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Président du Réseau Français sur le Processus de Production du Handicap (RFPPH) Formateur accrédité sur le modèle de développement humain-processus de production du handicap (MDH-PPH), et dans les domaine des droits et des politiques inclusives / administrateur organismes de formation et secteur médico-social / ancien cadre dans le secteur médico-social et formateur

mardi 27 octobre 2026

trouble pathologique ou produit social ?

Trouble pathologique ou produit social ?

Les « troubles » ont pris une place incontournable pour qualifier des difficultés diverses qui se manifestent dans la vie sociale, en famille, à l’école ou dans l’espace public. Ils sont ce qu’on pourrait qualifier de « situations de handicap », c’est-à-dire des difficultés ou des impossibilités de réalisation d’habitudes de vie en raison d’une interaction inadéquate entre des caractéristiques personnelles et des caractéristiques de l’environnement. Ces difficultés peuvent être multiples et polyformes. Les plus connus sont les troubles de l’apprentissage (la constellation de « dys »), les troubles du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), ainsi que les troubles du développement, dont la dénomination a récemment remplacé celle de « déficience intellectuelle ».

Les deux premières catégories ont trouvé une validité sociale dans la qualification nosologique de « trouble », là où elles étaient auparavant considérées comme difficultés sociales ou d’apprentissage, dont les solutions étaient à trouver soit dans les modalités éducatives familiales, soit dans le mode de fonctionnement des apprentissages scolaires. Mais quelque soit l’explication, le dysfonctionnement était intégré à l’enfant, lui appartenait en quelque sorte : c’étaient ses caractéristiques personnelles qui dysfonctionnaient. L’advenue de la notion de trouble, loin de changer l’assignation des difficultés à la personne concernée, confirme l’origine et l’attribution des difficultés aux caractéristiques de la personne, nullement à l’interaction entre facteurs personnels et facteurs environnementaux. Elle confirme et renforce cette approche en expliquant les phénomènes observés en tant que pathologies avérées individuelles par des spécialistes médicaux, des propositions de traitement médicaux ou paramédicaux individuels, et sans questionner les environnement dans lesquels adviennent ces types de difficultés. Ainsi l’hyperactivité est un problème à l’école et dans la famille, mais elle est valorisée dans certaines situations professionnelles.

La reconnaissance de telles difficultés en tant que troubles a généré des avantages au profit des personnes concernées : une visibilisation sociale des problèmes rencontrés, une explication des situations problématiques, une reconnaissance administrative par le statut de handicap, l’obtention d’aides techniques ou humaines, des aménagements d’environnement, un accompagnement social, la prise en compte des difficultés…Mais elle a, dans le même temps, confirmé et institué l’assignation des difficultés et des fragilités à la personne concernée : les difficultés relèveraient de « fragilités » et de « structures » individuelles. Cette approche trouve à s’alimenter des approches neuroscientifiques et cognitivistes, dont les préoccupations et priorités de recherche sont axées sur le dysfonctionnement des systèmes individuels. La caractérisation comme pathologie scelle en définitive une approche médicale ou bio-médicale et individuelle qui identifie les problèmes en termes de dysfonctionnement individuel. Ignorant ou déniant les facteurs environnementaux qui produisent de tels dysfonctionnements. Ainsi par exemple, l’environnement social et socio-économiques façonne une dispersion de l’attention (les écrans en sont une des sources, mais aussi « l’accélération du monde », telle que la formule le philosophe H. Rosa. La dispersion de l’attention ainsi se manifeste bien « dans » l’enfant, mais ne s’explique pas seulement par la structure neurologique de l’enfant, mais aussi par les apprentissages que lui a proposé son environnement social.

Le choix de qualifier et d’expliquer des difficultés et des fragilités comme le « déficit » de l’attention, l’hyperactivité ou les troubles « dys » par une qualification pathologique, dûment attestée par des évaluations médicales ou sous le sceau médical, ne fait que renforcer un centrage sur les individus à traiter, corriger, modifier, normer, rendre conformes à une norme idéal-typique, au détriment des actions de changement systémique des environnements physiques et sociaux.

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