Pathologisation et/ou inclusion ?
On assiste
actuellement à un double mouvement, dont les destinations semblent a priori
cohérentes, mais qui en définitive vont dans des directions opposées. Il va de
soi, comme une évidence sociale, étayée par les évolutions (nationales et
internationales) des droits, et le développement des libertés individuelles,
que la société dans son ensemble, l’école, l’espace public, la santé, le
travail, …, doit être ouverte aux différences, devenir (plus) inclusive, et par
conséquent changer, se modifier, s’adapter, pour être accessible à chacun et
chacune. Les discours politiques en particulier (en dehors de ceux crispés sur
un mythe de pureté raciale et/ou des refus de tout ce qui est étranger) se font
fort de développer des perspectives humanistes universelles, quitte parfois
d’ailleurs à agir à rebours de ce qu’ils promeuvent.
Mais
parallèlement, à l’appui de certaines découvertes scientifiques (dans
lesquelles les neurosciences ou les sciences cognitives ont une part
importante), et dans une espèces d’idéologie hégémonique promouvant la personne
dans sa singularité comme maitre d’œuvre de sa vie, la focale d’explications
des situations individuelles vécues, par les personnes handicapées comme par
tout le monde, majore l’importance des facteurs individuels et personnels. Les
difficultés proviennent de la personne. C’est dans ce cadre qu’ont surgi les
pathologisations de plus en plus nombreuses de difficultés rencontrées par des
enfants, en particulier dans le parcours des apprentissages scolaires, mais
également dans la vie quotidienne familiale ou dans les relations.
Objectivation de la pathologisation ou pas, la question ne sera pas posée dans
cet article : il y a certainement des éléments biologiques, neurologiques,
physiologiques… dans ces difficultés.
Le principal
problème est que la focalisation sur ces éléments, caractérisés comme
pathologies par la « science médicale » empêche de chercher et de
voir le système global dans lequel s’inscrivent les difficultés rencontrées.
Car la pathologie et la pathologisation renvoient le problème sur l’individu
concerné et nullement sur les environnements, passés et présents, qui ont
contribué à produire des situations de difficultés dans tel ou tel domaine de
la vie humaine (école, loisirs, relations, vie quotidienne…). L’individualisation
de la cause et l’attribution des difficultés aux caractéristiques de l’élève
par l’étiquette (le diagnostic) de trouble opère un retour conceptuel vers des
conceptions caractérisées comme individuelles et biomédicales, pourtant remises
en causes par les approches écosystémiques qui considèrent le développement
humain comme le produit d’une interaction entre des caractéristiques
individuelles (qu’on pourrait certes nommer troubles) et les caractéristiques
environnementales dans lesquelles se réalise la vie de la personne. Le MDH-PPH
illustre parfaitement cette approche écosystémique.
Cette approche est
renforcée par des droits (d’accompagnements, d’aménagements, d’accessibilité) qui
ne sont attribués qu’à cette condition de pathologisation. Les conséquences
concrètes d’une telle approche individuelle au détriment d’une approche
écosystémique se manifestent au niveau de l’école. Une telle focalisation conforte
des investissements (économiques et politiques) sur les problématiques
individuelles (recherche, diagnostics,, traitements…) au détriment de
l’amélioration des conditions environnementales (fonctionnement de l’école,
nombre d’élèves par classe, formation des enseignants, présence d’accompagnants…)
nécessaires et indispensables à faire fonctionner une école inclusive. Cette
approche inscrit dans la paysage conceptuel et pragmatique que la solution est
à chercher et trouver dans la « nature » de l’élève, et non dans le
fonctionnement du système éducatif : si le problème vient de l’enfant, il
n’y a pas lieu de modifier le système dans lequel ce problème apparait. La
pathologisation de nombreuses difficultés est un leurre qui empêche toute
évolution inclusive, et même de la penser. Au contraire, elle favorise une
société d’exclusions, elle empêche l’inclusion.

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