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Président du Réseau Français sur le Processus de Production du Handicap (RFPPH) Formateur accrédité sur le modèle de développement humain-processus de production du handicap (MDH-PPH), et dans les domaine des droits et des politiques inclusives / administrateur organismes de formation et secteur médico-social / ancien cadre dans le secteur médico-social et formateur

mercredi 20 mai 2026

quelle est la nature des besoins ?

 Quelle est la nature des besoins ?

Qui irait aujourd’hui contester qu’il faille se préoccuper des besoins des personnes ? C’est en effet l’argument central et dernier pour identifier des réponses visant leur satisfaction, au nom du respect dû aux personnes, à la valorisation de leur dignité et de leur liberté, à leur droit à une participation sociale satisfaisante. A ce titre, l’identification des besoins semble incontournable. Mais peut-être serait-il opportun d’interroger cette notion de besoin, si évidente qu’elle en est aveuglante, car elle pourrait constituer un voile opaque masquant d’autres enjeux et problématiques. Tout d’abord, cette notion de besoin n’est pas si « neutre » que cela, et a priori et par principe favorable aux personnes dont il a été décidé qu’ils avaient tel ou tel besoin. Ainsi par exemple, les « besoins » des pauvres des pays développés ou en développement sont-ils massivement déterminés et identifiés comme un espace de croissance des entreprises et des services, comme une expansion du marché : les besoins identifiés d’hygiène sont avant tout le lieu de la vente de dose de savons pour des groupes mondialisés (accessoirement ils peuvent améliorer l’hygiène).

Dans  une société de marché et de services, la liste des besoins, sans limites autres que celle de leur satisfaction, entraine une extension, elle aussi sans limites, de la satisfaction de ces besoins. Le besoin devient ainsi une notion inhérente au marché, circonscrite aux mécanismes de ce marché, qui devient idéologie incontestable, qui régule là aussi de manière incontestable l’activité humaine. A l’instar des entreprises multimillionnaire qui prétendent réduire la pauvreté tout en mettant la priorité sur leurs profits : ces nouveaux développements ne sont en réalité que la manifestation d’une volonté d’expansion mondiale du marché et des services, parée d’un discours altruiste. Typiquement, le centrage sur des besoins, assorti de la nomenclatures de ceux-ci, donne surtout l’occasion et invite à créer des réponses dans le cadre d’un « entrepreneuriat social » qui invente qui une application, qui une prestation ou un service, dont le but n’est pas de régler ce qui est cause du besoin, mais la satisfaction individuelle de ce besoin, et surtout, en arrière-plan (ou en avant-plan plutôt) le profit de l’entrepreneur en question (ou de ses investisseurs le cas échéant). Travailler pour les pauvres ou les personnes handicapées est ici travailler pour son profit.

On peut donc s’interroger pour savoir dans ce contexte qui définit les besoins. Dans le discours, c’est la personne concernée, comme si n’intervenait aucun contexte social. En réalité, les besoins sont définis politiquement dans une démarche top-down remarquable. La classification théorique est établie par des experts, eux-mêmes situés socialement dans un champ marqué par des habitudes de vie, des idées, des références, des valeurs…  Les besoins, identifiés aujourd’hui dans des nomenclatures ou des schémas, se prétendent universels, faisant partie de la nature humaine. Ils sont en réalité distribués dans des classifications et des hiérarchisations réalisées en fonction d’une idéologie censée être partagée, mais qui correspond davantage à un registre de valeurs dominantes ou même hégémoniques dans des pays plutôt riches de la sphère occidentale, et correspondant à celles d’une élite élargie de ces pays. L’exemple le plus abouti dans cette hiérarchisation est la pyramide de Maslow, qui indique en définitive une échelle de valeurs, modèle théorique qui a été critiqué sur de nombreux points.

Pour formaliser ces besoins, il est fait appel à des « experts », des professionnels dont les spécialités sont susceptibles de déterminer avec précision les dits besoins. Les besoins sont recherchés dans un champ précontraint, et finalement définis en fonction des réponses existantes, des prestations disponibles. Les bilans et évaluations mettent en avant des manques qu’il s’agit de réduire ou combler par les réponses appropriées. Nul doute qu’il faille se préoccuper des besoins des personnes ; il faut toutefois être attentifs à ne pas en faire des produits du marché.

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