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Président du Réseau Français sur le Processus de Production du Handicap (RFPPH) Formateur accrédité sur le modèle de développement humain-processus de production du handicap (MDH-PPH), et dans les domaine des droits et des politiques inclusives / administrateur organismes de formation et secteur médico-social / ancien cadre dans le secteur médico-social et formateur

vendredi 10 avril 2026

de qui l'inclusion est-elle l'affaire ?

De qui l'inclusion est-elle l'affaire ?

Il n’y a aucun doute là-dessus : la perspective inclusive pour les personnes en situation de handicap apparait partagée par tous, ou presque. Certains discours politiques, plutôt du côté de l’extrême droite, ont tenté de délégitimer cette perspective. Dans la réalité sociale, on assiste à des discrimination encore bien fréquentes (voir les rapports successifs de la CNCDH : Commission nationale consultative des droits de l’homme) : refus d’école, rejet des travailleurs handicapés, défauts manifestes d’accessibilité, refus d’animaux aidants…Mais pour le reste, s’engage-t-on vraiment dans des perspectives inclusives ?

Certains éléments laisseraient penser que les politiques publiques ne s’appuient que, mais avec insistance, sur le secteur médico-social pour développer l’inclusion. Il est indéniable que le secteur, qui était éloigné encore il y a peu de temps d’une philosophie inclusive, a été incité à « changer », et s’est modifié structurellement. Les lois de 2002 et de 2005 y ont largement contribué. Les injonctions réglementaires (projet personnalisé, CVS, évaluations, droits à compensation…) les préconisations (bonnes pratiques, projets des personnes, autodétermination…) ont contribué à des changements de pratiques professionnelles, gestionnaires et organisationnelles, non sans parfois des incitations managériales ou de contrôle abusives. Mais l’inclusion n’avançait que peu pour autant. Les incitations les plus récentes, dans la même ligne, portent aujourd’hui sur les modifications des offres de service, avec le postulat que les nouvelles organisations d’une part changeront concrètement les conditions de vie des personnes concernées dans le sens du respect de leurs droits, et d’autre part qu’elles favoriseront l’émergence d’une société plus inclusive.

Il est étonnant que, dans une pensée éco-systémique revendiquée, les politiques publiques ne s’attachent qu’au changement du secteur médico-social, sans questionner les changements de la société dans laquelle s’inscrit la perspective inclusive. Comme si les seuls changements du secteur médico-social (la « disparition » du spécialisé) suffisait à rendre la société inclusive. Car la société en question manifeste quand même quelques tendances inquiétantes contraires à la pensée inclusive.

Dans le discours et le texte sociétal, la complaisance avec laquelle les pouvoirs politiques et médiatiques regardent ou confortent le repliement sur des valeurs d’exclusion et de rejet des différences (de « race », de religion, de genre, de pensée, de choix politiques….) conduit à s’interroger sur les possibilités de la société d’être ouverte aux personnes différentes (handicapées, migrantes, vulnérables, « qui ne sont rien ! »). Sur le plan des organisations, comment l’école, qui depuis quelques années exacerbe la compétition et la concurrence et sélectionne ses populations, à l’appui d’évaluations précoces et permanentes et de contraintes d’orientation, peut-elle scolariser dans de bonnes conditions, d’accueil et d’apprentissage, des élèves qui ne répondent pas « comme il faut » à ces conditions de normes imposées et de compétition ? Comment les conditions de travail offertes aujourd’hui aux salariés (compétition, individualisation, performance, rentabilité, vitesse, flexibilité, adaptation…), qui génèrent chez beaucoup stress et souffrances, peuvent-elles inclure des personnes éloignées (il n’y pas là en l’occurrence que des personnes handicapées concernées !) des conditions imposées dans l’emploi ? Comment l’habitat peut-il être inclusif quand les exigences d’accessibilité diminuent au fil des années ?

La responsabilité unique du secteur médico-social dans le développement de la société inclusive est un leurre, qui laisse penser à une préoccupation inclusive, tout en laissant en place les conditions sociétales et environnementales qui y font obstacle. Une société qui encourage les inégalités, les injustices, le mépris des autres, le repli sur soi et ses privilèges, le rejet du différent, l’exacerbation de la compétition, une telle société ne peut pas être inclusive, en dépit des toutes les évolutions des offres de service du secteur médico-social.

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mardi 31 mars 2026

pourquoi les structures spécialisées perdurent-elles ?

Pourquoi les structures spécialisées perdurent-elles ?

