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J'ai d'abord exercé comme enseignant spécialisé auprès de jeunes sourds. J'ai ensuite exercé différentes missions d'encadrement dans des établissements et services du secteur médico-social. Parallèlement, j'ai été formateur dans différents organismes. J'ai publié de nombreux articles dans des revues professionnelles, et un ouvrage aux éditions l'Harmattan en 2004.
Je suis en retraite depuis l'été 2016, et ressource disponible (gracieuse).
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lundi 3 avril 2017

effet pervers du petit groupe

Effet pervers du petit groupe

En ces temps-là, au début des années 1990, l’intégration scolaire des élèves handicapés était loin d’être une évidence. Tout au plus y avait-il des classes spécialisées, les CLIS de l’Education nationale, et quelques rares dispositifs de classes externalisées des établissements spécialisés. Mais il s’agissait de classes seulement intégrées dans l’espace scolaire, les élèves étant quant à eux dans leurs dispositifs spécialisés. Car rare et peu évidente, révolutionnaire même, était la présence d’élèves sourds, pratiquant la langue des signes qui plus est, dans les activités scolaires des classes de l’école.

Je travaillais dans un établissement qui avait ainsi deux classes externalisées d’enfants sourds dans une école. Un des enseignants de cette école se proposa d’en accueillir un groupe, quatre ou cinq jeunes sourds, dans sa classe, pour des exercices d’entrainement de mathématiques (des opérations) pendant une quinzaine de minutes chaque jour. Des exercices ne requérant pas de communication directe, car en ces temps-là, il n’y avait encore très peu d’accessibilité par des interprètes en langue des signes. Il estimait que pendant cette séquence, il n’avait pas besoin de traducteur, les opérations étant écrites au tableau : les élèves avaient pour tâche de bien les recopier, d’effectuer les opérations et de faire les corrections par binôme. Cela pouvait, estimait-il, se faire sans « paroles ».

A l’issue de quelques séances, il nous fit part des sa surprise, en nous demandant, avec son humour coutumier, si les jeunes élèves sourds qu’il accueillait n’avaient pas aussi une paralysie des membres supérieurs. En effet, observait-il, lorsqu’il donnait la consigne de la mise au travail, qu’il théâtralisait au maximum (ouverture du tableau, indications « gestuelles », etc.), les élèves de sa classe se mettaient au travail, alors que les élèves sourds attendaient ; et quand malgré tout, sur ses signes insistants, ils se mettaient à la première opération, ils s’arrêtaient à la seconde.

Ces observations méritaient réflexion : la réflexion menée avec l’équipe concernée nous conduisit à des changements d’attitude de la part des professeurs. Il s’avérait que la vie de classe de ces quatre ou cinq élèves était organisée, pour partie au moins, comme cinq préceptorats. Et parfois même plus, lorsqu’ils avaient à faire à deux adultes simultanément (le professeur plus un stagiaire par exemple). La petitesse du groupe induisait de la part des professeurs des attitudes d’intervention permanente auprès des (rares) élèves : mise au travail, reprise, intervention lorsque l’élève faisait une pause, ou lorsqu’il manifestait une interrogation, etc. Bref une intervention massive (en nombre et en densité) dans le déroulé quotidien de l’élève.

Qui ne savait plus (ou qui n’avait jamais appris) à travailler seul, à chercher seul des réponses à ses interrogations, à se mettre au travail sans injonction personnelle, à poursuivre son travail sans une autre incitation à continuer, etc. Ce qui expliquait, à compétences égales en mathématiques, l’absence de compétences dans la mise au travail, et leur « paralysie pragmatique ».


On croit souvent que la diminution du nombre d’élèves par classe a des effets positifs sur leurs apprentissages. C’est vrai pour des classes très nombreuses comme dans l’enseignement ordinaire. Mais dans l’enseignement spécialisé, le trop petit nombre d’élèves est en revanche parfois un obstacle aux apprentissages.

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