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J'ai d'abord exercé comme enseignant spécialisé auprès de jeunes sourds. J'ai ensuite exercé différentes missions d'encadrement dans des établissements et services du secteur médico-social. Parallèlement, j'ai été formateur dans différents organismes. J'ai publié de nombreux articles dans des revues professionnelles, et un ouvrage aux éditions l'Harmattan en 2004.
Je suis en retraite depuis l'été 2016, et ressource disponible (gracieuse).
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mercredi 1 juin 2016

Usagers ou citoyens ?

Usagers ou citoyens ?

La manière dont une « administration » regarde ses administrés a des effets sur la vie même de ceux-ci. Les Agences Régionales de Santé regardent les personnes handicapées qui sont sous son administration (dans les établissements médico-sociaux) d’un point de vue global de la santé, et les nomme usagers dans ce secteur. Elles ne les regardent pas d’un point de vue sociétal ; le point de vue sociétal existe bien entendu, mais en tant que politique générale, pas sur les situations des personnes. Ce point de vue de l’administration politique des choses et des personnes est aussi ce qui se dissémine comme état d’esprit dans les établissements.

Les ARS, les gestionnaires de « l’hôpital » et des autres secteurs, minoritaires, qui en relèvent ont pour « clients » des personnes qui sont hors du jeu social

en raison de leur santé (maladies, dépendance, déficience). L’administration s’efforce de rétablir ces personnes dans un certain jeu social sur ce temps suspendu où elles sont hors du jeu social, le temps de guérir pour les malades, le temps de mourir pour les personnes dépendantes en EHPAD : les chartes des droits, les contrats de séjours, les conseils de la vie sociale, les participations des usagers à la mis en œuvre de leur projet sont les outils de garantie du respect et de l’exercice des droits des personnes par les institutions qui sont chargées d’en prendre soin sur ces périodes de vulnérabilité. Elles ont le droit d’exercer leurs droits à l’intérieur de l’institution, afin de bien vivre en attendant la guérison, ou de bien vieillir.

Pour les personnes en situation de handicap, on se peut se satisfaire de cette approche : elles ne sont ni en attente de guérison, ni en attente de la mort. Que ces dispositions de participation en tant qu’usagers soient nécessaires, il n’y a pas à en douter. Mais cela n’en fait pas des citoyens, cela ne les dispense de leur vraie participation sociale dans les lieux où ils vivent. A la différence des patients hospitalisés ou des personnes dépendantes en EHPAD, qui y ont leurs lieux de vie, provisoire ou pérenne, les personnes en situation de handicap vont à l’école, travaillent. Et il serait quand même intéressant de se préoccuper de la manière dont ils exercent ces droits dans ces lieux où ils vivent. Il n’est pas concevable que l’exercice des droits ne s’exerce que dans l’institution.

Et c’est cette préoccupation qui semble absente dans l’administration du travail médico-social, avec la réduction de la personne au statut d’usager, qui se concrétise dans la recherche, nécessaire, de bonnes pratiques, de bonne gestion, de qualité, etc. La préoccupation sociale se réduirait à celle de l’assignation au statut d’usager.

Le résultat en est que dans les établissements médico-sociaux, on est plus souvent soucieux du fonctionnement du CVS, des risques de maltraitance, et de sujets tout aussi importants, que de la manière dont par exemple des jeunes peuvent fréquenter l’école, apprendre dans de bonnes conditions, vivre hors de l’institution. Une anecdote illustrera le propos : dans la rédaction du rapport d’activités annuel, sont relevés les indicateurs témoignant de la participation des usagers (CVS, groupes de parole, enquêtes…) ; j’avais suggéré que au sein du collège, ils avaient aussi des lieux d’expression (heure de vie de classe, conseils de classe, élèves délégués), où les jeunes apprenaient et exerçaient véritablement leur citoyenneté, « pour de vrai ». Et bien cette modalité d’expression n’entrait pas dans le cadre du rapport d’activité, puisqu’ils ne le faisaient pas en tant qu’usager !


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