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Président du Réseau Français sur le Processus de Production du Handicap (RFPPH) Formateur accrédité sur le modèle de développement humain-processus de production du handicap (MDH-PPH), et dans les domaine des droits et des politiques inclusives / administrateur organismes de formation et secteur médico-social / ancien cadre dans le secteur médico-social et formateur

vendredi 30 septembre 2016

Publication : L'enseignement spécialisé doit se "déspécialiser"

L'enseignement spécialisé doit se "déspécialiser"


ASH n° 2974 du 9 septembre 2016, p.32-33

Le droit à la scolarisation des enfants handicapés a fait reculer les frontières de l'enseignement spécialisé. Ce dernier a toutefois encore un rôle important à jouer en mettant son expertise au service des élèves en difficulté que l'école inclusive na sait pas traiter, défend Jean-Yves Le Capitaine, chef de service à l'Institut public la Persagotière à Nantes.

Dans le domaine de la scolarisation des élèves en situation de handicap, l’enseignement spécialisé se situe à l’intersection de la collaboration entre deux systèmes, l’Education nationale et le secteur médico-social, à la frontière de deux mondes qui ont encore du mal à s’apprivoiser et à agir ensemble. Ni fixe, ni pérenne, cette frontière se déplace en fonction des évolutions sociétales, des projets éthiques et politiques, des réglementations…

mardi 27 septembre 2016

Lecture conseillée : chronique d'une assistante sociale...

Chroniques d’une assistante sociale en milieu médico-social, 

Christine MAUREY, L’Harmattan, 2016.


Christine Maurey, assistante de service social dans un établissement médico-social pour enfants ayant une déficience sensorielle et autres troubles a écrit ces chroniques, issues du quotidien de sa vie professionnelle. Des situations d’enfants qui mettent en jeu des politiques d’accompagnement, des choix institutionnels, des pratiques professionnelles, des relations avec les parents, et la complexité des parcours.

Je laisserai les futurs lecteurs découvrir ces situations d’enfants à partir de toute la sensibilité, mais aussi la lucidité et la révolte parfois de l’auteure.

J’ai aussi beaucoup apprécié un autre aspect, celui de son observation critique de certains travers et habitudes professionnels, et je ne résiste pas à citer une anecdote qu’elle raconte à propos d’une réunion entre professionnels, et qui rappellera à beaucoup de professionnels du secteur leur propre expérience :

lundi 26 septembre 2016

"On ne peut pas se spécialiser en tout..."

"On ne peut pas se spécialiser en tout ..."

C’est cette réflexion qui vient souvent ponctuer, en désespoir de cause, les propos des enseignants qui veulent bien inclure, mais qui se sentent impuissants devant le mur qui se dresse devant eux et qui les empêchent de mettre en acte leur bonne volonté : la spécialisation. « Cette année je vais avoir un sourd, il va falloir que je me mette à la langue des signes, l’an prochain ce sera un aveugle et ce sera le braille, et après encore un enfant handicapé moteur et un qui a des troubles de langage. On n’en finit pas. C’est pas sérieux l’inclusion, on ne peut pas être spécialistes en tout ! »

lundi 12 septembre 2016

"Ils ont besoin de manipuler"

"Ils ont besoin de manipuler ..."

L’un des arguments les plus utilisés pour légitimer dans la pratique l’enseignement spécialisé auprès des élèves en situation de handicap, tous handicaps confondus, est cette assertion : « Pour faire des apprentissages, les élèves handicapés ont besoin de procéder avec  des manipulations. » L’implicite de cette assertion est double : d’une part que ces élèves n’ont pas les capacités de procéder directement par « abstraction », comme le feraient les enfants ordinaires, non handicapés ; d’autre part que cette particularité justifie d’une certaine manière leur mise à part, dans l’objectif quand même d’une certaine réussite, avec des experts spécialisés.

vendredi 2 septembre 2016

"La question handicapée a été inventée..."

La question handicapée a été inventée ..."


Il s’agit là d’un paraphrase d’un propos de Vladimir Jankélévitch concernant la question juive : la question juive, avance t-il, a été inventée par les antisémites qui ont fini par le faire croire aux juifs eux-mêmes.

