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Président du Réseau Français sur le Processus de Production du Handicap (RFPPH) Formateur accrédité sur le modèle de développement humain-processus de production du handicap (MDH-PPH), et dans les domaine des droits et des politiques inclusives / administrateur organismes de formation et secteur médico-social / ancien cadre dans le secteur médico-social et formateur

jeudi 10 septembre 2026

école : des choix de différences

Ecole : des choix de différences

L’école, dit-on, ne reconnait pas les différences, en particulier lorsqu’il s’agit d’élèves en situation de handicap. Ou plutôt elle les reconnait bien, mais pour affirmer qu’elles trop importantes, et que c’est là une raison pour exclure ces élèves et les orienter vers des organisations « faites pour eux », et séparées des organisations dites ordinaires, où il n’y aurait pas « d’enfants différents ». Il est vrai que, lorsqu’il s’agit d’adapter les pratiques pédagogiques (modalités d’apprentissage, rythmes, contenus, démarches, attitudes…) à des enfants dont les caractéristiques sont quelque peu éloignées d’une norme idéal-typique d’élève, la prise en compte des différences est difficile, et rencontre la résistance de nombre d’enseignants. C’est le cas dans la situation de scolarisation des élèves en situation de handicap : les différences seraient trop grandes. Mais différences par rapport à quoi, à qui ? Cela mériterait d’être interrogé.

Car l’école reconnait paradoxalement d’autres différences, qu’elle les produise ou les conforte. Elle différencie par exemple les bons et les mauvais élèves, elle « voit » les uns et les autres de manière différente. Pourquoi les différences qui concernent les élèves en situation de handicap, ne pourraient-elles pas être prises en compte, alors que d’autres différences sont instituées et sont des critères de fonctionnement des systèmes organisationnels et pédagogiques de l’institution scolaire ? Car, il est des différences que le système éducatif reconnait, qu’il institue même, et qu’il instrumentalise au profit des objectifs qu’il se donne comme institution de la reproduction sociale et de la sélection. L’école différencie de l’élève moyen idéal-typique les élèves qui rencontrent des difficultés et qu’elle délaisse ou met en échec ; l’école différencie les élèves qui feront des études de ceux qui seront orientés précocement ; elle différencie les non racisés des racisés qu’elle stigmatise ; le système éducatif différencie les enfants selon leur classe sociale d’appartenance en instituant des « filières », celle de l’enseignement privé et celle de l’enseignement public. La question n’est par conséquent pas celle de la reconnaissance de différences, mais celle de leur instrumentalisation, favorisant les objectifs, explicites ou implicites, du système, et instituant des hiérarchies entre les élèves selon leurs caractéristiques.

Ces hiérarchies sont déjà bien présentes dans le fonctionnement actuel de l’école, dans la tradition scolaire d’un enseignement frontal à des classes que l’on cherche le plus homogènes possible (le retour des classes de niveaux). Les différences, et en particulier les différences de niveau, sont caractérisées par le système en termes de hiérarchies. L’orientation scolaire, les filières, les choix d’établissement scolaire, qui sont des différenciations réelles, sont les effets d’une école soi-disant indifférenciée mais qui pratique une différenciation choisie. Les standards de l’enseignement produisent de la différence hiérarchique. Avoir une classe homogène exclut les élèves qui ne sont pas dans cette homogénéité. Voilà un dispositif systémique de différenciation, entre ceux qui adhèrent au fonctionnement scolaire et en donnent les preuves par leur réussite, et ceux qui n’entrent pas dans cette norme, ce qui se manifeste par des difficultés ou un échec scolaire (qui va même devenir parfois le signe d’une pathologie). Des modalités d’enseignement (et leur corollaire, les modalités d’apprentissage des élèves) uniformes excluent ceux qui auraient besoin de davantage de temps, d’une autre approche ou présentation, d’autres modalités cognitives ou langagières, etc.

Tant que les notions de différences et de différenciation ne seront pas explicitées et réfléchies dans les pratiques pédagogiques, l’injonction à la différenciation pour développer une école inclusive tourne à vide. Les différenciations systémiques qui existent déjà dans les finalités de l’école expliquent peut-être la résistance à une véritable, et autre, différenciation, qui rendrait accessible l’enseignement à tous, et qui se heurte par conséquent aux dispositifs systémiques de différenciation, non nommés, mis en place dans l’école.

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