Participation et participation sociale
Qu’est-ce que la
participation ? Il en existe de nombreuses définitions. Il s’agit d’une
notion, et d’une pratique, qui sont aujourd’hui centrales dans les politiques
publiques concernant les personnes handicapées. Elles n’ont été d’actualité que
relativement récemment, en particulier depuis la loi de 2005. Elles font
rupture avec une tradition de relation asymétrique entre professionnels et
« prises en charge », les premiers sachant et décidant, les seconds
subissant et obéissant. Tradition basée sur l’institution d’une hiérarchie
humaine positionnant les « valides » au-dessus des
« invalides », qu’on retrouve toujours toutefois dans les analyses
que fait ce que l’on nomme aujourd’hui le validisme. L’émergence de la notion
de participation a été par conséquent une importante innovation, dont la
banalité aujourd’hui masque parfois une certaine confusion de sens. Pour les
personnes handicapées, la participation a été pensée initialement dans le cadre
de leurs lieux de vie ou de « prise en charge », dans les
organisations et les structures à eux dédiées, à travers d’instruments
d’exercice de participation : conseil de la vie sociale, groupes
d’expression, enquêtes de satisfaction… La participation n’était conçue que
dans le cadre d’une vie institutionnelle, pas en tant que participation
citoyenne ou sociale.
Dans les mêmes
temps, la notion de participation a été conceptualisée plus formellement en
tant que participation sociale dans le cadre de l’approche des situations de
participation sociale, élaborée dans ce qui deviendra la classification du
MDH-PPH (Modèle de Développement Humain – Processus de Production du Handicap,
RIPPH, 1998, 2018). Une situation de participation sociale, qui est à
« l’inverse » d’une situation de handicap, y est définie comme « la
pleine réalisation d’une ou plusieurs habitudes de vie, résultant de
l’interaction entre les facteurs personnels et les facteurs
environnementaux » [la situation de handicap y est, elle, définie comme
« la réduction de la réalisation d’une ou plusieurs habitudes de vie,
résultant de l’interaction entre les facteurs personnels et les facteurs
environnementaux]. On n’est donc pas ici sur le
même registre : la participation sociale équivaut dans ce modèle à
la possibilité de « faire » ce que fait tout humain, dans toutes les
habitudes de vie qu’il a, qu’il s’agisse d’activités courantes comme se
nourrir, prendre soin de soi ou se déplacer, ou qu’il s’agisse de rôles sociaux
comme avoir des relations interpersonnelles ou avoir un emploi. Il s’agit en
quelque sorte d’exercer ses droits à vivre comme tout le monde dans la société,
c’est-à-dire exercer sa participation sociale et citoyenne.
Il y a bien ici
deux conceptions, assez éloignées l’une de l’autre, de la participation, avec
d’un côté des préconisations ou même injonctions à mettre en place des outils
de cette participation et aux usagers de les investir individuellement, et d’un
autre côté la reconnaissance d’un certain pouvoir d’être et d’agir dans la vie
partagée de tout un chacun en pouvant réaliser ses habitudes de vie.
Les modalités
institutionnelles de la participation ont pu, à l’occasion de l’exercice de
formes limitées de participation, être des opportunités d’exercice de pouvoir
d’agir. Elles ont pu préparer la participation sociale et citoyenne, et en
particulier dans les apprentissages qui y ont été effectués. Les personnes
engagées ont pu, pour peu que les outils aient été utilisés de manière
pertinente, faire valoir leurs expertises et compétences, et donc leur
reconnaitre des capacités à agir, tant au niveau des propres représentations
des personnes concernées que de celles des professionnels accompagnants. Et à condition de ne pas amputer la
participation et le pouvoir d’agir aux dimensions de compétences, d’expertises,
de pouvoir, de dominations, de conflictualités, etc… Sans la prise en compte de
ces dimensions, la participation devient un devoir, non un pouvoir d’agir.
L’émergence des intervenants pairs est peut-être significative de ce que la
participation n’est pas une finalité en elle-même, mais un moyen pour le
développement du pouvoir d’agir.