Vingt ans après la loi française de 2005 et la convention des Nations Unies sur les droits des personnes handicapées, les établissements spécialisés sont quasiment aussi nombreux. Ils ont certes modifié leurs organisations, et actuellement un gros effort est fait pour modifier les offres de services dans la perspective d’une meilleure inclusion. Il n’empêche : la société inclusive, celle qui ne discrimine pas, celle qui ne ségrégue pas une population avec des caractéristiques spécifiques dans des dispositifs particuliers, cette société n’est pas encore là. Et les structures spécialisées, des instituts médico-éducatifs aux ESAT, sont, elles, bien présentes dans le paysage de l’accompagnement des personnes en situation de handicap.

jeudi 26 mars 2026

les experts ... et les autres

Les experts ... et les autres

Si l’on porte un certain regard, critique, sur le fonctionnement sociétal, en particulier sur le plan politico-économique, et spécifiquement dans les politiques publiques, il y a un fait marquant. Le monde apparait divisé entre ceux qui savent, décident, pensent, enjoignent, orientent, dirigent, possèdent la vérité, en quelque sorte des « experts », et … les autres. Les experts sont de toutes natures : hommes et femmes politiques au pouvoir, économistes patentés, journalisteS et chroniqueurs, élites intellectuelles, etc. Ils se sont répandus dans toutes les strates des organisations : les directions bien entendu, mais aussi les responsables qualité, développement, ressources humaines, les managers de toutes sortes (il y a même des happiness managers !), des coachs, des think tank et des cabinets de conseil … C’est le domaine du statut de l’expertise, qui nimbe de la possession d’un pouvoir les personnes qui en sont dotées.

lundi 16 mars 2026

Les obstacles à la scolarisation inclusive

 Les obstacles à la scolarisation inclusive

Intervention en table ronde, le 3 décembre 2025, Paris, CNAM

Journée de Trisomie 21 France Scolarisation des enfants avec trouble du développement intellectuel : débattons et agissons ensemble

Le texte ci-dessous est le développement de cette intervention

Je me contenterai ici de pointer et d’identifier quelques obstacles à la mise en place ou au développement de la scolarisation inclusive, qui pourraient être autant de leviers sur lesquels et avec lesquels agir pour faire progresser la situation.

La première observation que l’on peut faire, c’est qu’il y a un écart frappant entre la réalité du phénomène inclusif à l’école et le discours qui est tenu sur l’école inclusive. La réalité c’est quoi : des enfants handicapés non admis à l’école, des moyens et des ressources qui ne suivent pas de la part de l’administration scolaire, un manque flagrant d’AESH dans les conditions d’accueil d’aujourd’hui, des dispositifs collectifs qui peinent à s’installer dans les établissements scolaires, des discours non inclusifs de la part de nombreux professionnels, etc… On pourrait en allonger la liste indéfiniment. Concernant cette réalité, concrètement vécue par nombre de familles et d’enfants, il y a un discours qu’on pourrait croire naïvement optimiste, mais plutôt réellement mensonger.

lundi 9 mars 2026

les exclus de l'intérieur

 Les "exclus de l'intérieur"

Je reprends ici le titre d’un article de Pierre Bourdieu et Patrick Champagne, publié dans l’ouvrage dirigé par le premier, La misère du monde (Editions du Seuil, 1993). L’article (p.913-923) ne porte pas sur les élèves en situation de handicap, mais sur l’organisation du système éducatif qui s’est massifié à partir des années 1950, et la répartition des élèves dans les différentes filières du système, et en particulier sur les affectations des élèves issus des milieux populaires. La « démocratisation » du système restait un leurre : elle a bien mis les ex-exclus du système à l’intérieur du système, mais en les marginalisant dans la distribution des filières. La diversification des filières dans une forme d’exclusion à l’intérieur du système s’est traduite de différentes façons : hiérarchisation des établissements scolaires, filières administratives, mais aussi institution des classes de transition ou des SEGPA. « L’école exclut comme toujours, écrivent les auteurs, mais elle exclut désormais de manière continue, à tous les niveaux de cursus, et elle garde en son sein ceux qu’elle exclut, se contentant de les reléguer dans des filières plus ou moins dévalorisées » (p.921). Sous couvert de démocratisation de l’école, il y a bien relégation de populations scolaires dans certaines filières, ce qui constitue ce qu’ils appellent une exclusion de l’intérieur.

lundi 2 mars 2026

Lecture : Neurosciences un discours néolibéral, de F Gonon

Neurosciences un discours néolibéral - Psychiatrie, éducation, inégalités

de François GONON, Champ social, 2024

 