L’antisémitisme se distingue d’après lui d’autres discriminations, rejets et haines de l’autre, en ce que l’objet de la discrimination ne se voit pas, est « presque semblable », contrairement à d’autres formes de discrimination, le racisme ou l’handicapisme par exemple,, qui s’appuient sur ce qui apparait d’emblée dissemblable en ce que la différence est visible. C’est entre autres, pour cette raison,

mercredi 6 juillet 2016

Projet des parents ou projet des professionnels

Projet des parents ou projet des professionnels ?

Posée ainsi, la question apparait comme inopportune, en particulier depuis la loi du 2 janvier 2002, qui indique explicitement que les usagers, les parents, doivent déterminer eux-mêmes leur projet, et que les services sont là pour les accompagner dans leur projet. Et pourtant, quatorze ans après la loi de 2002, on trouve encore très ancrée cette idée qu’il s’agit de faire adhérer les parents au projet (éducatif, pédagogique, thérapeutique) des professionnels ; et que les « bons » parents sont ceux qui adhèrent aux projets des professionnels, qui se situent alors explicitement comme experts sachant, reléguant les parents à une place de « ne sachant pas ».

Dans une réunion, au sujet de Julie, 9 ans, en présence des parents, entre les professionnels de l’école et les professionnels d’un service médico-social,

mardi 28 juin 2016

L'inclusion qu'est ce que cela change ?

L'inclusion, qu'est-ce que cela change ?

Dans les modalités de scolarisation des enfants en situation de handicap, et en particulier celles des enfants sourds, le terme d’inclusion a toujours été sujet à débats, voire à polémiques. Il y a des raisons à cela, et en effet, pour discuter de l’inclusion, de ses bénéfices et des ses inconvénients, de ses facilitateurs et de ses obstacles, il y a lieu de ne pas la confondre avec deux situations avec laquelle elle est souvent confondue.

Il y a inclusion et inclusion

La première chose avec laquelle il ne faut pas confondre l’inclusion, c’est avec le concept d’intégration.

mardi 21 juin 2016

l'inclusion est un sport de combat

L'inclusion est un sport de combat

L’inclusion est un mot d’ordre partagé mais une pratique rencontrant des résistances énormes auxquelles il est nécessaire de se confronter.

Les UPI (Unités Pédagogiques d’Intégration) se sont transformées en ULIS (Unités Localisées pour l’Inclusion Scolaire), terminologie générique désormais pour l’école et le second degré. Dans le même temps, on a vu apparaitre le terme de temps partagé pour des élèves des établissements médico-sociaux qui étaient en partie scolarisés dans des classes des établissements scolaires. Mais dans les pratiques, beaucoup de choses sont restées identiques et les changements nécessaires constituent en réalité une révolution et un sport de combat !

dimanche 12 juin 2016

Un effet du handicapisme

Un effet du handicapisme

Un certain nombre d’attitudes professionnelles à l’égard des personnes handicapées relèvent de ce qu’on pourrait qualifier par le néologisme « handicapisme ». Sur le modèle du terme « racisme », le handicapisme pourrait se définir comme un système de représentations d’inégalités, et ici de supériorité des valides sur les handicapés. Une caractéristique physique (la couleur de peau là, une particularité organique ou psychique ici) fait attribuer celui qui en est pourvu des caractéristiques humaines différentes et inférieures, basées sur des stéréotypes.

Ainsi en est-il par exemple des raisons qui fondent le refus d’utilisation, pour les jeunes élèves handicapés, des livrets de compétences scolaires qui balisent les parcours scolaires de l’ensemble des élèves.

mercredi 1 juin 2016

Usagers ou citoyens ?

Usagers ou citoyens ?

La manière dont une « administration » regarde ses administrés a des effets sur la vie même de ceux-ci. Les Agences Régionales de Santé regardent les personnes handicapées qui sont sous son administration (dans les établissements médico-sociaux) d’un point de vue global de la santé, et les nomme usagers dans ce secteur. Elles ne les regardent pas d’un point de vue sociétal ; le point de vue sociétal existe bien entendu, mais en tant que politique générale, pas sur les situations des personnes. Ce point de vue de l’administration politique des choses et des personnes est aussi ce qui se dissémine comme état d’esprit dans les établissements.

