Vers une évolution des INJS-INJA?
Il a été publié, en mai dernier, un rapport intitulé :
« Scénarios d’évolution des instituts nationaux des jeunes sourds et des
jeunes aveugles », commandé en juillet 2017 et remis donc en mai 2018.
Autrement dit, « la maison brûle ! », et il y
a un sérieux problème d’adaptation des INJ au contexte de l’action
médico-sociale et éducative en 2018. Ce qui a certainement motivé la demande
d’un tel rapport. La lecture d’un rapport est souvent compliquée, tant il faut
chercher une réalité parfois peu agréable derrière des euphémismes édulcorant
cette réalité. D’où des lectures qui peuvent donner lieu à des interprétations
diverses. Voici, quant à moi, la lecture que j’en fais.
Le rapport reconnait et prend acte de « l’utilité avérée dans le paysage
médico-social français » des INJ. « Ils sont, tout d’abord, le fruit d’une longue histoire, et ils
demeurent … une référence en matière de scolarisation des enfants déficients
sensoriels. » Mais la tradition historique de qualité et de référence
ne suffit pas à en faire aujourd’hui des établissements équivalents à ce qu’ils
pouvaient être par le passé.
Et, dit le rapport, « le positionnement de l’offre des INJ suscite manifestement des
interrogations. » En effet, première interrogation, les INJ sont
restés dans leur ensemble, à quelques nuances près, dans un positionnement
d’établissement spécialisé, assurant la plupart du temps la scolarisation à
l’interne, au mieux dans des dispositifs externalisés, mais nullement dans l’inclusion
(le principe d’« établisssement spécialisé », ne laissant pas de
place à la responsabilité des professionnels de l’éducation nationale).
L’idéologie prégnante chez les professionnels de l’enseignement (les
enseignants titulaires du diplôme d’une « filière distincte de celle des enseignants de l’éducation nationale »)
est celle d’un enseignement spécialisé exclusif. Cela aboutit par conséquent à
ce que décrit le rapport, des classes spécialisées à l’interne ou
externalisées, et pour deux des INJ, par « une faible place accordée à l’inclusion en milieu ordinaire. »
Ce type d’organisation des réponses aux besoins des jeunes sourds et jeunes
aveugles est en contradiction avec le principe de droit affirmé dans la loi de
2005 et dans différents textes internationaux, dont la Convention relative aux
droits des personnes handicapées.
Par ailleurs, le positionnement singulier de ces
établissements, en dehors de la responsabilité des ARS, les placent
complètement à part dans l’organisation des besoins de la population concernée.
L’on peut être critiques sur le fonctionnement des ARS et des politiques
publiques, mais il s’avère qu’il n’est pas légitime que des établissements
puissent en définitive exister et fonctionner en dehors des politiques
publiques, faire des offres aux besoins des usagers sans prendre en compte la
réflexion politico-administrative régionale.
Le rapport souligne également, en particulier dans ses
préconisations, un autre point, celui de la gestion des ressources humaines. Il
préconise : « Par ailleurs, les
recrutements et les parcours des personnels seraient facilités par une
intégration des personnels non enseignants à la fonction publique hospitalière
et des personnels enseignants dans les corps de l’éducation nationale. »
Autant la première perspective ne semble pas poser de problèmes (c’est la
situation qui existe déjà dans de nombreux établissements médico-sociaux
publics), autant la seconde perspective ne semble pas être pour demain :
« Ce dernier point, compte tenu de
sa sensibilité, ne parait pas toutefois prioritaire ».
Ce qui signifie, derrière l’euphémisme de la non priorité,
qu’il y a une résistance extrêmement forte des enseignants (et même une lutte
vent debout !) contre ce passage à l’éducation nationale. Pour des
questions de principe, justifiant d’une filière spécifique et spécialisée,
seule susceptible de répondre aux besoins des enfants sourds, ignorant autant
les expériences réussies d’inclusion (avec accompagnement par des codeurs en
langage parlé complété ou par des interprètes ou des interfaces en langue des
signes par exemple), l’affirmation des droits des élèves en situation de
handicap à une scolarisation inclusive, et l’évolution sociétale globale par
rapport aux personnes en situation de handicap.
Le maintien de formation et de statut dans une filière
différente de celle des enseignants de l’éducation nationale, considérée comme
non prioritaire par les rapporteurs, en raison de son extrême sensibilité, est
pourtant une des causes essentielles de l’immobilisme constaté. C’est la
persistance en définitive de l’idée selon laquelle, les jeunes sourds et les
jeunes aveugles sont à part, ne relèvent absolument pas d’une pédagogie
ordinaire, fusse-t-elle accompagnée par des professionnels qualifiés mais non
enseignants, idée qui a pour corollaire celle que les enseignants de
l’éducation nationale ne sont absolument pas en mesure, même formés, à
accueillir et à scolariser des jeunes sourds et des jeunes aveugles, et qu’ils
n’ont pas à les accueillir dans leur classe. On est bien loin des principes et
des pratiques qui se développent, avec beaucoup d’aléas certes, dans la
perspective d’une école inclusive. Il est heureux que les INJ ne soient pas
plus nombreux, et que de nombreuses expériences de scolarisation inclusive de
jeunes sourds et de jeunes aveugles aient pu venir infirmer cet immobilisme
idéologique.
Les évolutions préconisées par le rapport sont positives, et
il est à espérer que certaines d’entre elles trouvent rapidement une
réalisation. Mais il est d’autres points évités, qui continueront à conforter
l’immobilisme.
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