Inclusion : redonner du sens au(x) mot(s)
L’inclusion (le
fonctionnement inclusif de l’école et du système éducatif) est en panne, c’est
un fait. A la rentrée 2025, 42 000 enfants en situation de handicap se
retrouvent sans AESH, c’est-à-dire ne peuvent pas être élèves. Même si la
présence d’une AESH ne peut être une solution universelle et pérenne à
l’inclusion, il faut bien reconnaitre aujourd’hui que sans elles la
scolarisation n’est bien souvent pas possible (c’est d’ailleurs aussi le signe
de cette panne) ; faute d’inclusion, les listes d’attente vers des
établissements spécialisés sont sans fin, non que l’établissement spécialisé
soit une bonne solution, mais faute de mieux. D’autres nombreux faits attestent
de cette panne.
Et pourtant, les
discours politiques ou politico-administratifs de gestion du système éducatif
ou d’orientations nationales ne sont pas avares de cette perspective inclusive.
Tous les textes y font référence. Des dispositifs successifs s’empilent pour
favoriser la scolarisation des élèves en situation de handicap dans l’école
dite pour tous. Le tout récent texte sur le déploiement des PAS (Pôles d’appui
à la scolarité) s’inscrit bien dans ce paysage. Autant l’on pourrait se
satisfaire de cette volonté (velléité ?) politique d’avancer vers
l’inclusion, autant ce que l’on observe de la mise en œuvre fait en
douter : des ressources en baisse, des économies prioritaires, des
priorités autres que l’inclusion et l’éducation, des organisations et des choix
à rebours de l’égalité d’accueil de tous les élèves …
Parmi les
multiples raisons qui expliquent cette panne, dûment renseignées par nombre de
recherches en France, il en est une qui mériterait d’être approfondie. C’est
l’écart entre le réel et les mots pour le dire. Le réel, c’est la non
inclusion, l’exclusion, le manque de places, la ségrégation, la discrimination,
l’absence de scolarisation ou la scolarisation partielle de nombreux enfants en
situation de handicap. Or, on nous dit, sur la base de ces dispositifs et de
quelques maigres évolutions inclusives : notre école est (quasiment)
inclusive. Quels effets ont ces discours, pour leurs locuteurs et ceux et
celles qui les écoutent ? Les fonctions ou les effet de ces discours ont
comme résultat de masquer le réel, de le nier même, dans un phénomène analogue
à ce qu’on appelle aujourd’hui la « post-vérité ». L’inclusion
n’existe pas dans les faits, on va quand même appeler inclusion ce qui existe.
Toutes les petites évolutions, accroissement de la scolarisation en raison d’un
élargissement des catégories de handicap, dispositifs d’externalisation des
établissements spécialisés, collaboration éducation nationale et médico-social,
etc, sont nommées sous le concept d’inclusion, quand dans le réel, elles sont
éloignées d’un fonctionnement inclusif. Ce sont des dispositifs atténuant parfois
la ségrégation, mais non inclusifs.
Présentée et
conçue ainsi, l’inclusion ne peut progresser et restera en panne, puisqu’un
réel non inclusif est déjà nommé inclusion. C’est ainsi qu’une vérité
discursive inclusive désigne un réel non inclusif. Il semble que ce soit
aujourd’hui une tendance forte que de nier le réel en lui attribuant des mots
qui font croire qu’il n’y a pas d’écart entre le réel et le discours, qui a
pour vocation explicite de cacher et nier le réel. Le mensonge est délibéré :
« les yeux dans les yeux, je vous affirme que …. ». Cela évoque
fortement la novlangue de 1984 de George Orwell : « la liberté
c’est l’esclavage. C’est aussi ce que met en avant, dans le domaine politique,
un récent ouvrage (Logocratie, 2025), du politiste Clément Viktorovitch :
comment le langage aujourd’hui se fonde sur la déloyauté, comment la
communication dit ce qui est faux et tait ce qui est vrai.
Alors, cessons de
mentir sur l’inclusion, d’utiliser ce terme pour désigner ce qui n’en est pas.
La réalité aujourd’hui n’est pas inclusive, il faut pouvoir la dire, la
regarder, en analyser les failles et les leviers, pour enfin prendre en compte
ce qu’il y a lieu de faire. Ressaisissons-nous du véritable sens du mot, pour
agir dans cette perspective.



