Les externalisations du handicap
Les injonctions
politiques, validées sur le plan international (voir en particulier la
Convention des Droits des Personnes Handicapées, ONU, 2006) insistent sur les
perspectives inclusives et de participation sociale. En France, de nombreux
textes réglementaires, des dispositifs divers et variés, des évolutions
d’offres de services, de nouvelles organisations, de nouvelles représentations
du handicap, etc., convergent vers cette perspective. On pourrait évoquer à ce
niveau une « internalisation » du handicap dans les institutions
faites pour tous et toutes, d’une prise en compte (une accommodation) du
handicap et des problématiques humaines y afférant dans ces institutions dites
« ordinaires ». Mais malgré des évolutions significatives, on observe
toutefois, comme dans l’école, des phénomènes qui ne relèvent nullement de
cette « internalisation », mais au contraire d’une
« externalisation » du handicap dans et hors de l’institution
scolaire, alors même que cette externalisation se prétend internalisation, que
l’exclusion se prétend inclusion.
L’internalisation
du handicap au sein du système éducatif signifierait et se traduirait
par : l’accueil inconditionnel de tous les élèves, l’adaptation technique
et pédagogiques à tous les élèves, des aménagements d’accessibilité, etc. Or
tout ceci ne se réalise pas, ou trop peu. En conséquence, des dispositifs
d’orientation, insidieusement, se mettent en place, qui externalisent, à
l’extérieur ou à l’intérieur du système, les problématiques du handicap et les
réponses à apporter aux élèves handicapés : le système éducatif
n’incorpore pas, ou trop peu, dans son fonctionnement, ni le handicap, ni les
élèves handicapés, loin donc de s’approprier les perspectives d’inclusion et de
participation sociale. Il y a plusieurs modalités d’externalisation.
Une première
modalité d’externalisation est directe et pérenne : il s’agit de
l’exclusion des élèves handicapés de l’école, du refus de les scolariser (ou
alors sous condition expresses), et des préconisations de les orienter vers des
dispositifs spécialisés « faits pour eux ». Cette externalisation se
voit de multiples façons, plus ou moins institutionnalisées : malgré
l’obligation réglementaire de scolarisation, celle-ci est par exemple soumise à
des exigences de temps partiel, à la présence d’une AESH, etc. On voit aussi
d’un autre côté se développer un argumentaire sur le manque de places en
établissements spécialisés, justifiant ainsi d’une légitimité à ne pas mettre
en place les dispositifs inclusifs, qui exigeraient des moyens matériels et
humains, des formations, une autre conception de l’organisation
institutionnelle, etc. Une externalisation plus soft consiste à
l’instituer à l’intérieur du système, en mettant en place des dispositifs comme
les ULIS ou les UEE. Les élèves sont là bien présents dans l’enceinte scolaire,
mais comme entité séparée, qui peine à participer aux activités des autres
élèves, et qui a ce titre méritent bien d’être à part, discriminés.
Une deuxième
modalités consiste à déléguer la fonction pédagogique d’adaptation à d’autres
professionnels. C’est le cas bien souvent de la mission dévolue aux AESH. Qu’il
s’agisse de rendre accessible l’enseignement dispensé ou de compenser les
insuffisances de capacités de l’élève concerné, leur présence peut dispenser
l’enseignant.e de se préoccuper des
différenciations pédagogiques nécessaires, non seulement à l’élève concerné
mais aussi à bien d’autres élèves.
Une troisième
modalité enfin consiste à se délester des réponses pédagogiques à rechercher
vers l’extérieur, en particulier vers des réponses « soignantes »,
validées sous l’étiquette de « traitements ». L’orthophonie est à ce
titre un traitement fréquemment sollicité, afin de pallier et corriger des
troubles qui ne feraient pas partie des profils d’élèves susceptibles d’être
scolarisés, en faisant d’eux des objets de soins, et non plus des élèves.
Ces pratiques d’externalisation font obstacle à la scolarisation et la participation des élèves à l’école, les excluant de ce fait de leur normalité en tant qu’élèves.

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