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ancien cadre dans le secteur médico-social et formateur, actuellement formateur accrédité sur le modèle de développement humain-processus de production du handicap, et dans les domaine des droits et des politiques inclusives

lundi 30 mars 2020

intégration et inclusion (encore)

Intégration et inclusion (encore)


Il semble aller de soi aujourd’hui que les deux notions d’intégration et d’inclusion ne renvoient ni au même paradigme, ni à la même réalité. En ce qui concerne le niveau du paradigme, depuis quelques années, les définitions se sont effectivement affinées et précisées : non il ne s’agit pas du même modèle. L’intégration est l’ancien paradigme selon lequel une personne devait ressembler à la majorité pour accéder aux « biens communs », les autres étant laissés dans des dispositifs particuliers en dehors du système destiné à tous. L’inclusion est le nouveau paradigme selon lequel c’est au système des « biens communs » de mettre en place les conditions de son accessibilité, de se rendre accessible à tous, en tenant compte de la diversité et des différences.

Présentés ainsi, les modèles semblent simples à distinguer. Pourtant, lorsqu’il m’arrive d’intervenir sur ces modèles auprès de professionnels, j’ai régulièrement été interrogé sur la différence entre les modèles : certains persistent à ne voir dans ces changement qu’un changement de nom, sans changement de pratiques, sans changement de valeurs, de philosophie d’action. D’autres y voient aussi malheureusement un leurre permettant à bon compte de faire des économies, ou encore le dernier avatar de la tentation de libéralisation et de rationalisation de l’action sociale et médico-sociale.

Ces « résistances » témoignent en définitive que le modèle de l’inclusion n’est pas encore assimilé, qu’il ne constitue pas encore pour de nombreux professionnels un paradigme de pensée et d’action. Elles témoignent aussi que, dans le rapport aux personnes en situation de handicap, c’est encore trop souvent la norme qui prévaut pour attribuer le handicap à la personne qui manifeste une différence, et qui par conséquent conduit à valoriser le paradigme de l’intégration.

Même en présence d’un discours apparemment inclusif, c’est parfois l’intégration à la norme qui est sous-entendue et privilégiée. Dans le modèle inclusif, la pensée consiste en une approche écosystémique définissant la situation de handicap dans la vie sociale comme le résultat d’une interaction entre des facteurs personnels et des facteurs environnementaux, sur lesquels il y a lieu d’intervenir pour diminuer la situation de handicap et augmenter les situations de participation sociale dans les habitudes de vie. Mais bien souvent, le modèle défectologique (le handicap est dû à la déficience de la personne) surgit, et définit les interventions, en priorité, voire en exclusivité auprès de la personne.

La situation d’un jeune enfant sourd est exemplaire de cette alternative d’approche. Un petit enfant sourd ayant des parents sourds n’est pas en situation de handicap lorsqu’il est à la maison : les relations avec ses parents sont normales (en langue des signes), et son développement global est tout à fait analogue à celui d’autres enfants qui entendent. Il n’est en situation de handicap que dès lors qu’il sort de chez lui pour aller à la crèche, à l’école, etc. : là l’environnement met des obstacles à sa vie sociale en n’utilisant pas la langue (des signes) qui lui convient et lui est nécessaire. Une posture inclusive serait de tenir compte de cette différence pour mettre à sa disposition les outils nécessaires.

Mais, la plupart du temps, il est considéré que la surdité est une déficience, quasiment une maladie, qu’il faut soigner, et qu’elle a pour conséquence des incapacités (en particulier de langue orale qu’il faut tenter de réduire par des interventions spécialisées et rééducatives). Si l’on y parvient, on pourra avoir un projet d’intégration. On voit bien ici que le paradigme inclusif est bien éloigné des représentations et des interventions rééducatives et intégratives, directement inspirées du modèle intégratif.

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