Déficience, incomplétude, égalité
L’approche des situations de handicap par l’entrée première et principale de la déficience et des incapacités qui en seraient les conséquences univoques et directes (et par conséquent des soins et traitements qui en seraient la réponse) est une approche qui est qualifiée dans le champ de la recherche d’approche bio-médicale. On pourrait la caractériser aussi comme une approche défectologique, dans la mesure ou la déficience est considérée comme une diminution des caractères humains, comme une amputation d’humanité.
L’approche défectologique est une manière de considérer que certains humains ne sont pas pleinement humains dans la mesure où il leur manquerait quelque chose par rapport à ce qui est institué comme norme, par-delà les différences individuelles. La norme définit une frontière entre un groupe et des catégories unifiées, généralement majoritaires, et d’autres individus regroupés par caractéristiques de catégories identiques administrativement (c’est la situation de la catégorie handicap).
Si l’on prend par exemple la norme de l’humain sur l’existence et le fonctionnement des cinq sens (mais c’est la même chose si l’on prend en compte les capacités mentales ou physiques), l’homme complet, celui qui peut prétendre véritablement à revendiquer son caractère d’homme, c’est celui qui possède les cinq sens de manière fonctionnelle.


Passer d’une approche défectologique à une approche éco-systémique demande une certaine révolution dans la pensée et les représentations concernant les personnes en situation de handicap. Comme le dit Charles Gardou dans le sous-titre de l’un de ses ouvrages : « Il n’y a pas de vie minuscule ».
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Différents signes sont pourtant là pour interroger ce qu’est la norme, ou plutôt la place tenue dans notre société par la « normalité valide » : en effet seule cette normalité semble valoir. Ainsi aujourd’hui, un certain nombre de personnes autistes ne se situent pas sur des manques, ou des anomalies par rapport aux normes habituelles, mais affirment dans leur positionnement la notion de caractéristiques « neuro-atypiques ». Depuis plus longtemps les Sourds revendiquent fortement leur pleine humanité en l’absence d’ouïe, fondant leurs normes dans une identité sourde qui n’aurait rien à envier à une identité « entendante ».
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