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J'ai d'abord exercé comme enseignant spécialisé auprès de jeunes sourds. J'ai ensuite exercé différentes missions d'encadrement dans des établissements et services du secteur médico-social. Parallèlement, j'ai été formateur dans différents organismes. J'ai publié de nombreux articles dans des revues professionnelles, et un ouvrage aux éditions l'Harmattan en 2004.
Je suis en retraite depuis l'été 2016, et ressource disponible (gracieuse).
Je suis actuellement administrateur d'une association régionale de formation en travail social

jeudi 11 mai 2017

comment valoriser l'ignorance et la censure

Comment valoriser l'ignorance et la censure ?

On pourrait croire, à l’appui des catégories de professionnels y travaillant, que les établissements médico-sociaux sont des lieux de débats cliniques, de confrontations pragmatiques, de débats et d’échanges sur les modèles d’action et les actions elles-mêmes. Dans les faits, les libertés de penser, de réfléchir, d’élaborer un modèle de pensée, de se doter même des outils d’information et de réflexion, ont parfois du mal à exister, du fait de facteurs multiples et parfois inattendus. En voici un exemple.

Dans l’établissement dans lequel j’ai travaillé les dix dernières années de mon parcours professionnel, j’avais mis en place la publication de fascicules, les « Carnets de la Persagotière ». Dans ceux-ci ont été publiés différents « articles » : des conférences données par différents chercheurs ou professionnels au sein de l’institut, des contributions amies de différents professionnels, des articles de professionnels de l’institut sur leurs recherches ou leurs actions. J’y avais moi-même publié une quinzaine de mes articles. Tous étaient publiés en format papier et en ligne (http://www.la-persagotiere.fr/ rubrique : Carnets). Voilà pour le volet expression et information. Quant au volet ignorance et censure, le voici.

Les représentants du personnel et la section syndicale de cet établissement furent, il n’y a pas très longtemps, très mécontents d’un (ou plusieurs) des textes de mon blog. N’ayant pas d’informations de première main, je ne peux que faire des hypothèses sur les raisons de cette colère, et du texte incriminé. Peut-être s’agit-il du texte intitulé : « d’un petit raté à du harcèlement », où je formulais une critique, assez sévère, d’un professionnel, par ailleurs délégué syndical ? Mais il peut s’agir aussi bien d’autres textes, tant sur le climat social que sur les pratiques professionnelles (pages ‘autres textes’ et ‘vignettes cliniques’ de mon blog). Si je peux avancer ces hypothèses, c’est que par le passé, ces mêmes représentants ont tenté à maintes reprises de « m’interdire » d’écrire ou de publier, ou en tout cas de m’interdire de publier en indiquant, comme cela se fait conventionnellement, que j’exerçais dans l’établissement (je ne me voyais pas écrire sous pseudonyme, par crainte de la répression de la part des représentants syndicaux !). Les réflexions que je pouvais mener dans ces publications, qui pouvaient donner lieu à l’engagement d’actions, étaient fréquemment attaqués, non dans leurs contenus, mais dans leurs effets présumés : non reconnaissance professionnelle, remise en cause, agressivité, dénis… (le lecteur curieux pourra consulter ces articles sur mon blog et mon site !). Cette situation donne une idée de la tolérance, de l’ouverture d’esprit, de la volonté de réflexion et de confrontation avec d’autres idées, représentations et modèles de pensée que les leurs, amarrés à leurs vérités absolues et pérennes. A la démocratie d’idées dans l’établissement, la censure leur semblait préférable.

Donc, quelques mois après mon départ, et après la publication sur ce blog de cet (ou ces) article(s) incriminés (je signale d’ailleurs que durant ma période d’activité, je n’aurais pas pu écrire de tels articles, tant la pression à la conformité de pensée était forte, et tant toute contradiction ou contestation de leur pensée était qualifiée de « risque psycho-social), ces professionnels ont eu connaissance de ces publications, qui semblent les avoir mis en rage ! Ne disposant pas d’informations de première main, je ne peux ici que rapporter des informations partielles, mais dont j’ai la certitude.

Les représentants du personnel ont perturbé la réunion du CHSCT. J’ignore quel fut le genre de perturbation : modification de l’ordre du jour, exigence de mettre ce point à l’ordre du jour, exigence que le directeur de l’établissement (qui n’en pouvait mais !) intervienne pour interdire que puisse se publier ce type de texte sur mon blog (encore une fois, je n’ai pas eu connaissance des détails) ? J’ai appris aussi qu’ils sont intervenus au conseil départemental de leur syndicat pour faire intervenir celui-ci. Beaucoup d’agitation par conséquent.

Si l’un des articles possiblement incriminé n’était pas très flatteur (il était même sévère) envers l’attitude d’un professionnel représentant du personnel (mais tout le monde connait ce genre de personnage, sans pouvoir toujours s’exprimer là-dessus), les caractéristiques que je relevais étaient avant tout le « syndrome » institutionnel (et qu’on trouve en maintes institutions) de la résistance à tout changement de pensée, et surtout le syndrome des moyens humains déployés par une institution à l’intérieur de l’institution (ici les représentants du personnel) pour verrouiller toute contestation, y compris en utilisant les moyens les plus « inhumains ».

Ces dernières réactions des représentants du personnel m’incitent à penser que j’ai eu raison d’écrire de tels textes dans mon blog. En effet, suite à ce mouvement, et la pression syndicale étant forte, il a été décidé que l’institution ne publierait plus le moindre de mes textes, articles ou publications, en raison, peut-on penser, des risques que de tels textes peuvent faire courir en termes de tensions dans l’établissement.

C’est en quelque sorte une prime à la censure et à l’ignorance, et le symptôme de l’existence de pouvoirs « totalitaires », situés bien ailleurs que chez les cadres. La volonté de censure, qui n’était pas nouvelle chez certains des représentants du personnel (de précédentes tentatives avaient eu lieu), institue chez les professionnels de l’établissement une seule pensée autorisée, celle portée par les représentants du personnel, une pensée unique excluant toute réflexion critique. C’est une configuration qui ne peut que maintenir les choses dans leur statu-quo, qui crée indirectement de la souffrance chez de nombreux professionnels qui ne partagent pas ces options, mais qui ne peuvent s’autoriser à penser « en dehors des clous », n’ont aucun espace institutionnel pour s’exprimer autrement qu’en se conformant à la pensée unique, et qui contraignent les directeurs, peut-être, à agir contre leurs principes et leurs convictions, contre leur éthique.

Quand l’agir, la communication, le « bien-être » de l’établissement et le maintien du statu-quo du rapport de forces semblent préférables au penser, écouter, réfléchir et confronter les idées, on peut légitimement s’interroger sur les effets d’une telle gouvernance d’institution. Par comparaison avec la gouvernance politique, quel sens peut-on trouver à un management qui choisit le mode de la censure pour sauvegarder des privilèges d’un certain statu-quo et par crainte d’une minorité de pression ?

Je pourrais reprendre, pour décrire cette situation, ce qu’un psychiatre, R Rechtman, observe dans une interview (Télérama du 22/03/2017) à propos des évolutions du débat politique des élections présidentielles : « La violence qui monte ne dit pas ‘’nous voulons que tous aient accès au même savoir’’, mais ‘’nous voulons que l’ignorance soit au pouvoir et impose sa loi au savoir’’. Or toute société ne devient jamais plus heureuse quand l’ignorance est au pouvoir. »

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