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Président du Réseau Français sur le Processus de Production du Handicap (RFPPH) Formateur accrédité sur le modèle de développement humain-processus de production du handicap (MDH-PPH), et dans les domaine des droits et des politiques inclusives / administrateur organismes de formation et secteur médico-social / ancien cadre dans le secteur médico-social et formateur

mardi 31 mars 2026

pourquoi les structures spécialisées perdurent-elles ?

Pourquoi les structures spécialisées perdurent-elles ?

Vingt ans après la loi française de 2005 et la convention des Nations Unies sur les droits des personnes handicapées, les établissements spécialisés sont quasiment aussi nombreux. Ils ont certes modifié leurs organisations, et actuellement un gros effort est fait pour modifier les offres de services dans la perspective d’une meilleure inclusion. Il n’empêche : la société inclusive, celle qui ne discrimine pas, celle qui ne ségrégue pas une population avec des caractéristiques spécifiques dans des dispositifs particuliers, cette société n’est pas encore là. Et les structures spécialisées, des instituts médico-éducatifs aux ESAT, sont, elles, bien présentes dans le paysage de l’accompagnement des personnes en situation de handicap.

La plupart du temps, vont être incriminés les structures et les fonctionnements spécialisés, fauteurs d’une insuffisance à être inclusifs. Et par conséquent, pour répondre aux immobilismes qui pérennisent de telles structures, les politiques publiques déterminent des objectifs de changement dans le champ et au sein de ces structures : changements de pratiques professionnelles, changements de fonctionnement et d’organisations, etc. Avec des effets extrêmement lents, d’autant que cela se fait le plus souvent de manière verticale, voire autoritaire, sous forme d’injonctions, de préconisations et de contrôles. Mais si de telles structures perdurent, il faudrait peut-être aussi en chercher des raisons dans ce que propose la société, dans la manière dont ont été construites et fonctionnent les institutions de droit commun. Pour que les efforts des structures spécialisées soient efficientes dans le sens de l’inclusion, il serait peut-être opportun de regarder si les structures de droit commun sont prêtes à s’incorporer ces efforts.

Le travail protégé, après avoir été plutôt un droit au non travail, a été un droit séparé au travail, en ce qu’il permettait à des personnes d’avoir une activité professionnelle que le milieu ordinaire de travail en pouvait agréer en raison en particulier du manque de rentabilité, de la non-conformité de ces personnes avec les exigences des emplois. Il y a par conséquent un certain paradoxe à demander la désinstitutionalisation ou la fermeture des établissements tant que n’ont pas été mises en place les mesures nécessaires à l’emploi inclusif des personnes en situation de handicap : mesures d’accessibilité et d’aménagements raisonnables certes, mais aussi remise en cause des valeurs actuelles du fonctionnement économique, parmi lesquelles la rentabilité, le profit à tout prix (ou ce qui est la même chose, l’efficacité ou l’efficience), et le management qui va avec, constituent des obstacles majeurs à l’acceptation de personnes diversement « collaboratives ». Tant que les conditions de travail sont excluantes, discriminantes, facteurs de souffrance, les entreprises ne peuvent être inclusives.

L’école et le système éducatif se situent dans le même registre. Des enfants handicapés en sont exclus, à l’extérieur dans le secteur spécialisé, ou à l’intérieur même du système par des filières et des dispositifs. Un système éducatif qui se caractérise par l’instauration d’une « école à deux vitesses », ou plusieurs vitesses, par un séparatisme de classes sociales et l’exacerbation de leur reproduction, par des répartitions injustes de ressources, par de misérables formations des professionnels, par une visée sélective des connaissances, par une vision défectologique et individuelle des enfants handicapés, un tel système ne peut pas, dans ses valeurs, ses principes et ses pratiques, être inclusif. Ce ne sont  pas la résistance ou la mauvaise volonté des structures spécialisées qui font obstacle à l’inclusion, mais le fonctionnement même du système éducatif.

La question du handicap n’est pas une question technique, pas plus que la question de l’accessibilité. C’est un problème politique, dont on voit bien ici les impasses quand les changements ne sont qu’unilatéraux. La question politique (et également économique) tient à la volonté de changement social et sociétal, dans la volonté d’égalité, de justice, de respect et d’émancipation de tous et toutes.

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