Situations de handicap - personnes handicapées
Le langage
contemporain parle préférentiellement de personnes en situation de handicap
plutôt que de personnes handicapées. La première formulation semble reconnaitre
qu’il s’agit d’une ou de situations dans lesquelles une personne rencontre des
obstacles ou se trouve empêchée de participer, ce qui postule d’un
environnement qui joue un certain rôle dans la dite situation. Le formulation
« personne handicapée » est renvoyée à un âge antérieur qui
oblitérerait l’environnement et assignerait les personnes à leur handicap, les
définirait ou leur donnerait une identité selon cette seule caractéristique.
Dans cette première distinction, la formulation personnes en situation de
handicap serait plus politiquement correcte que l’autre formulation, davantage
respectueuse de la participation des personnes concernées à la vie sociale, et
plus en conformité avec les évolutions conceptuelles du handicap.
Mais les choses ne
sont peut-être pas aussi simples. Le terme « handicapé » a fait sa
carrière en tant que substantif comme dans « les Handicapés », avant
de devenir un qualificatif accolé au terme « personne ». Ce dernier
terme atténue à juste titre la violence du substantif identitaire, et
réhabilite le sujet dans la considération des personnes et en quelque sorte
leur humanité. Il n’en demeure pas moins que la catégorie ainsi désignée reste
une catégorie, non seulement au niveau des représentations sociales, mais
également au niveau politique et administratif : politiques en faveur des
personnes handicapées, statut de personne handicapée… Et toute catégorisation
instaure une ligne de division, une séparation, et in fine une ségrégation.
C’est pour cette raison que certains auteurs font le choix d’indiquer :
« personnes dites handicapées », puisque c’est la société qui désigne
ainsi certaines personnes, selon des critères qu’elle-même a définis, à partir
de ses propres critères, c’est-à-dire ceux de personnes valides. D’un autre
côté, « personne handicapée » est aussi ce qui constitue une
identité, revendiquée en tant que telle en particulier par certain.es
militant.es antivalidistes : refus des euphémismes, revendication d’une
identité et indication d’un même rapport social, celui d’une domination.
Les situations de
handicap, de même que leur « inverse » les situations de participation
sociale, ne décrivent pas des personnes, mais, comme leur nom l’indique, des
situations, c’est-à-dire la manière dont des personnes réalisent leurs activités
ou leurs habitudes de vie, dans leur vie quotidienne ou dans leurs rôles
sociaux. La notion est référencée au MDH-PPH, Modèle de Développement Humain –
Processus de Production du Handicap, modèle qui explique justement que le
handicap est produit dans l’interaction
entre les caractéristiques de la personne et les caractéristiques de
l’environnement. Par conséquent une situation de handicap peut se transformer
en situation de participation sociale pour peu que l’un des facteurs (personnel
ou environnemental) soit modifié : l’accessibilité ou la rééducation sont
de ces facteurs. Lorsque l’on parle de situations de handicap rencontrées par
une personne, il n’y a donc pas d’ambiguïté.
Le risque apparait
lorsque l’on accole le mot « personne » à la formulation
« situation de handicap » : une personne en situation de
handicap, formulation aujourd’hui fréquente sinon exclusive. En utilisant cette
formulation, finalement on affecte à la personne (et non à la situation à
l’interaction entre la personne et l’environnement) l’attribution du handicap.
Ce qui ne change rien en définitive par rapport à la locution « personne
handicapée ». Preuve en est la fréquence de la caractérisation de la
situation de handicap par des qualificatifs relatifs aux caractéristiques de la
personne : situation de handicap intellectuel par exemple. Une telle
formulation atteste que la notion de situation de handicap n’est pas
comprise ! Il serait par conséquent préférable d’indiquer qu’une personne
handicapée rencontre des situations de handicap et des situations de
participation sociale, laissant à la formulation « personne
handicapée » le soin de désigner un statut.

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