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Président du Réseau Français sur le Processus de Production du Handicap (RFPPH) Formateur accrédité sur le modèle de développement humain-processus de production du handicap (MDH-PPH), et dans les domaine des droits et des politiques inclusives / administrateur organismes de formation et secteur médico-social / ancien cadre dans le secteur médico-social et formateur

jeudi 3 avril 2025

Les enjeux d'une qualité choisie

Les enjeux d'une qualité choisie

Qui peut être contre la qualité ? Personne ! Tous les professionnels (et pas seulement les donneurs d’ordre et les dirigeants) du secteur médico-social, ou plus globalement du secteur du care, du soin ou de l’aide à la personne, sont préoccupés par la qualité de leur travail, de ce qu’ils font auprès des personnes accompagnées, et donc de la qualité de ce qui est reçu par les bénéficiaires ou les usagers. Ils ont même souvent des idées précises sur ce qu’est un travail de qualité. Et ils sont malheureux lorsque les conditions de travail dans lesquelles ils sont mis les font ressentir leur travail comme mal fait. Oui, certes, chez quelques professionnels, certaines de leurs pratiques professionnelles ne sont pas pertinentes, sont dépassées, certaines sont même à proscrire. Pour les faire évoluer, les professionnels disposent d’outils performants, comme par exemples des temps d’analyse de pratiques, ou encore les recommandations de bonnes pratiques professionnelles. A condition de pouvoir y réfléchir, d’y consacrer du temps, celui qui aujourd’hui est consacré à toutes les procédures de contrôles, reporting, tenue de dossiers, etc.

La conception des professionnels d’un travail de qualité va parfois à l’encontre de ce qui leur est demandé au nom d’une autre conception de la qualité issue du « haut », de ceux qui gèrent les politiques sociales et les organisations. Dans cette configuration, souvent d’ailleurs, leur conception est assimilée à de la résistance, à des pratiques passéistes, inavouables voire malveillantes. Comme si la qualité d’un travail était pensée, élaborée, mise en œuvre selon une décision verticale qui ne souffrirait aucune contestation ni divergence. Et le problème vient peut-être de ce qu’on ne leur demande pas comment ils conçoivent la qualité de leur travail. Les bonnes pratiques professionnelles, aussi excellentes soient-elles, ont été pensés, conçues, élaborées, rédigées par des instances éloignées, qui ne sont jamais préoccupées véritablement d’interroger ni les usagers et bénéficiaires, ni les professionnels de terrain, sur ce qu’ils pensaient des critères qui sont établis pour mesurer la qualité du travail bien fait. Une fois ces recommandation publiées sous de belles jaquettes, quel organisme va prendre la peine et le temps de confronter les représentations de qualité avec les contenus des recommandations ? Pas le temps face à la densification du travail, à la multiplication des tâches « administratives », l’optimisation des horaires ! Ce qui fait que les recommandations apparaissent comme des injonctions venant d’en haut, éloignées du travail réel : du travail prescrit et hors de portée.

Les critères de bonnes pratiques se retrouvent en principe, au niveau des organisations, dans des référentiels qualité, dont la mise en œuvre est administrativement évaluée à échéances régulières. Les référentiels intègrent, avec les bonnes pratiques professionnelles, d’autres critères plus « macro », concernant le fonctionnement politico-administratif de l’organisation, et en particulier ceux attestant de la conformité de l’organisation avec des règles, des contraintes, des principes, des procédures décidées « en haut lieu », dont nombreux sont ceux qui visent à une « meilleure » utilisation des ressources (une telle formulation présage souvent d’une dégradation des systèmes !). Les critères de qualité d’un travail bien fait, dont les usagers pourraient être satisfaits, ne sont pas toujours ceux qui sont présentés dans un référentiel qualité. Ainsi par exemple dans l’aide à domicile, prendre du temps avec les personnes, discuter avec elles, leur prendre la main quand ça  ne va pas , etc. toutes pratiques qui ne sont pas compatibles avec un référentiel finalisé sur le contrôle de l’activité réalisée et sur la productivité des interventions.

On voit ici où là des organisations qui s’efforcent de donner la parole aux usagers et aux professionnels. On peut espérer que ces prises de parole, souvent cantonnées aujourd’hui à des aspects encore marginaux, seront le ferment d’une prise de pouvoir des personnes concernées pour imposer en plus haut lieu des critères d’une meilleure relation d’aide et des perspectives de politiques publiques qui ne soient pas laissées aux seuls experts.

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