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Président du Réseau Français sur le Processus de Production du Handicap (RFPPH) Formateur accrédité sur le modèle de développement humain-processus de production du handicap (MDH-PPH), et dans les domaine des droits et des politiques inclusives / administrateur organismes de formation et secteur médico-social / ancien cadre dans le secteur médico-social et formateur

mardi 3 novembre 2026

deviendrait-on moins inclusif ?

Deviendrait-on moins inclusif ?

Une telle question peut apparaitre comme une provocation ou un déni de réalité. En effet, tout semble converger pour que notre société devienne plus inclusive : des discours valorisant les différences et la reconnaissance de tous, se traduisant dans des textes réglementaires, la visibilisation des droits des personnes handicapées depuis la publication de la convention de l’ONU, une place davantage reconnue des personnes handicapés dans l’école, au travail, dans l’espace public, des dispositifs d’accessibilité de plus en plus nombreux et adaptés, une transformation progressive de l’offre médico-sociale, etc. Cette vision est celle qui peut être mise en avant, par opportunité ou par volontarisme. Parce que, derrière cette façade convenue, il est des attitudes, des comportements, des pensées, des idéologies, des représentations, qui rappellent ou réactivent des réalités bien plus sombres.

Les politiques concernant les personnes handicapées se situent en effet dans un contexte et un environnement social où se jouent aussi, pour d’autres catégories de population, les questions d’inclusion ou d’exclusion. Et ce contexte exprime malheureusement aujourd’hui des tendances très nettes en contradiction avec tout discours inclusif. Dans la volonté manifeste de dénigrer, incriminer, ou même condamner les plus vulnérables de nos concitoyens, au profit des plus dotés, que mettent en œuvre les politiques publiques actuelles (pas seulement aux USA, mais aussi en France), les personnes handicapées se trouvent confrontées à la dégradation de leurs conditions de vie, et de leur qualité de vie, ce qui est l’équivalent de l’alourdissement de leurs situations de handicap. C’est une évolution que les personnes handicapées partagent avec les chômeurs qui voient leurs droits et leurs ressources diminuer et leurs obligations et contrôles croître, l’augmentation de la pauvreté et de l’extrême pauvreté, la dégradation de la condition étudiante, l’expression généralisée d’un racisme décomplexé, etc, vont de pair avec un retour de la discrimination envers les personnes handicapées et la restriction de leurs ressources.

Ce nouveau cadre s’inscrit dans des attitudes surplombantes des « nantis », et d’un certain « égoïsme » des classes supérieures (voir l’ouvrage de Camille Peugny, Le triomphe des égoïsmes, PUF, 2026). Il se manifeste sur le plan politico-économique, avec la destruction des services publics, la restriction des ressources et des droits pour les plus vulnérables, les séparatismes organisés (logement, école…). Il se manifeste aussi par des idéologies restrictives et sécessionnistes qui s’expriment au grand jour. La ghettoïsation et le séparatisme sont légitimés pour les plus privilégiés. Les discours de haine des dominés sont banalisés : couleur de peau avec le racisme décomplexé dans les médias, sexe et genre (réhabilitation du masculinisme et nouvelles intolérances envers les LGBTQ+), caractéristiques physiques ou mentales (la ségrégation des personnes handicapées est de nouveau à l’ordre du jour, réactivée par le choix du « droit à mourir » plutôt que le « droit à vivre »).

Là où des perspectives inclusives pour les enfants handicapés se développaient, des vents contraires se font insistants, tant sur le plan de l’organisation politique que sur celui des discours ségrégatifs et méprisants, en surplomb de toutes les personnes vulnérables. Les personnes handicapées n’y coupent pas : les dominations instituées par des postures et organisations validistes se réactivent, et semblent justifier aujourd’hui que l’on soit moins inclusif. A l’heure où il devient légitime, pour les classes dominantes, de faire sécession dans l’habitat, dans l’éducation, dans la désignation des populations, dans leur mépris de populations infériorisées, il est paradoxal, et proprement une aporie de penser en même temps une perspective inclusive. Les prémisses qui président aux discours inclusifs conduisent à une impasse logique et réelle, qui interdit de penser l’inclusion : celle-ci ne peut être conciliable avec des systèmes d’exclusion et de discrimination.

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