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Président du Réseau Français sur le Processus de Production du Handicap (RFPPH) Formateur accrédité sur le modèle de développement humain-processus de production du handicap (MDH-PPH), et dans les domaine des droits et des politiques inclusives / administrateur organismes de formation et secteur médico-social / ancien cadre dans le secteur médico-social et formateur

mardi 30 juin 2026

pathologisation et/ou inclusion ?

Pathologisation et/ou inclusion ?

On assiste actuellement à un double mouvement, dont les destinations semblent a priori cohérentes, mais qui en définitive vont dans des directions opposées. Il va de soi, comme une évidence sociale, étayée par les évolutions (nationales et internationales) des droits, et le développement des libertés individuelles, que la société dans son ensemble, l’école, l’espace public, la santé, le travail, …, doit être ouverte aux différences, devenir (plus) inclusive, et par conséquent changer, se modifier, s’adapter, pour être accessible à chacun et chacune. Les discours politiques en particulier (en dehors de ceux crispés sur un mythe de pureté raciale et/ou des refus de tout ce qui est étranger) se font fort de développer des perspectives humanistes universelles, quitte parfois d’ailleurs à agir à rebours de ce qu’ils promeuvent.

Mais parallèlement, à l’appui de certaines découvertes scientifiques (dans lesquelles les neurosciences ou les sciences cognitives ont une part importante), et dans une espèces d’idéologie hégémonique promouvant la personne dans sa singularité comme maitre d’œuvre de sa vie, la focale d’explications des situations individuelles vécues, par les personnes handicapées comme par tout le monde, majore l’importance des facteurs individuels et personnels. Les difficultés proviennent de la personne. C’est dans ce cadre qu’ont surgi les pathologisations de plus en plus nombreuses de difficultés rencontrées par des enfants, en particulier dans le parcours des apprentissages scolaires, mais également dans la vie quotidienne familiale ou dans les relations. Objectivation de la pathologisation ou pas, la question ne sera pas posée dans cet article : il y a certainement des éléments biologiques, neurologiques, physiologiques… dans ces difficultés.

Le principal problème est que la focalisation sur ces éléments, caractérisés comme pathologies par la « science médicale » empêche de chercher et de voir le système global dans lequel s’inscrivent les difficultés rencontrées. Car la pathologie et la pathologisation renvoient le problème sur l’individu concerné et nullement sur les environnements, passés et présents, qui ont contribué à produire des situations de difficultés dans tel ou tel domaine de la vie humaine (école, loisirs, relations, vie quotidienne…). L’individualisation de la cause et l’attribution des difficultés aux caractéristiques de l’élève par l’étiquette (le diagnostic) de trouble opère un retour conceptuel vers des conceptions caractérisées comme individuelles et biomédicales, pourtant remises en causes par les approches écosystémiques qui considèrent le développement humain comme le produit d’une interaction entre des caractéristiques individuelles (qu’on pourrait certes nommer troubles) et les caractéristiques environnementales dans lesquelles se réalise la vie de la personne. Le MDH-PPH illustre parfaitement cette approche écosystémique.

Cette approche est renforcée par des droits (d’accompagnements, d’aménagements, d’accessibilité) qui ne sont attribués qu’à cette condition de pathologisation. Les conséquences concrètes d’une telle approche individuelle au détriment d’une approche écosystémique se manifestent au niveau de l’école. Une telle focalisation conforte des investissements (économiques et politiques) sur les problématiques individuelles (recherche, diagnostics,, traitements…) au détriment de l’amélioration des conditions environnementales (fonctionnement de l’école, nombre d’élèves par classe, formation des enseignants, présence d’accompagnants…) nécessaires et indispensables à faire fonctionner une école inclusive. Cette approche inscrit dans la paysage conceptuel et pragmatique que la solution est à chercher et trouver dans la « nature » de l’élève, et non dans le fonctionnement du système éducatif : si le problème vient de l’enfant, il n’y a pas lieu de modifier le système dans lequel ce problème apparait. La pathologisation de nombreuses difficultés est un leurre qui empêche toute évolution inclusive, et même de la penser. Au contraire, elle favorise une société d’exclusions, elle empêche l’inclusion.

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