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Formateur certifié sur le Processus de Production du Handicap (PPH) au sein du Réseau International du PPH
Conférencier : école inclusive, scolarisation des élèves sourds et handicapés, approches conceptuelles du handicap
Administrateur d'une association régionale de formation en travail social
Carrière professionnelle :
J'ai d'abord exercé comme enseignant spécialisé auprès de jeunes sourds. J'ai ensuite exercé différentes missions d'encadrement dans des établissements et services du secteur médico-social. Parallèlement, j'ai été formateur dans différents organismes. J'ai publié de nombreux articles dans des revues professionnelles, et un ouvrage aux éditions l'Harmattan en 2004.
Je suis en retraite depuis l'été 2016.

lundi 10 décembre 2018

un projet médico-social imposé

Un projet médico-social imposé


Aujourd’hui, réglementairement et idéologiquement, c’est à l’usager, ou à ses parents s’il est mineur, de déterminer ses besoins, ses attentes et son projet (de vie, de travail, de scolarisation…). Le secteur médico-social a parfois du mal à se défaire des habitudes anciennes de sa toute puissance sur les usagers, et de l’imposition de procédures et de prises en charge définies a priori par l’institution ou par les professionnels de l’institution.

La situation des enfants sourds (mais c’est vrai aussi des enfants aveugles, et plus généralement, même si la problématique évoquée ci-dessous est moins visible, des autres enfants handicapés) est exemplaire à cet égard. Dans le paysage médico-social, ces établissements spécialisés sont souvent les seuls, en certains endroits, à pourvoir à la scolarisation des jeunes sourds, l’Education nationale n’y ayant historiquement pas pourvu. Les parents s’adressent à l’établissement médico-social pour des choses relativement simples : ils viennent avant tout pour que leur enfant soit scolarisé de la manière la plus efficiente et la plus adaptée, ce que savent faire ces établissements. Ils viennent aussi parfois pour bénéficier d’une modalité langagière spécifique (la langue des signes ou la langue française parlée complétée) dans la scolarisation de leur enfant. Ils viennent aussi pour bénéficier, sur le temps d’accompagnement, d’orthophonie, afin que leur enfant puisse développer sa langue orale.

Mais à l’arrivée à l’établissement, ce n’est pas ainsi que les choses se passent. En tant qu’établissement médico-social, les prestations ne correspondant pas à cette seule demande ; il a des ressources pour répondre à un projet pédagogique, éducatif et thérapeutique, même si les parents n’en demandaient pas tant. Il ne peut pas être conçu, ni pour l’institution ni pour ses professionnels, que le projet parental ne puisse être que scolaire : l’usager, par définition, ne peut être réduit à son droit d’être élève. Il faut y adjoindre un projet éducatif et un projet thérapeutique, non pas au regard des besoins de l’usager ou de la demande de la famille, mais au regard du fonctionnement de l’institution.

Et si par hasard, les parents maintiennent leur projet initial, s’ils veulent considérer leur enfant comme un élève (sourd), et non comme un usager déficient auditif (également élève) d’un établissement ou d’un service du secteur médico-social, s’ils persistent à faire valoir le droit de leur enfant d’être d’abord un élève comme tous les enfants de son âge, ils ont tort au regard des missions de l’établissement et des a priori sur les besoins des enfants de la part des professionnels.

Toutes les ressources de l’établissement médico-social seront mises à contribution pour que les parents adhèrent au projet de l’institution, ou plutôt pour que les parents s’y soumettent, par le jeu de règlements, de procédures, de contrats de séjour, et d’interventions imposées : visite médicale d’entrée, évaluation psychométrique et suivi psychologique à la moindre « déviance », et même projet d’accompagnement, sans compter la pédagogie et l’éducation spécialisées.

On est bien loin de la demande, somme toute banale, de parents venant faire part du droit de leur enfant à être scolarisé avec des moyens à lui adaptés. Cette demande est, au mieux, transmutée en une demande de « prise en charge » qui rappelle les fonctionnements d’antan. Elle est, au pire, désavouée en termes d’«incompétences » des parents à ne « vouloir que du  scolaire », alors que « la déficience exige qu’on ait une réponse globale », prétexte à l’imposition d’un projet hétéronome à ces parents.

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