Une participation amputée
La
« participation » des personnes dites handicapées n’est pas toujours
allée de soi. Elle a commencé à s’exercer au titre de la participation en tant
qu’usagers des institutions sociales et médico-sociales. Elle est tout à fait
symbolique d’une place nouvellement acquise, ou plutôt en cours d’acquisition
dans les configurations sociales et dans les politiques publiques. La loi du 2
janvier 2002 en a été une pierre de touche. Entre organisation de et injonction
à la participation, différents outils sont institués dans les établissements et
services : conseil de la vie sociale, groupes d’expression, projet
personnalisé d’accompagnement, enquête de satisfaction, évaluations… Bien
évidemment, tout en ayant fait évoluer à l’interne bien des organisations et
des postures, ces dispositifs ont vite trouvé leurs limites, dans la définition
même de la participation : il s’agit en tout premier lieu de la mise en
œuvre, à l’intérieur des institutions et des services, de droits minimaux, nécessaires
et urgents au regard des fonctionnements en usage. Mais pas de participation à
la « vraie vie ». C’est dire qu’on est là bien loin des préoccupations de
participation sociale et de l’enjeu de citoyenneté.
Une petite
anecdote me semble emblématique de ces limites, voire de cette autolimitation
de la participation, de cette conception restrictive de la participation, telle
que présente dans la loi de 2002, et accentuée par les outils de contrôle et
d’évaluation du fonctionnement du secteur. Emilie, 13 ans, administrativement
en Unité externalisée d’enseignement (UEE), scolarisée en classe de 4ième
de collège avec une aide humaine (interface en LSF), fut élue déléguée de sa
classe. Son rattachement social à l’institution spécialisée (UEE) était formel,
et elle était indifférente à ce qui s’y passait (CVS par exemple). Lors d’une
évaluation, il fut mis en évidence un défaut de participation (il n’y avait rien
dans la case CVS), alors que son engagement participatif citoyen n’était
nullement pris en compte, alors qu’il était des plus significatifs. Mais ce qui
« comptait » et était compté par les outils de contrôle était ce qui
était indiqué du fonctionnement médico-social, en dehors de toute considération
de véritable participation sociale.
Malgré ces
restrictions concernant la participation, la porte lui était ouverte. Des
initiatives de responsables d’établissements et services, des professionnels
« militants », des personnes dites handicapées qui se sont saisies
d’opportunités, des recherche- actions participatives, de nouveaux textes
réglementaires, la convention des droits des personnes handicapées, etc. ont resitué
la notion de participation dans une perspective plus sociale et civile. Parallèlement,
la classification du MDH-PPH définit la participation sociale comme une
situation correspondant à la pleine réalisation d’une ou plusieurs habitudes de
vie, résultant de l’interaction entre les facteurs personnels et les facteurs environnementaux
(le « contraire » d’une situation de handicap). La participation
sociale est donc la possibilité pour toute personne dite handicapée ou dite
valide d’exerces des activités à égalité avec les autres. Cela concerne des
activités courantes comme se déplacer, prendre soin de soi, communiquer, ou des
rôles sociaux comme avoir un travail ou aller à l’école, avoir des relations et
des responsabilités, etc. C’est-à-dire aussi, comme l’indique la convention des
droits des personnes handicapées, pouvoir faire des choix (par exemple dans son
mode d’habitation).
Mais il y a encore
des restrictions posées a priori à la participation des personnes concernées.
La méfiance atavique sur des incapacités supposées, la crainte de prise de
risques, les habitudes de fonctionnement des institutions, la hiérarchisation
des expertises entre professionnels et personnes concernées sont autant de
barrières à la participation. Au-delà de ces limites, la participation reste
contrainte à une certaine liberté de choix individuels, et n’est pas ouverte à
des choix politiques ou institutionnels qui engagent pourtant à la qualité de
vie des personnes concernées : on a ici une participation formelle, mais
amputée.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire