biographie

Ma photo
Président du Réseau Français sur le Processus de Production du Handicap (RFPPH) Formateur accrédité sur le modèle de développement humain-processus de production du handicap (MDH-PPH), et dans les domaine des droits et des politiques inclusives / administrateur organismes de formation et secteur médico-social / ancien cadre dans le secteur médico-social et formateur

lundi 23 novembre 2020

l'inclusion face à la dureté du monde

 L'inclusion face à la dureté du monde

Il semble aller de soi que l’école ordinaire, le travail ordinaire, l’espace public pour tous, soient des institutions auxquelles doivent participer, de plein droit, les personnes en situation de handicap, les personnes vulnérables, et toutes les personnes qui ont pâti ou pâtissent des conditions de vie contemporaines. Les institutions spécialisées de l’éducation et de travail ont, à juste titre parfois, la réputation d’instaurer de la ségrégation, de faire du « séparatisme » pour employer un terme aujourd’hui popularisé pour désigner des phénomènes marginaux à cette problématique, et d’ignorer les droits fondamentaux des personnes à être avec les autres, comme tout un chacun.

Mais que faire d’une personne « détruite » par ses expériences professionnelles (sur le plan physique ou sur le plan psychique, des troubles musculosquelettiques au burn-out ou au harcèlement de la pression au travail) et sans ressources face à la violence du marché de travail, dans lequel l’activation de la traversée de la rue n’est pas en mesure de régler le problème ? Que faire d’un élève subissant la violence d’un système scolaire de concurrence et de sélection à l’école, au collège ou au lycée, l’excluant de fait d’un parcours de scolarisation où il faut « avoir le niveau » et être excellent, ou encore être adéquat à la norme de l’ordre scolaire, le condamnant à des voies sans issues, à côté des voies royales de ceux qui réussissent au regard des exigences « méritocratiques » de l’école ?

Le discours inclusif, tout à fait justifié sur les plans éthique et politique, se heurte violemment aux réalités des mondes scolaire et du travail, que méconnaissent absolument les décideurs, qu’ils fassent partie de la haute administration « pensante » ou des prescripteurs de réponses à ces problématiques (dont les médecins par exemple pour le travail). Le travail, celui qui fait souffrir et détruit les personnes, est ignoré, parfois idyllisé, dans ses conditions d’exercice et dans sa réalité.

C’est peut-être pour ces raisons qu’un nombre relativement important de personnes dites valides, mais détruites par leurs expériences professionnelles, en viennent à envisager d’intégrer le milieu professionnel protégé et les institutions spécialisées comme une solution à leurs problématiques de vie, comme une mise à l’abri de la violence sociale du monde du travail en quelque sorte. C’est peut-être aussi pour ces mêmes raisons que les demandes d’orientation vers des institutions éducatives spécialisées perdurent (d’où le manque de place et les listes d’attente) conjointement à une forte demande de développement de l’inclusion dans une école qui en dépit de son affichage inclusif est bien encore un lieu de séparatisme qui se pérennise, voire se développe.

Dans ces conditions et ces contextes environnementaux de monde du travail et de l’école, l’appel et les injonctions à l’inclusion de la part des politiques publiques, par-delà leur légitimité éthique, relèvent bien souvent d’une référence morale en lieu et place d’un choix politique. La morale prend ici le relais des anciennes charité, bienfaisance et assistance, substituant à la protection condescendante de la personne sa normalisation individuelle dans une société idéale. Le choix politique serait d’agir sur l’écosystème produisant des situations de souffrance, de vulnérabilité, de handicap, et de ne seulement considérer les situations en question comme des effets sociaux de problèmes individuels. Dans la perspective d’une telle intervention dans un écosystème, ce n’est pas la personne seule qui est en cause, et il ne suffit pas d’activer une politique vers le milieu ordinaire en rendant les personnes adéquates à cet environnement ; il faut aussi, et de manière tout aussi importante, modifier l’environnement qui entre en conflit avec la personne, le rendre adéquat aux personnes.

Modifier les conditions de travail, les exigences des employeurs, le stress au travail, les conditions de scolarisation, la sélection et la reproduction scolaire : utopie ou condition impérative pour parler d’inclusion sans hypocrisie ?

Télécharger l'article


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire