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Président du Réseau Français sur le Processus de Production du Handicap (RFPPH) Formateur accrédité sur le modèle de développement humain-processus de production du handicap (MDH-PPH), et dans les domaine des droits et des politiques inclusives / administrateur organismes de formation et secteur médico-social / ancien cadre dans le secteur médico-social et formateur

mercredi 23 septembre 2026

une société qui fabrique du handicap

Une société qui fabrique du handicap

Les choix politiques (économiques, organisationnels, réglementaires…) que fait la société ont bien évidemment des conséquences sur la vie quotidienne des gens et leurs habitudes de vie. On peut donc raisonnablement penser que les dégradations des conditions de vie des plus vulnérables, aujourd’hui, sont les conséquences de choix politiques. Prenons un simple exemple dans le champ du handicap. Soit un enfant handicapé avec une mère seule (c’est beaucoup plus fréquent qu’un père seul). L’enfant a un statut d’enfant handicapé, et à ce titre il bénéficie (sa mère) de certaines aides (AEEH, orientation, aides à l’école…). Les problèmes ne sont pas résolus pour autant. En raison de sa situation et de celle de sa mère, il existe de nombreuses contraintes que la mère doit assurer et assumer : rendez-vous médicaux, fatigue, exclusion de l’école en l’absence d’AESH, contraintes éventuelles par rapport aux horaires de travail, préoccupation incessante de suivi (renouvellement de dossiers, démarches administratives…).

Le contexte de handicap ainsi s’aggrave, s’inscrivant au quotidien dans les difficultés du fonctionnement familial. Ce contexte ne tombe pas du ciel, il n’est pas dû aux caractéristiques de l’enfant, mais aux conditions économiques et sociales qui existent autour de l’éducation d’un enfant handicapé. Si … les dossiers à renouveler étaient moins compliqués, si le service public n’était pas numérisé à tout va, sans interlocuteurs, si l’inclusion à l’école était favorisée par la formation des enseignants ou la présence d’AESH, si les conditions de travail étaient plus souples, si …, les situations de handicap seraient diminuées ou amoindries, et la vie de la mère serait plus facile. Les défaillances de ces nombreux « si … » sont des choix politiques de priorités du fonctionnement de l’Etat, de délaissement des plus vulnérables et des plus fragiles, quand ce n’est pas cyniquement des économies au profit des plus aisés. C’est donc bien la société et ses choix qui fabriquent les contextes dans lesquels s’expriment des situations de handicap. Les quelques parents qui créent et animent une association venant en aide à leur enfant handicap, puis à d’autres, toujours héroïsés par les média, ne doivent pas cacher l’immense « sur-handicap » des autres.

La comparaison avec la manière dont le Politique fabrique de la pauvreté et des pauvres, beaucoup plus documentée, est éclairante : ce sont des politiques nettement défavorables à ceux qui sont déjà vulnérables, et en vulnérabilisant d’autres, qui fabriquent la pauvreté : politique du logement et croissance du sans-abrisme, baisse des aides pour les sans emploi et les chômeurs, chasse aux migrants, dégradation de la condition étudiante, pénalisation des personnes avec troubles psychiques, etc. Les fragilités des personnes sont certes des caractéristiques personnelles (histoire familiale et de vie, milieu social…), mais nombre d’entre elles sont renforcées ou produites par le système social et économique dans lequel évolue la personne. Personne ne choisit d’être pauvre, c’est la société qui par ses choix assigne à la pauvreté. Les vulnérabilités, et celle qui se manifeste par la pauvreté, sont l’effet de choix politiques qui produisent (délibérément) des inégalités, des injustices, de l’extrême pauvreté, de la misère, de l’exclusion.

Différents textes de loi et réglementations ont coup su coup et de manière de plus en plus accentuée réduit les aides aux plus vulnérables sous le double prétexte de faire faire des économies à l’Etat (alors que d’autres postes budgétaires sont grassement pourvus) et d’éviter l’assistanat (argument idéologique sans valeur de réel). La baisse du RSA en est emblématique. En France, il n’a pas encore été question  d’appliquer ces baisses draconiennes aux personnes handicapées, même si quelques avantages ont déjà été rognés (accessibilité des logements, déremboursements…). Mais il n’est pas du tout invraisemblable que cela advienne : déjà, en Grande-Bretagne, les aides spécifiques aux personnes handicapées ont été rognées, à l’appui des mêmes arguments de coût et de risque d’assistanat (comme si la baisse des aides allait créer des emplois pour les personnes handicapées !).

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