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Président du Réseau Français sur le Processus de Production du Handicap (RFPPH) Formateur accrédité sur le modèle de développement humain-processus de production du handicap (MDH-PPH), et dans les domaine des droits et des politiques inclusives / administrateur organismes de formation et secteur médico-social / ancien cadre dans le secteur médico-social et formateur

mardi 12 mai 2026

Validisme : parlons-en

Validisme : parlons-en !

Le handicap a été longtemps conçu et expliqué comme étant issu des caractéristiques personnelles déficitaires de la personne, avec ses déficiences et ses incapacités, ayant des conséquences sur sa vie sociale, sur sa participation sociale, sur les possibilités de ses choix de vie. Avec l’approche sociale, on est passé à un autre paradigme : l’environnement, tel qu’il fonctionne, est la cause du handicap, parce qu’il n’est pas adapté à des personnes qui ont certaines caractéristiques. L’image d’une personne en fauteuil au pied d’un escalier est l’exemple même d’un manque d’accessibilité créant une situation de handicap dans la réalisation d’une habitude de vie comme faire des courses, ou aller à un bureau de poste, ou aller voter. Dans cette dernière approche, écosystémique, il est des aspects qui sont bien présents, mais dont on a moins parlé dans la présentation des différentes approches conceptuelles expliquant les situations de handicap.

Pour analyser les situations de handicap aujourd’hui, il me semble que le concept de validisme (mot tout à fait récent : il est entré dans le dictionnaire Robert en 2022 !) est des plus pertinents. Le concept a émergé en France il y a seulement quelques années, alors qu’il était présent depuis un peu plus longtemps dans les pays anglo-saxons, sous le terme ableism. Qu’est-ce que le validisme ?

Le validisme est un rapport de domination d’une catégorie de population, celle dite valide, sur une autre catégorie, celle dite handicapée. Domination sociale, domination politique, mais aussi domination idéologique et « éthique » : dans un système validiste, non conscientisé en général, les personnes handicapées sont considérées comme inférieures aux personnes valides, et elles n’ont pas les mêmes droits réels. Leurs vies ne « valent pas » ou en tout cas valent moins que celles des personnes valides. Dans un système validiste, dans tous les aspects des fonctionnements sociaux, les effets de cette domination sont présents : dans leur ségrégation dans des lieux dédiés, dans le manque d’accès à l’espace public, dans l’accès à l’emploi ou à l’école, dans le déni de leurs droits fondamentaux, mais aussi dans les attitudes et comportements à l’égard des personnes handicapées (mépris, indifférence, misérabilisme, héroïsation, déshumanisation, …) dans la volonté de rendre valide (soigner, guérir, rééduque…). Il est sous-entendu que la validité est la condition enviable et la condition de la pleine humanité.  Il ne s’agit pas simplement d’un oubli des personnes concernées, il s’agit d’un fonctionnement systémique : c’est comme si la société n’était pas faite pour elles. Dans un système validiste, les vies dignes d’être vécues seraient celles des valides, la vie des personnes handicapées aurait une moindre valeur que celles des personnes valides.

Les figures les plus radicales du validisme sont celles de la haine des personnes handicapées, allant parfois jusqu’à leur extermination. Sans aller à ces extrémités, la hiérarchie des soins pendant la période de la COVID fut significative de cette idéologie validiste, de même que l’ignorance du point de vue des personnes handicapées lors de la préparation de la loi dite fin de vie. Plus généralement, le point de vue critique du validisme, ce que l’on nomme l’anti-validisme, considère que le fonctionnement de la société est de l’ordre d’un validisme systémique : organisation des lieux séparés pour les personnes handicapées, absence d’accès aux droits fondamentaux, approche médicale, déficitaire et individuelle des problématiques des personnes…

L’expression anti-validiste, sur le plan théorique et pratique, se manifeste aujourd’hui beaucoup sur les réseaux sociaux, à travers des associations militantes, des positionnements de recherche, quelques ouvrages...  Si cette approche semble encore éloignée des pratiques professionnelles d’accompagnement des personnes handicapées, elle est pourtant un « acte politique » de prise en considération des personnes concernées.

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