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Président du Réseau Français sur le Processus de Production du Handicap (RFPPH) Formateur accrédité sur le modèle de développement humain-processus de production du handicap (MDH-PPH), et dans les domaine des droits et des politiques inclusives / administrateur organismes de formation et secteur médico-social / ancien cadre dans le secteur médico-social et formateur

jeudi 19 février 2026

l'autodétermination a ses limites

 L'autodétermination a ses limites

Les propos qui vont suivre vont certainement heurter certains lecteurs. Nous sommes tellement dans une évidence (mais l’évidence, faut-il le rappeler, aveugle) que les interrogations et les critiques sur une notion aussi partagée conduisent rapidement à disqualifier l’auteur et à le vouer aux sombres heures du passé ou aux gémonies du présent. L’autonomie et l’autodétermination ne sont pas des valeurs ou des concepts universels, dont l’expérience a toujours été et qu’il faudrait obtenir ou maitriser pour être pleinement humain. Ce sont deux notions qui sont devenues hégémoniques et incontournables dans le cadre d’une évolution et d’une construction sociales qui en ont fait des clés et des critères du développement humain et de la qualité de vie universelle. C’est l’individualisation de la problématique humaine, sur le plan philosophique, qui a porté à l’émergence et à la place importante de ces notions, en même temps par exemple que la notion de liberté individuelle.

L’autonomie et l’autodétermination n’ont pas toujours été des valeurs conditionnant la pleine et entière participation des personnes à la société dans laquelle elles vivaient. La participation prenait d’autres formes dans une société où les hiérarchies étaient marquées, où les communautés régissaient la vie ensemble, où les « classes » étaient fixes et reproductibles, etc. Non enviables sans doute à notre perception d’aujourd’hui. Mais il est également des situations où ces notions n’ont pas de légitimité aujourd’hui, dans certaines institutions présentes dans notre société contemporaine. Être un pratiquant d’une église, d’une religion, et plus encore explicitement d’une secte, exige de faire le deuil sur l’exercice d’une certaine autodétermination personnelle. Ce qui n’empêche pas (le cas de la secte est différent) d’avoir une bonne qualité de vie.

L’injonction à l’autonomie et à l’autodétermination se heurte aussi, en maintes circonstances, à des environnements qui objectivement y mettent des obstacles. Le caractère de plus en plus autoritaire et vertical de certaines démocraties, dont la nôtre, rend l’expression de l’autodétermination de plus en plus complexe et incertaine : réduction des libertés, surveillances diverses, répressions accrues, expressions limitées, assignations multipliées. C’est ainsi par exemple que l’expression écologiste, qui serait un exemple d’autodétermination quant à l’avenir de la planète et à son propre avenir, est traduite par la qualification d’écoterrorisme appelé à être réprimé. C’est ainsi aussi que le managements, dans les différentes formes et théories qu’il a prises et formulées, dissimule une relation de subordination (contrat de travail ou de sous-traitance) dans laquelle l’autonomie ne trouve guère de place, tout en  en prescrivant pour tous l’autonomie, la flexibilité, la réactivité, l’accomplissement personnel, le projet, comme valeurs de travail. C’est notre société, telle qu’elle fonctionne aujourd’hui, qui promeut des valeurs qu’elle fait apparaitre comme universelles et faisant partie de la nature humaine, tout en les bafouant en permanence.

Alors quelle place donner à l’autodétermination dans l’accompagnement médico-social ? Bien évidemment on ne peut pas ne pas soutenir l’autonomie et l’autodétermination des personnes accompagnées. C’est aujourd’hui, dans la société telle qu’elle fonctionne, une garantie de qualité de vie, de respect des personnes et d’accès à des droits. Mais il faut être bien conscient que l’exercice de l’autonomie et de l’autodétermination trouve ses limites dans le fonctionnement de la société qui les limite politiquement. La séduction que suscite aujourd’hui l’autodétermination est peut-être le signe d’une certaine dépolitisation de la production du handicap. Les situations de handicap sont produites dans et par l’interaction entre de caractéristiques de la personne et des caractéristiques de l’environnement dans lequel vit cette personne. Mobiliser les énergies des professionnels sur l’autonomie et l’autodétermination est certainement une bonne chose, mais évite ou empêche de questionner le fonctionnement social ou sociétal qui produit les situations de handicap et qui limite l’expression de l’autodétermination.

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