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Président du Réseau Français sur le Processus de Production du Handicap (RFPPH) Formateur accrédité sur le modèle de développement humain-processus de production du handicap (MDH-PPH), et dans les domaine des droits et des politiques inclusives / administrateur organismes de formation et secteur médico-social / ancien cadre dans le secteur médico-social et formateur

mardi 16 décembre 2025

des droits dans un système d'exclusions ?

Des droits dans un système d'exclusions ?

Il n’est pas aisé de continuer à agir, militer, défendre le développement des droits des personnes dites handicapées et la perspective inclusive quand, autour de nous, se multiplient les discours et les actes attestant de barrières de plus en plus importantes et de régressions sociétales concernant les droits humains. C’est se trouver sur une corde raide que d’agir pour les droits et pour l’inclusion quand les environnements politiques, médiatiques, économiques et sociétaux convergent vers moins de droits et davantage de légitimation de l’exclusion.  Car celle-ci est désormais assumée. Est-il encore pensable, conceptualisable, de postuler davantage de participation sociale, de droits, d’autodétermination, d’inclusion pour les personnes dites handicapées, quand pour de nombreuses et majoritaires catégories de personnes et de populations, c’est l’inverse qui est postulé, promu et réalisé ?

Fin 2025, plusieurs pays d’Europe ont revendiqué une restriction des droits humains afin de « régler le problème » de l’immigration. Cette idée de restriction, dont la perspective est partagée par nombre de dirigeants politiques sur un large spectre, devient ainsi une direction politique et « éthique » qui remet en cause toute l’évolution des droits humains depuis 1948 (et bien au-delà). La négation de nombreux droits devient ainsi monnaie courante aujourd’hui aux USA : au-delà d’un président élu dont les excès masquent d’autres évolutions, c’est bien devenue une idée partagée par une majorité de la population. Les chasses aux clandestins, les reconduites à la frontières, les attaques contre la liberté d’expression et de recherche dans les universités, les censures de livres, etc, participent d’une banalisation de la restriction des droits. Et l’idée d’euthanasie émerge.

Plus proche de nous, en France, on trouve les mêmes mouvements d’idées. Le wokisme, l’écoterrorisme, l’islamo-gauchisme, etc. sont des accusations qui fleurissent chez les hommes politiques et dans certains médias, permettant et légitimant le refus et l’exclusion de certaines idées, en particulier critiques de l’ordre établi, installant des « vérités alternatives ». La focalisation est aujourd’hui courante de certains courants politiques sur les dangers de l’immigration, de certaines religions, et aussi sur les caractéristiques de certaines populations qui ne partagent pas les valeurs des élites (les « Jojo », les pauvres qui profitent de l’argent public, les assistés, les chômeurs toujours un peu fainéants, les « sans dents », et même parfois maintenant les handicapés). Les droits acquis (conquis) après la seconde guerre mondiale sont aujourd’hui systématiquement et mondialement déconstruits pour laisser libre cours à un marché censé réguler magiquement les choses, qui affiche des valeurs de liberté et met en place des réalités d’injustice, d’exploitation, de concurrence et d’inégalités : sécurité sociale, services publics, retraites, droits d’expression… Il est aujourd’hui difficile, dans les miasmes de tels discours (et de tels actes politiques, car cela se traduit législativement et réglementairement : voir par exemple les lois sur le logement qui mettent de plus en plus de gens dans la rue), de penser à une société du vivre ensemble, à une société d’égalité et de justice, à une société de reconnaissance des droits de chacun. La société du bonheur est appelée de ses vœux par le système qui en organise le malheur.

La participation sociale et citoyenne, l’inclusion dans la société et dans ses institutions, la qualité de vie, sont antinomiques avec la ségrégation, la discrimination, l’exclusion, qui sont aujourd’hui revenues à l’ordre du jour. Défendre les droits des personnes dites handicapées, leur participation, et à plus forte raison leur émancipation, va à contre-courant d’une pensée qui développe les exclusions. Penser un îlot de droits et de progrès pour les personnes dites handicapées dans un océan de régressions, de ségrégation, de discrimination, d’ostracisation, de séparatisme, de mépris n ? Ni pensable, ni faisable ! La réponse est inévitablement aussi dans les changements systémiques et politiques.

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