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J'ai d'abord exercé comme enseignant spécialisé auprès de jeunes sourds. J'ai ensuite exercé différentes missions d'encadrement dans des établissements et services du secteur médico-social. Parallèlement, j'ai été formateur dans différents organismes. J'ai publié de nombreux articles dans des revues professionnelles, et un ouvrage aux éditions l'Harmattan en 2004.
Je suis en retraite depuis l'été 2016, et ressource disponible (gracieuse) : conférences, formations dans les domaines de recherche suivants : (école inclusive, approches conceptuelles du handicap, surdité, etc...)
Je suis administrateur d'une association régionale de formation en travail social depuis 2016.
Je suis actuellement en cours de certification en tant que formateur sur le Processus de Production du Handicap (PPH) dans le cadre du Réseau International du PPH (RIPPH)


lundi 12 février 2018

connaissez-vous l'agnotologie ?

Connaissez-vous l'agnotologie ?


Il s’agit d’une « science » récente, qui désigne aujourd’hui la science de l’ignorance et l’étude des mécanismes de sa construction. Elle a été mise en œuvre pour décrire les tentatives de certains industriels (tabac, chimie, agro-alimentaire, climat) pour nier ou minimiser les risques liés à leurs industries. Mais l’objet de cette science mériterait d’être élargi à d’autres phénomènes que les phénomènes industriels : la politique, le travail, la vie en entreprise, etc. sont également impactés par des mécanismes construits d’ignorance, involontaires ou délibérés, dont il pourrait être intéressant de lever le voile.

C’est le cas lorsqu’on observe par exemple le fonctionnement d’un certain nombre de structures médico-sociales. Alors que tout le monde, directions et instances représentatives, se préoccupe aujourd’hui de formation continue, de « gestion prévisionnelle des moyens et des compétences », paradoxalement, des pans entiers de réflexion, d’intelligence collective, sont laissés en jachère, voire délibérément et consensuellement écartés des dynamiques institutionnelles de formation, d’action et de fonctionnement. Il est parfois préféré institutionnellement d’accroitre une technicité professionnelle d’application de bonnes pratiques (la conformité à ces bonnes pratiques devenant un objectif de compétences), de méthodologies expertes, de savoir-faire pragmatiques (toutes choses bien entendu nécessaires) au détriment de l’engagement des professionnels dans une réflexion sur le sens de l’action institutionnelle et du travail, parfois masquée dans une formation étique sur l’éthique ou un partage pseudo-démocratique sur le projet d’établissement. Pendant que parallèlement, l’on viendra ensuite se plaindre de l’existence d’une souffrance au travail, faute de sens donné à leur travail par les professionnels.

Mais de cet état de fait, toute la responsabilité n’est pas à mettre sur le dos des directions. Ce sont autant les dirigeants que les professionnels qui ont parfois un intérêt convergent à organiser l’ignorance institutionnelle, parfois par crainte des conflits. Car souvent, une telle réflexion de fond, qui demande de réinterroger ce que chacun fait, ce que fait l’institution, de prendre en compte les évolutions sociétales et la commande sociale, comporte des risques. Elle engage à des changements stratégiques dans l’organisation, dans les interventions, dans les représentations, dans les collaborations avec d’autres professionnels, dans les rapports avec les usagers. L’organisation de l’ignorance peut constituer d’un certain point de vue la préservation d’une prise de risque et du conflit, à laquelle ont intérêt simultanément des représentants des salariés et des dirigeants à la vue courte.

Et c’est bien justement la préservation du conflit qui constitue la matrice du mécanisme de confortation de l’ignorance. Les phénomènes gênants (réflexions, approches, ouvrages ou articles, pratiques, etc.) sont ignorés institutionnellement, quand ils ne sont pas délibérément censurés. Mais à ne pas assurer et assumer (et délibérer sur) la chance (et non les risques) du conflit intellectuel et stratégique, dans lequel tous sont présents de toute façon, on court un autre risque, celui d’imposition verticale du sens du travail, donné sans réflexion ni conflit cognitif par une politique publique affirmée et éloignée ou par un dirigeant qui pense seul l’application de cette politique, et par conséquent le risque d’un conflit d’une autre nature, qui lui peut avoir des effets délétères.

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