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Président du Réseau Français sur le Processus de Production du Handicap (RFPPH) Formateur accrédité sur le modèle de développement humain-processus de production du handicap (MDH-PPH), et dans les domaine des droits et des politiques inclusives / administrateur organismes de formation et secteur médico-social / ancien cadre dans le secteur médico-social et formateur

mercredi 8 juin 2022

Une inclusion avec restrictions ?

Une inclusion avec restrictions ?

L’inclusion (ou le processus inclusif) apparait comme le nouveau paradigme de la place des personnes en situation handicap dans la société. Si le modèle est encore quelque peu remis en cause ou interrogé, c’est moins sur l’éthique de référence que sur les obstacles mis par la société à la participation des personnes concernées dans la dite société inclusive. C’est aussi le cas du système éducatif : hormis quelques propos extrémistes, le principe de la scolarisation des élèves en situation de handicap est acté dans les textes. Mais l’école inclusive peine à éclore : les candidats à l’élection présidentielle par exemple n’ont pas brillé sur la fin de la ségrégation dans les établissements spécialisés. S’il y a de tels hiatus, c’est peut-être que les valeurs sociétales, qui s’expriment dans l’organisation du système éducatif ou de la société, sont profondément contraires à la mise en place de conditions inclusives. On trouve des illustrations de ces contradictions dans l’ouvrage de G Lansade, La Vision des inclus – Ethnographie d’un dispositif pour l’inclusion scolaire (Ulis) (INSHEA, 2021).

Il existe aujourd’hui dans les textes réglementaires des dispositions facilitant la passation des examens d’obtention d’un diplôme : les aménagements d’examens se sont progressivement mis en place et ont été reconnus comme des droits. Ainsi pour la passation d’un CAP, en dehors des aménagements matériels (majoration de temps de passation, adaptation des supports, aides techniques ou humaines, etc.), divers niveaux peuvent être visés : CAP complet, partie pratique du CAP, certificat de compétences sans inscription au CAP.

Quand on prend en considération le contexte de fonctionnement du système éducatif, ces aménagements peuvent s’avérer comme restrictifs à l’inclusion. En effet, la mise en concurrence des établissements scolaires (dans le choix de sections attractives et de bonne image, dans les taux de réussite) peut avoir des effets dévastateurs sur la réalité de l’inclusion d’élèves en situation de handicap : sélection des élèves handicapés dans certaines sections de CAP/BEP de façon à garantir le meilleur pourcentage de réussite ; non présentation à l’examen de certains élèves pour ne pas faire baisser le pourcentage et présentation seulement au diplôme de remplacement (partiel ou compétences) ; réorientation vers le dispositif spécialisé avant la fin du parcours (et donc dispense de candidature à l’examen) ; évaluations complaisantes en contrôle continu sans rapport avec les compétences acquises… Toutes ces pratiques sont des biais pour simuler une scolarisation inclusive pour en réalité organiser des ségrégations.

Ces pratiques mettent en évidence ce qui fait le substrat du fonctionnement actuel du système éducatif, tel qu’il a évolué dans les derniers temps : une mise en concurrence qui a pour effet de mettre des barrières réelles à la mise en place de ce que pourtant le discours institutionnel préconise, à savoir l’égalité et l’inclusion de tous les élèves. La mise en concurrence en élimine un certain nombre, dont les élèves en situation de handicap, qui abaissent les critères qui comptent dans la concurrence entre établissements. Les orientations qui se profilent (qui existaient déjà) renforcent ces risques. Le discours sur l’égalité (ou l’équité) des conditions d’éducation et sur l’inclusion (même si la réalité montre qu’elle n’existe pas) est contredit par et disparait avec la naturalisation et la légitimité idéologique de la concurrence dans le champ de l’éducation. Le discours méritocratique qui accompagne cette concurrence (la réussite est affaire d’efforts individuels et de mérites personnels) rend légitime une concurrence excluante. Les conditions actuelles de fonctionnement du système éducatif sont déjà inégalitaires (privé/public, financements sous-dotés d’établissements « difficiles », choix de filières d’élite…). Certains dispositifs ou projets (parcours sup, rémunérations au mérite…) renforcent cette idéologie.

Une inclusion qui se pose en principe et dans les faits avec tant de restrictions et de contraintes d’exclusion de certains élèves du processus ne peut pas être de l’inclusion. Dans l’accroissement des inégalités éducatives, il est impossible de concevoir une quelconque inclusion.

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