Les ARS, les gestionnaires de « l’hôpital » et des autres secteurs, minoritaires, qui en relèvent ont pour « clients » des personnes qui sont hors du jeu social

dimanche 29 mai 2016

Evènement : conférence Les Paradoxes de l'inclusion

Intervention à la conférence : Les paradoxes de l'inclusion





Participation à la table ronde de la conférence organisée par l'EHESS (Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales) et l'INJS (Institut National des Jeunes Sourds) de Paris: Les paradoxes de l'inclusion à l'Institut National des Jeunes Sourds, Paris, le 31 mai 2016.

jeudi 19 mai 2016

Peut-on être contre le dépistage précoce ?

Peut-on être contre le dépistage précoce ?

Dans le discourus dominant, le dépistage précoce est une réponse d’une légitimité convenue et évidente : comment peut-on être contre ce qui « guérit » un problème d’autant mieux qu’il sera pris précocement, contre ce qui va permettre d’anticiper les conséquences de la déficience ou du trouble, et de les corriger d’autant mieux que le problème sera identifié précocement, contre ce qui va permettre, en fonction de cette connaissance précoce, de faire les bon choix (médicaux, technologiques, éducatifs…) ? Et pourtant…

mardi 10 mai 2016

Publication : Territoire et frontières de l'enseignement spécialisé

Territoire et frontières de l'enseignement spécialisé : l'exemple des élèves sourds.

Une nouvelle publication de Jean Yves le Capitaine dans la Nouvelle Revue de l'Adaptation et de la Scolarisation

Résumé

La question de la place et de la nature de l’enseignement spécialisé se pose dans un contexte nouveau, celui d’un modèle s’inspirant des droits des personnes en situation de handicap et ayant pour visée la participation sociale dans un environnement inclusif. Des changements importants ont cours, mettant en tensions l’enseignement spécialisé avec les évolutions de l’enseignement ordinaire dans la prise en charge des besoins particuliers, d’autre part avec une tendance importante à la pathologisation et à la médicalisation des réponses à ces besoins, et enfin avec les dispositifs de compensation et d’accessibilité qui se mettent progressivement en place. Le territoire de l’enseignement spécialisé prend dans ces contextes une autre configuration : s’inscrivant dans le paradigme de l’école inclusive, qui doit en quelque sorte se spécialiser pour répondre à des besoins particuliers, l’enseignement spécialisé se positionne comme ressource et dans des territoires dans lesquels l’enseignement ordinaire n’a pas de réponses.

Mots clés

Accessibilité – Besoins particuliers – Difficultés scolaires – Ecole inclusive – Enseignement spécialisé.

jeudi 28 avril 2016

Une injonction paradoxale de l'inclusion

Une injonction paradoxale de l’inclusion

« Faites de l’inclusion, nous sommes là pour vous dissuader de le faire » : telle pourrait être l’injonction paradoxale de la scolarisation en temps partagé entre un établissement scolaire et des services spécialisés qui sont censés permettre, favoriser ou développer l’inclusion, le « nous » en question étant justement l’instance qui manifeste l’écart existant entre ceux qui sont de droit dans l’école et ceux qui y prétendent.

L’équipe de professionnels d’un dispositif médico-social externalisé, dont l’accompagnement consistait pour une grande part dans la scolarisation (co-enseignement, enseignements spécifiques) déplorait à juste titre que les jeunes sourds de ce dispositif n’étaient pas considérés comme « partie prenante à part entière » dans le collège.

mardi 19 avril 2016

Publication : Les "dys" relèvent-ils d'une éducation spécialisée ?

Une nouvelle publication de Jean Yves Le Capitaine, dans la revue EMPAN : 

Les "DYS" relèvent-ils d'une éducation spécialisée ?


Résumé

La question d’une éducation spécialisée pour les élèves présentant des troubles spécifiques des apprentissages s’est posée dès lors que la catégorie nosographique a été nommée. Différents dispositifs ont été mis progressivement en place depuis les années 2000, dont certains avec des organisations spécialisées. Ce qui justifie ces dispositifs tient d’une part aux écarts entre les caractéristiques, réelles ou supposées, des élèves concernés, et les contraintes de l’environnement scolaire, dans ses aspects sociaux ou cognitifs ; d’autre part à l’approche médico-sociale « défectologique » qui a cours dans l’environnement chargé d’accompagner ces élèves.

