce qu’il faut penser et faire, il faudrait des experts, les seuls à pouvoir y répondre. Ces experts, qu’on a vu se développer, dans le cadre du New Public Management, pour dicter des orientations, élaborer des principes d’action, piloter des évaluations et des contrôles, régir les fonctionnements et les dispositifs, contraindre à des évolutions, préconiser de bonnes pratiques, dire le bien et le mal agir et penser. Un modèle sociétal qui met ainsi des séparations entre les populations, entre ceux qui savent (être autodéterminé) et ceux qui ne savent pas, ceux qui décident et ceux qui obéissent, est bien éloigné de toute prétention à l’autodétermination et à la cohésion sociale.

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