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ancien cadre dans le secteur médico-social et formateur, actuellement formateur accrédité sur le modèle de développement humain-processus de production du handicap, et dans les domaine des droits et des politiques inclusives

vendredi 20 décembre 2019

y a-t-il un avenir pour les enseignants spécialisés ?

Y a-t-il un avenir pour les enseignants spécialisés ?


La question est brutale. Les réponses peuvent l’être tout autant, d’un côté comme de l’autre. Du côté d’une réponse positive à la question, les arguments ne manquent pas. Il y a des profils d’élèves qui ne peuvent se satisfaire d’un enseignement ordinaire, aussi différencié et attentif aux différences soit-il. Quels bénéfices peuvent tirer des enfants poly ou pluri handicapés d’une telle situation, d’une présence permanente, même accompagnée d’une compensation humaine dans une classe ordinaire ? Quels apprentissages peut faire un enfant sourd qui a besoin de la langue des signes dans une classe où celle-ci n’est pas utilisée, ou ne peut être utilisée que de manière anecdotique ?

Par ailleurs, les enseignants spécialisés ont mis en œuvre des méthodologies, des pratiques, qu’ils ont pu développer dans l’adaptation et en ayant à faire avec des publics spécifiques, et dont une petite partie seulement est utilisable avec les autres élèves (pour des raisons autant méthodologiques que de nombre). On en voit aujourd’hui une illustration avec tout ce qui a été développé pour les élèves avec des troubles du développement ou de l’attention. De ce point de vue, les enseignants spécialisés seraient nécessaires, quelle que soit l’évolution de l’école, même si leurs missions doivent évoluer dans la perspective d’un accompagnement des élèves et des professionnels vers la scolarisation inclusive. Cette évolution est d’ailleurs dorénavant inscrite dans la réglementation avec la nouvelle certification d’aptitude professionnelle aux pratiques de l’éducation inclusive (CAPPEI). Et les enseignants spécialisés s’avèrent d’autant plus nécessaires que les pratiques réelles d’inclusion rencontrent des obstacles massifs dans le fonctionnement contemporain de l’école.
Mais d’un autre côté, une réponse négative à la question a aussi des arguments tout aussi fondés. L’horizon inclusif, dans son principe, se donne comme objectif d’accueillir tous les élèves, chacun d’entre eux ayant des besoins particuliers. Cet accueil se conçoit comme une adaptation et une accessibilité pédagogiques de tous les élèves, qui peuvent s’accompagner éventuellement de compensation humaine importante.
Dans ce contexte, la présence en classe d’un élève poly ou pluri handicapé se justifie dans l’articulation entre la présence humaine compensatrice et l’adaptation pédagogique de l’enseignant aux besoins particuliers de cet élève : aménagements, méthodologies, temps, rythme, compétences… Avec des réserves toutefois : si la compensation doit être elle aussi pédagogique, c’est un enseignant spécialisé qui devrait intervenir (c’est le modèle de « l’intégration » italienne). Un enfant sourd peut bénéficier d’une accessibilité de la communication (interprète ou interface en langue des signes ou codeur en langue française parlée complétée) et de la pédagogie. Avec des réserves toutefois, celle de l’existence d’un groupe significatif de pairs de jeunes sourds avec qui il pourra communiquer au quotidien et dans les apprentissages, et en gardant à l’esprit qu’il peut y avoir des apprentissages qui ne peuvent se faire qu’avec des approches spécifiques (autour des apprentissages du lire-écrire en particulier).
On voit que les réponses ne sont pas simples, et que l’analyse est brouillée par les conditions actuelles de fonctionnement de l’école : son fonctionnement actuel est loin d’être accessible, notamment sur le plan pédagogique, à la diversité des élèves. Dans ce contexte, la disparition des enseignants spécialisés serait catastrophique. De l’autre côté, ceux-ci ne peuvent plus se prévaloir de domaines réservés auprès de populations cibles (comme c’est encore le cas pour des élèves sourds), celles-ci étant désormais plus ou moins dans des dispositifs inclusifs, et échappant ainsi à des compétences enseignantes qui leur seraient exclusivement dédiées. Il s’agit peut-être de trouver un équilibre et une articulation entre deux idéologies : la crispation sur des méthodologies spécialisée exclusives et une inclusion sans question dans une école qui résiste aux changements.

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