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Président du Réseau Français sur le Processus de Production du Handicap (RFPPH) Formateur accrédité sur le modèle de développement humain-processus de production du handicap (MDH-PPH), et dans les domaine des droits et des politiques inclusives / administrateur organismes de formation et secteur médico-social / ancien cadre dans le secteur médico-social et formateur

jeudi 15 octobre 2026

les externalisations du handicap

Les externalisations du handicap

Les injonctions politiques, validées sur le plan international (voir en particulier la Convention des Droits des Personnes Handicapées, ONU, 2006) insistent sur les perspectives inclusives et de participation sociale. En France, de nombreux textes réglementaires, des dispositifs divers et variés, des évolutions d’offres de services, de nouvelles organisations, de nouvelles représentations du handicap, etc., convergent vers cette perspective. On pourrait évoquer à ce niveau une « internalisation » du handicap dans les institutions faites pour tous et toutes, d’une prise en compte (une accommodation) du handicap et des problématiques humaines y afférant dans ces institutions dites « ordinaires ». Mais malgré des évolutions significatives, on observe toutefois, comme dans l’école, des phénomènes qui ne relèvent nullement de cette « internalisation », mais au contraire d’une « externalisation » du handicap dans et hors de l’institution scolaire, alors même que cette externalisation se prétend internalisation, que l’exclusion se prétend inclusion.

L’internalisation du handicap au sein du système éducatif signifierait et se traduirait par : l’accueil inconditionnel de tous les élèves, l’adaptation technique et pédagogiques à tous les élèves, des aménagements d’accessibilité, etc. Or tout ceci ne se réalise pas, ou trop peu. En conséquence, des dispositifs d’orientation, insidieusement, se mettent en place, qui externalisent, à l’extérieur ou à l’intérieur du système, les problématiques du handicap et les réponses à apporter aux élèves handicapés : le système éducatif n’incorpore pas, ou trop peu, dans son fonctionnement, ni le handicap, ni les élèves handicapés, loin donc de s’approprier les perspectives d’inclusion et de participation sociale. Il y a plusieurs modalités d’externalisation.

Une première modalité d’externalisation est directe et pérenne : il s’agit de l’exclusion des élèves handicapés de l’école, du refus de les scolariser (ou alors sous condition expresses), et des préconisations de les orienter vers des dispositifs spécialisés « faits pour eux ». Cette externalisation se voit de multiples façons, plus ou moins institutionnalisées : malgré l’obligation réglementaire de scolarisation, celle-ci est par exemple soumise à des exigences de temps partiel, à la présence d’une AESH, etc. On voit aussi d’un autre côté se développer un argumentaire sur le manque de places en établissements spécialisés, justifiant ainsi d’une légitimité à ne pas mettre en place les dispositifs inclusifs, qui exigeraient des moyens matériels et humains, des formations, une autre conception de l’organisation institutionnelle, etc. Une externalisation plus soft consiste à l’instituer à l’intérieur du système, en mettant en place des dispositifs comme les ULIS ou les UEE. Les élèves sont là bien présents dans l’enceinte scolaire, mais comme entité séparée, qui peine à participer aux activités des autres élèves, et qui a ce titre méritent bien d’être à part, discriminés.

Une deuxième modalités consiste à déléguer la fonction pédagogique d’adaptation à d’autres professionnels. C’est le cas bien souvent de la mission dévolue aux AESH. Qu’il s’agisse de rendre accessible l’enseignement dispensé ou de compenser les insuffisances de capacités de l’élève concerné, leur présence peut dispenser l’enseignant.e  de se préoccuper des différenciations pédagogiques nécessaires, non seulement à l’élève concerné mais aussi à bien d’autres élèves.

Une troisième modalité enfin consiste à se délester des réponses pédagogiques à rechercher vers l’extérieur, en particulier vers des réponses « soignantes », validées sous l’étiquette de « traitements ». L’orthophonie est à ce titre un traitement fréquemment sollicité, afin de pallier et corriger des troubles qui ne feraient pas partie des profils d’élèves susceptibles d’être scolarisés, en faisant d’eux des objets de soins, et non plus des élèves.

Ces pratiques d’externalisation font obstacle à la scolarisation et la participation des élèves à l’école, les excluant de ce fait de leur normalité en tant qu’élèves.

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