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Président du Réseau Français sur le Processus de Production du Handicap (RFPPH) Formateur accrédité sur le modèle de développement humain-processus de production du handicap (MDH-PPH), et dans les domaine des droits et des politiques inclusives / administrateur organismes de formation et secteur médico-social / ancien cadre dans le secteur médico-social et formateur

mardi 28 novembre 2023

attention : "mauvais handicapés"

Attention : "mauvais handicapés"

Quand l’idéologie néolibérale a commencé à mettre ses marques dans les politiques publiques et dans la « gestion » des personnes vulnérables (gestion des pauvres, des exclus, des sans emploi ou logement, etc.), beaucoup se sont dit : « quand même, ce ne sera pas pour les personnes handicapées ! » : celles-ci seraient protégées par leur statut, les regroupant quelles que soient leurs caractéristiques ; on ne remettrait pas en cause leur statut, si durement acquis. Toutefois, une petite musique insistante se joue aujourd’hui, qui amène à faire des distinctions, à établir des frontières, entre différentes catégories de personnes handicapées, non pas en fonction de leurs caractéristiques de déficiences ou d’incapacités, mais en fonction de leur situation sociale relative à l’emploi : les personnes handicapées qui travaillent, et celles qui ne travaillent pas, parce qu’elles ne voudraient pas travailler, ou qu’elles se satisfont des aides, etc.

Et oui, la stigmatisation des « mauvais » est arrivée jusqu’à la catégorie des personnes handicapées. La société d’aujourd’hui, encore plus qu’avant, désigne, incrimine, dénigre, vilipende, pointe du doigt, ceux qui sont considérés par les dominants comme de « mauvais citoyens », « qui coûtent un pognon de dingue », « qui ne sont rien », ceux « qui ne veulent pas travailler », « qui profitent du RSA sans contrepartie », etc…On peut même considérer ce discours politique et médiatique comme hégémonique. Dans cette logique, les situations vécues par les personnes, d’exclusion, de vulnérabilité, de pauvreté, de misère, de domination, sont considérées dans ce même discours comme de la responsabilité des personnes concernées : si elles sont dans cette situation, c’est quand même quelque part qu’elles l’ont cherché, qu’elles l’ont bien voulu, qu’elles n’ont pas fait preuve d’adaptation…L’exemple sans cesse rappelé dans les média est celui des patrons cherchant vainement des employés, alors qu’en face il y a tant de gens qui ne veulent pas travailler. Les chiffres pourtant contredisent cette « vérité » médiatique et politique.

On a longtemps cru, dans le milieu professionnel du secteur du handicap, que les personnes en situation de handicap seraient exclues de ce type de stigmatisation et de discrimination. Stigmatisées et handicapées, les personnes handicapées, oui, mais sur la base de leurs caractéristiques personnelles physiques ou psychiques (maladies, déficiences, troubles, incapacités).

Il commence à se dire que les personnes handicapées qui ont un emploi, c’est grâce à leur volonté, leur volontarisme, parce qu’elles ont surmonté leur handicap. Comme pour les personnes non handicapées, trouver et garder un emploi serait une affaire de volonté pour les personnes handicapées. En filigrane, ce que l’on peut lire de ce discours, c’est que ceux qui n’ont pas d’emploi, c’est par manque de volonté : elles n’ont pas été persévérantes, elles n’ont pas su se débrouiller, etc. Un non-dit conséquent, comme pour la population générale d’ailleurs, est que ceux qui ont fait preuve de volonté, ceux qui ont trouvé cet emploi, méritent de bénéficier d’aides et de ressources, les autres, qui « coutent » le méritent moins. Un équipement est accordé à celui qui travaille pour s’y déplacer et pour ses autres déplacements ; il n’est pas accordé à celui qui ne travaille pas, même s’il doit (ou a envie) de se déplacer au quotidien.

Il ne s’agit pas là du constat que la situation des personnes en situation de handicap est plus injuste que celle des autres populations. Mais de constater que dans une société fonctionnant sur l’injustice, la domination, l’exploitation, ceux qui en profitent n’ont de cesse de rabaisser et de spolier les autres, quelles que soient leurs caractéristiques, celles-ci fussent-elles promues sous la bannière de la solidarité. Constater d’autre part que la participation sociale des personnes en situation de handicap ne sera plausible que lorsque la participation sociale de tous, sans ce mépris récurrent, sera un objectif partagé.

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