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Formateur certifié sur le Processus de Production du Handicap (PPH) au sein du Réseau International du PPH
Conférencier : école inclusive, scolarisation des élèves sourds et handicapés, approches conceptuelles du handicap
Administrateur d'une association régionale de formation en travail social
Carrière professionnelle :
J'ai d'abord exercé comme enseignant spécialisé auprès de jeunes sourds. J'ai ensuite exercé différentes missions d'encadrement dans des établissements et services du secteur médico-social. Parallèlement, j'ai été formateur dans différents organismes. J'ai publié de nombreux articles dans des revues professionnelles, et un ouvrage aux éditions l'Harmattan en 2004.
Je suis en retraite depuis l'été 2016.

vendredi 21 septembre 2018

le règne de Machiavel

Le règne de Machiavel


Dans les évolutions de la gouvernance et de la dirigeance des établissements sociaux et médico-sociaux, on peut observer aujourd’hui ce que Machiavel avait théorisé il y a cinq siècles dans son maitre ouvrage, Le Prince. Machiavel a conceptualisé la séparation radicale entre la politique et l’éthique (ou la morale). La politique, le gouvernant, le dirigeant (le Prince) doit avoir pour seul guide l’efficacité, et l’éthique n’y a absolument pas sa place. En langage contemporain, on pourrait traduire l’efficacité par les substantifs suivants : l’efficience, l’utilité, la performance, l’intérêt, le profit, la productivité, le rendement, la valorisation, la rentabilité, etc. Là où la morale pouvait le disputer à l’efficacité, pour le meilleur et souvent pour le pire, avec Machiavel, en politique, c’est la seule efficacité qui doit guider le Prince.

Aujourd’hui, à l’observation des fonctionnements des politiques sociales et médico-sociales (comme d’ailleurs dans de nombreux champs sociétaux), ce sont bien ces « valeurs » politiques qui sont mises en œuvre, à la fois dans la conception même de ces politiques et dans les organisations de dispositifs.
Le secteur médico-social a longtemps fonctionné loin de cette théorie machiavélienne. La morale, l’éthique, présidaient aux politiques et aux fonctionnements, pour le meilleur et pour le pire là aussi, sous les auspices de la charité, de la bienfaisance, de la philanthropie, avec le charisme de certains leaders. L’efficacité, au sens moderne que le terme a pris dans les fonctionnements sociaux et organisationnels, pouvait cependant être « effective », mais elle n’était pas la préoccupation technique des dirigeants.

Aujourd’hui ces anciennes valeurs sont devenues « ringardes » au regard de ce qui est attendu. Personne ne s’aviserait de mettre en question la nécessité d’une efficacité des politiques et des organisations afin de mettre en œuvre des objectifs concernant des populations entières.

Là où les choses ne fonctionnent peut-être pas de manière satisfaisante, d’un point de vue systémique, c’est dans le choix d’un critère et d’un impératif uniques, celui de l’efficacité, auxquels doit obéir toute instance. L’efficacité (je prends ce terme comme générique des autres dénominations) devient première, unique, et tout lui est subordonné. La réduction des coûts, la pression sur les moyens, les modalités de management, les nouvelles conceptions de l’articulation besoins/réponses/ressources (SERAFIN-PH), etc. ont une seule référence : l’efficacité. Ce qui n’est pas jugé à l’aune de l’efficacité (rien de mieux qu’une efficacité mesurable, évaluée) devient un parasitage, une scorie, une inutilité, une curiosité historique, voire un obstacle à écarter. Certaines pratiques professionnelles ayant trait à la clinique, au relationnel, et qui pour certaines constituaient le cœur des métiers, ne passent pas le portique des mesures de l’efficacité.

Mais entre l’efficacité politique aujourd’hui promue et l’éthique qui fait le quotidien des professionnels, et surtout des usagers, il y a parfois un gouffre, que met en évidence aujourd’hui la souffrance au travail, et en retour de boomerang, des moins bons services aux usagers. Face à ce danger croissant, face aux impasses et difficultés générées par le règne de l’efficacité, certains managers, intelligents ou cyniques, ont cru bon de préconiser de mettre un peu d’éthique dans le fonctionnement, comme on met du sucre dans une potion trop amère.

Il n’est pas certain que ce soit la bonne médication. Il serait sans doute préférable, si l’on veut prendre en compte la complexité humaine, de s’interroger sur l’articulation nécessaire entre l’efficacité politique et ce qu’il faudrait penser en termes d’efficacité éthique, plutôt que de « bonifier » la première par la seconde, sans interroger l’articulation. Machiavel fut un grand philosophe politique !

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