Mots clés

Trouble des apprentissages, dysphasie, dyslexie, difficultés, éducation spécialisée.


jeudi 7 avril 2016

"Usagers, vous serez bien soignés !"

« Usagers, vous serez bien soignés ! »

Les établissements médico-sociaux dépendent, depuis la loi HPST (hôpital, patients, santé, territoires) de 2009 des Agences Régionales de Santé. Celles-ci font des enquêtes flash afin d’avoir une première évaluation de la mise en œuvre par l’établissement des préconisations qui importent dans les priorités d’action établies. C’est à travers ce genre d’outils qu’on peut voir quelles sont les préoccupations prioritaires de l’administration qui pilote les établissements, priorités qui le deviennent aussi en cascade pour les responsables des établissements et pour les professionnels de terrain. C’est ce qu’on pourrait qualifier d’administration ou de politique technocratique.

Ainsi l’enquête Flash 2015 comporte 5 rubriques :

lundi 4 avril 2016

"Ce n'est pas un CM2, c'est un "primevères"

« Ce n’est pas un CM 2, c’est un « Primevères »

Le principe des classes externalisées ou du temps partagé entre un établissement médico-social et un établissement scolaire est certainement contributif à un cheminement lent vers une inclusion des élèves handicapés dans l’environnement scolaire, mais encore loin du principe d’une école inclusive.

Les élèves ne sont pas nommés selon les catégories de l’école ou du collège, c’est-à-dire les classes de CE2 ou CM2 à l’école élémentaire, les classes de 6ième ou de 3ième au collège. Les élèves sont dans le « dispositif spécialisé » des « Primevères » ou de « Lino Ventura » (si tels sont les noms des établissements médico-sociaux d’où sont issus les élèves en question).

lundi 21 mars 2016

"Sa pauvre petite vie de sourde !"

« Sa pauvre petite vie de sourde ! »

C’était il y a quelques années. Toutefois après la loi du 11 février 2005 qui posait le principe de l’égalité des droits, et finalement de « considération » pour les personnes handicapées. Fanny est une fille sourde d’une dizaine d’années. Ses parents aussi sont sourds. Elle est scolarisée en classe spécialisée externalisée d’un établissement médico-social. La langue des signes est très présente en famille et à l’école dans cette classe.

Mais la plupart des professionnels sont aussi très désireux que Fanny « parle » oralement (« Quand même, pour s’intégrer à la société, il faut savoir parler »). Fanny a donc des séances

lundi 14 mars 2016

L'auto assignation à l'incapacité

L’auto assignation à l’incapacité

Lola est une jeune fille sourde de 16 ans scolarisée dans une classe « spécialisée » pour jeunes sourds, externalisée dans un collège. Elle a la grande majorité de ses cours dans cette classe (programme de SEGPA) et elle participe à des cours d’EPS et d’arts plastiques en classe de 3ième du collège. Elle a d’autres camarades sourds scolarisés, eux, totalement dans une autre classe de 3ième, avec accessibilité en langue des signes.

Alors que ses camarades de la classe spécialisée étaient en stage en entreprise, Lola s’est retrouvée sans stage. Plutôt que de se retrouver

jeudi 10 mars 2016

"Ils n'ont rien à faire dans ma classe"

« Ils n’ont rien à faire dans ma classe »

L’acceptation d’élèves en situation de handicap dans les classes dites « ordinaires » n’est pas toujours facile, et on aurait tendance attribuer cette difficulté aux caractéristiques des élèves en question. Et il est des situations où c’est vrai : un élève extrêmement violent (et sans aide humaine) ou un élève sourd (et sans accessibilité langagière), etc. Mais il est de nombreux exemples où ce ne sont pas les caractéristiques des élèves qui font obstacle, mais les caractéristiques d’enseignants qui refusent ces élèves.

Dans un collège qui accueillait depuis plusieurs années des élèves dysphasiques