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J'ai d'abord exercé comme enseignant spécialisé auprès de jeunes sourds. J'ai ensuite exercé différentes missions d'encadrement dans des établissements et services du secteur médico-social. Parallèlement, j'ai été formateur dans différents organismes. J'ai publié de nombreux articles dans des revues professionnelles, et un ouvrage aux éditions l'Harmattan en 2004.
Je suis en retraite depuis l'été 2016, et ressource disponible (gracieuse).
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lundi 4 avril 2016

"Ce n'est pas un CM2, c'est un "primevères"

« Ce n’est pas un CM 2, c’est un « Primevères »

Le principe des classes externalisées ou du temps partagé entre un établissement médico-social et un établissement scolaire est certainement contributif à un cheminement lent vers une inclusion des élèves handicapés dans l’environnement scolaire, mais encore loin du principe d’une école inclusive.

Les élèves ne sont pas nommés selon les catégories de l’école ou du collège, c’est-à-dire les classes de CE2 ou CM2 à l’école élémentaire, les classes de 6ième ou de 3ième au collège. Les élèves sont dans le « dispositif spécialisé » des « Primevères » ou de « Lino Ventura » (si tels sont les noms des établissements médico-sociaux d’où sont issus les élèves en question).

Sur une autre configuration, ils sont au même titre en CLIS ou en ULIS, et pas dans les catégories de l’école : ce sont des « ulis ». Mais ils ne sont pas, ni à leurs propres yeux ni aux yeux des autres, des élèves de CM 2 ou de 4ième. D’où des propos de ce type, qu’on peut entendre sur la cour de récréation ou dans les couloirs : « Il n’est pas en CM 2, c’est un ‘’Primevères’’ » ou « elle n’est pas en 4ième, c’est une ULIS », quand ce ne sont pas des propos plus désobligeants, voire insultants.

A l’intérieur même de ces dispositifs, les choses ne sont pas non plus nommées. J’ai connu beaucoup de résistances à vouloir nommer ou catégoriser les élèves selon les catégories de l’école. Il me semblait évident, par exemple dans un dispositif collège que les élèves fréquentaient sur une période de quatre ans, qu’ils avaient droit, comme les autres, à une numérotation de 6ième, 5ième, 4ième et 3ième, nonobstant leur compétences scolaires, correspondant, elles, à des compétences d’école élémentaire. Cela leur aurait permis de se situer socialement par rapport à des élèves de leur classe d’âge, de s’approprier la dynamique chronologique de leur évolution dans un collège, de s’identifier par rapport à leurs camarades, etc.

Et bien non, ce n’était pas possible, pour de multiples raisons. Tout d’abord ils n’avaient pas le niveau collège, et c’était ainsi leur donner l’illusion qu’ils étaient comme les autres, et donner également cette illusion à leurs parents. Et Il fallait bien quand même qu’ils se rendent compte  qu’ils étaient différents des autres (la différence étant ici synonyme d’infériorité, même si le mot n’est jamais prononcé). Et si jamais ils se croyaient en 3ième, pourquoi ne demanderaient-ils pas d’aller au lycée ?

Le résultat c’est que ces élèves sont dans la confusion quant à leur statut par rapport au reste du collège, ils s’identifient comme les ULIS ou les ‘’Lino Ventura’’ ; ils s’excluent de la socialisation collégienne organisée sur ces catégories, en n’ayant aucune appartenance collégienne. Les SEGPA, s’ils sont exclus également de bien des aspects de socialisation collégienne, ont au moins cette socialisation de classes.


Mais ils sont aussi exclus de la socialisation collégienne par les autres élèves, qui les désigne pas une appartenance marginale et dévalorisée. Faute d’une catégorisation entrant dans les catégories collégiennes, l’assignation se fait sur des catégories identificatoires stigmatisantes.

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