Il est habituel et banal de considérer que dès lors qu’il s’agit de neurosciences et de ses différents domaines ou applications, il s’agit de vérité scientifique, puisqu’il s’agit de sciences, et que les sciences dites dures seraient fiables. C’est sans doute une des raisons pour lesquelles les neurosciences ont pris une très grande place depuis deux ou trois décennies, voire sont devenues hégémoniques dans certains domaines. Cela laisse penser aussi que les connaissances et la vérité progressent amplement. Gageons que cet ouvrage n’aura pas le succès éditorial que connaissent la plupart des livres traitant des promesses, souvent mirifiques, sur les avancées des neurosciences dans les diagnostics et les traitements dans divers domaines comme la psychiatrie, bien sûr, mais aussi l’éducation et l’école, et également les situations d’inégalités. Cet ouvrage s’inscrit en effet à contre-courant de la complaisance publique et de la fascination qui s’expriment pour les neurosciences. Il s’agit d’une critique non pas d’un point de vue « anti-scientiste » ou « anti-changement », ou encore « anti-progrès », mais d’une critique  d’un point de vue scientifique et épistémologique, s’appuyant sur une analyse de fond en comble d’articles, d’ouvrages et de publications relatant des expériences, des recherches, et des analyses relatives aux travaux effectués dans plusieurs des domaines des neurosciences.

jeudi 19 février 2026

l'autodétermination a ses limites

 L'autodétermination a ses limites

Les propos qui vont suivre vont certainement heurter certains lecteurs. Nous sommes tellement dans une évidence (mais l’évidence, faut-il le rappeler, aveugle) que les interrogations et les critiques sur une notion aussi partagée conduisent rapidement à disqualifier l’auteur et à le vouer aux sombres heures du passé ou aux gémonies du présent. L’autonomie et l’autodétermination ne sont pas des valeurs ou des concepts universels, dont l’expérience a toujours été et qu’il faudrait obtenir ou maitriser pour être pleinement humain. Ce sont deux notions qui sont devenues hégémoniques et incontournables dans le cadre d’une évolution et d’une construction sociales qui en ont fait des clés et des critères du développement humain et de la qualité de vie universelle. C’est l’individualisation de la problématique humaine, sur le plan philosophique, qui a porté à l’émergence et à la place importante de ces notions, en même temps par exemple que la notion de liberté individuelle.

mardi 20 janvier 2026

une participation amputée

Une participation amputée

La « participation » des personnes dites handicapées n’est pas toujours allée de soi. Elle a commencé à s’exercer au titre de la participation en tant qu’usagers des institutions sociales et médico-sociales. Elle est tout à fait symbolique d’une place nouvellement acquise, ou plutôt en cours d’acquisition dans les configurations sociales et dans les politiques publiques. La loi du 2 janvier 2002 en a été une pierre de touche. Entre organisation de et injonction à la participation, différents outils sont institués dans les établissements et services : conseil de la vie sociale, groupes d’expression, projet personnalisé d’accompagnement, enquête de satisfaction, évaluations… Bien évidemment, tout en ayant fait évoluer à l’interne bien des organisations et des postures, ces dispositifs ont vite trouvé leurs limites, dans la définition même de la participation : il s’agit en tout premier lieu de la mise en œuvre, à l’intérieur des institutions et des services, de droits minimaux, nécessaires et urgents au regard des fonctionnements en usage. Mais pas de participation à la « vraie vie ». C’est dire qu’on est là bien loin des préoccupations de participation sociale et de l’enjeu de citoyenneté.

mardi 13 janvier 2026

autodétermination et dé-cohésion sociale

Autodétermination et dé-cohésion sociale

La Direction Générale de la Cohésion Sociale lance un projet pour soutenir l’autodétermination des personnes handicapées. La perspective est de transformer les pratiques professionnelles, améliorer la mobilité et optimiser les ressources numériques (Post du 17 novembre 2025). Bravo ! L’autodétermination est en effet une posture, un comportement, une attitude, une manière d’être et d’agir, dont ont été privés pendant longtemps les personnes dites handicapées, et qui est aujourd’hui mise en avant, avec raison, pour accéder à l’égalité des droits des personnes concernées. Le projet adhère parfaitement au discours public qui est tenu sur les personnes handicapées. Discours tenu également sur le même registre pour les personnes en situation de vulnérabilité. L’autodétermination, l’empowerment, la participation, l’égalité des droits et des chances, la citoyenneté, sont des thématiques auxquelles les politiques publiques semblent attachées et promouvoir. C’est finalement le titre de la direction générale qui s’engage dans le projet : la cohésion sociale.

mercredi 7 janvier 2026

inclusion : redonner du sens au(x) mot(s)

Inclusion : redonner du sens au(x) mot(s)

L’inclusion (le fonctionnement inclusif de l’école et du système éducatif) est en panne, c’est un fait. A la rentrée 2025, 42 000 enfants en situation de handicap se retrouvent sans AESH, c’est-à-dire ne peuvent pas être élèves. Même si la présence d’une AESH ne peut être une solution universelle et pérenne à l’inclusion, il faut bien reconnaitre aujourd’hui que sans elles la scolarisation n’est bien souvent pas possible (c’est d’ailleurs aussi le signe de cette panne) ; faute d’inclusion, les listes d’attente vers des établissements spécialisés sont sans fin, non que l’établissement spécialisé soit une bonne solution, mais faute de mieux. D’autres nombreux faits attestent de cette panne.