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Président du Réseau Français sur le Processus de Production du Handicap (RFPPH) Formateur accrédité sur le modèle de développement humain-processus de production du handicap (MDH-PPH), et dans les domaine des droits et des politiques inclusives / administrateur organismes de formation et secteur médico-social / ancien cadre dans le secteur médico-social et formateur

mercredi 7 janvier 2026

inclusion : redonner du sens au(x) mot(s)

Inclusion : redonner du sens au(x) mot(s)

L’inclusion (le fonctionnement inclusif de l’école et du système éducatif) est en panne, c’est un fait. A la rentrée 2025, 42 000 enfants en situation de handicap se retrouvent sans AESH, c’est-à-dire ne peuvent pas être élèves. Même si la présence d’une AESH ne peut être une solution universelle et pérenne à l’inclusion, il faut bien reconnaitre aujourd’hui que sans elles la scolarisation n’est bien souvent pas possible (c’est d’ailleurs aussi le signe de cette panne) ; faute d’inclusion, les listes d’attente vers des établissements spécialisés sont sans fin, non que l’établissement spécialisé soit une bonne solution, mais faute de mieux. D’autres nombreux faits attestent de cette panne.

Et pourtant, les discours politiques ou politico-administratifs de gestion du système éducatif ou d’orientations nationales ne sont pas avares de cette perspective inclusive. Tous les textes y font référence. Des dispositifs successifs s’empilent pour favoriser la scolarisation des élèves en situation de handicap dans l’école dite pour tous. Le tout récent texte sur le déploiement des PAS (Pôles d’appui à la scolarité) s’inscrit bien dans ce paysage. Autant l’on pourrait se satisfaire de cette volonté (velléité ?) politique d’avancer vers l’inclusion, autant ce que l’on observe de la mise en œuvre fait en douter : des ressources en baisse, des économies prioritaires, des priorités autres que l’inclusion et l’éducation, des organisations et des choix à rebours de l’égalité d’accueil de tous les élèves …

Parmi les multiples raisons qui expliquent cette panne, dûment renseignées par nombre de recherches en France, il en est une qui mériterait d’être approfondie. C’est l’écart entre le réel et les mots pour le dire. Le réel, c’est la non inclusion, l’exclusion, le manque de places, la ségrégation, la discrimination, l’absence de scolarisation ou la scolarisation partielle de nombreux enfants en situation de handicap. Or, on nous dit, sur la base de ces dispositifs et de quelques maigres évolutions inclusives : notre école est (quasiment) inclusive. Quels effets ont ces discours, pour leurs locuteurs et ceux et celles qui les écoutent ? Les fonctions ou les effet de ces discours ont comme résultat de masquer le réel, de le nier même, dans un phénomène analogue à ce qu’on appelle aujourd’hui la « post-vérité ». L’inclusion n’existe pas dans les faits, on va quand même appeler inclusion ce qui existe. Toutes les petites évolutions, accroissement de la scolarisation en raison d’un élargissement des catégories de handicap, dispositifs d’externalisation des établissements spécialisés, collaboration éducation nationale et médico-social, etc, sont nommées sous le concept d’inclusion, quand dans le réel, elles sont éloignées d’un fonctionnement inclusif. Ce sont des dispositifs atténuant parfois la ségrégation, mais non inclusifs.

Présentée et conçue ainsi, l’inclusion ne peut progresser et restera en panne, puisqu’un réel non inclusif est déjà nommé inclusion. C’est ainsi qu’une vérité discursive inclusive désigne un réel non inclusif. Il semble que ce soit aujourd’hui une tendance forte que de nier le réel en lui attribuant des mots qui font croire qu’il n’y a pas d’écart entre le réel et le discours, qui a pour vocation explicite de cacher et nier le réel. Le mensonge est délibéré : « les yeux dans les yeux, je vous affirme que …. ». Cela évoque fortement la novlangue de 1984 de George Orwell : « la liberté c’est l’esclavage. C’est aussi ce que met en avant, dans le domaine politique, un récent ouvrage (Logocratie, 2025), du politiste Clément Viktorovitch : comment le langage aujourd’hui se fonde sur la déloyauté, comment la communication dit ce qui est faux et tait ce qui est vrai.

Alors, cessons de mentir sur l’inclusion, d’utiliser ce terme pour désigner ce qui n’en est pas. La réalité aujourd’hui n’est pas inclusive, il faut pouvoir la dire, la regarder, en analyser les failles et les leviers, pour enfin prendre en compte ce qu’il y a lieu de faire. Ressaisissons-nous du véritable sens du mot, pour agir dans cette perspective.

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